The Go-Go Boys

The Go-Go Boys retrace la gloire puis la chute des cousins Golan et Globus qui ont créé la boîte de production Cannon. Dix séries B à la douzaine, des coûts très bas pour un bénéfice énorme, et des scénarios simplistes ont amené la paire à dominer Cannes et Hollywood… pour un temps. Fans de films d’actions, ne vous abstenez pas. Ce documentaire est pour vous !

« Menahem Golan et Yoran Globus, ça te dit quelque chose ? ». « Oui », répond mon père. « Des films de très mauvaise qualité… Dans les années 80. » Les plus jeunes retrouveront une facette très stéréotypée de Chuck Norris ou encore Stallone. Les moins jeunes avides de séries B se plongeront avec plaisir dans la bibliothèque « cinématographique » des cousins prolifiques. The Go-Go Boys retrace l’histoire de ces deux enthousiastes israéliens, une histoire de succès jusque Hollywood et plus loin encore.

Tout commence dans les années 60. Menahem Golan se construit une renommée de réalisateur/producteur en Israël. Deux de ses films sont nominés pour les Oscars. Mais le réalisateur et son cousin, Yoran Globus, qui tient les comptes, rêvent plus grand. Ils décident de tenter l’aventure en Californie. La paire déborde d’ambition. En 1979, ils lancent leur boîte de prod « Cannon », qui produit film après film. Leurs débuts modestes finissent par payer. Leurs productions bas de gamme s’enchaînent sans succès jusqu’au film Breakin‘, en 84, sur le breakdance. Breakin‘ fait un carton. La cadence de tournage devient effrénée ; les coûts de tournage, eux, sont minimes.

Les deux hommes misent tout sur l’action. Ils développent une marque de fabrique bien spécifique : les bons contre les mauvais ; tous se tirent dessus ; les bons gagnent toujours. Ils découvrent Jean-Claude Van Damme et font jouer Chuck Norris, entre autres. Les scénarios n’ont rien de complexe mais Golan et Globus savent les rendre attrayants. Ils sont doués pour les affaires. Ils dominent les foires d’exploitation les moins glamour. Ils y vendent leurs projets de films, des projets pas toujours réels. Et ça marche ! Menahem rêve même de s’offrir un Oscar. Il convainc vite les réalisateurs les plus prestigieux de s’allier à lui, sans jamais récolter le prestige qu’il espère de la critique. Peu importe, Cannes est désormais le bastion des deux cousins. En 1986, tout semble leur sourire : en une année, Cannon sort 46 films et paie Stallone entre 10 et 13 millions de dollars pour jouer dans une de leurs séries B. A l’époque, on n’a jamais vu ça.

Et puis, soudain, la chance tourne. Les fonds ne rentrent plus assez vite pour assouvir les envies de Menahem Golan, qui ne se prive de rien. Superman 4, sous-produit, est un flop au box-office. Les cousins investissent trop et mal. L’action boursière de Cannon dégringole de 45 dollars à 4,5 dollars. Les deux hommes s’embrouillent puis divorcent. Chacun essaie de créer sa propre affaire, en vain. Golan et Globus ne se parlent plus. Ils rentrent en Israël séparément.

Hilla Medalia a monté son documentaire minutieusement. La construction ingénieuse du long métrage sort de l’ordinaire. La réalisatrice n’hésite pas à montrer la souffrance des familles de Golan et Globus, à l’heure de gloire de Cannon, quand les deux hommes « étaient mariés » l’un à l’autre. On sent clairement la sympathie de la documentaliste pour ces deux hommes hauts en couleur. Elle prend le parti de ne pas trop creuser dans la méthode de travail du couple, surtout en ce qui concerne leurs finances. Elle se limite aux descriptions des invraisemblables « accords oraux » de Golan. Cela ne m’a pas dérangée. Au contraire, dans cette ère de Sony Leaks, j’ai découvert une époque révolue, celle des grands pirates de Hollywood. Golan considérait comme contrat une simple signature sur une serviette en papier. Je conseille ce film à tous les amateurs de cinéma, quelle que soit la forme de celui-ci. Je ne regrette qu’une chose : un léger manque de contenu sur les productions « légendaires » de Cannon.

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Professionnelle, avec deux ans d'expérience dans le journalisme et un master en journalisme (EJL).

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