Good Mourning

« Comment faire face aux réalités de l’existence en solitaire ? Quels moyens trouver pour prendre du recul sur un état de crise ? Ou encore, quel rôle joue notre langue maternelle sur l’expression de nos sentiments ? Les mots, dans une langue étrangère, peuvent-ils libérer des espaces mentaux jusque-là inconnus ? Et dès lors opérer comme des outils de résilience ? » Le noir envahit les spectateurs. La projection éclaire la toile blanche. Il est montré quelques avertissements drolatiques. Voilà une pointe moqueuse contre les mesures qui guettent les Arts de la scène. Cela mérite une vigoureuse protestation. Et ces phrases évoquent justement les conditions ridicules dans lesquelles un spectacle tomberait s’il arrive que l’Etat assèche à l’extrême le budget culturel.

Nous apprenons que nous verrons un spectacle de crise. Ce dernier mot vous pince ? Hélas ! Vous n’y verrez aucun dialogue moliéresque, aucune intrigue dynamique, aucune lumière somptueuse, aucune musique wagnérienne…

L’actrice, Florence Minder, arrive tout de même costumée : perruque mal ajustée, baskets et robe noire aux paillettes dorées. Elle porte un fusil ! Un fusil ? Parce qu’elle juge qu’il y a des loups : des scélérats qui veulent notre ruine morale. Vous imaginez forcément qu’avec cette prudence elle a traversé une période difficile. Effectivement, elle revient d’une aventureuse dépression. Elle cherchait sa propre identité, éprouvant sept étapes : choc, déni, colère, marchandage, dépression, testing, acceptation.

Avant que l’actrice entre, il est annoncé également qu’elle ne bougera quasiment jamais, qu’il y a même des endroits de la scène qu’elle n’a pas frôlés. Vrai ! Pendant le spectacle, elle reste au même endroit, nous contant chaque étape qu’elle a passée afin d’apprendre mieux sa véritable identité.

Cette performance se rapporte à la déclamation, où un acteur se contente d’émettre une œuvre, sans déplacement. Florence Minder est souple, vive, précise. Nous rions malgré qu’elle ait souffert d’une longue crise. Cela nous évoque notre vagabondage intérieur.

Florence Minder nous partage une histoire familière. Certains vivent derrière un masque. Mais sont-ils véritablement épanouis ? D’autres cherchent volontiers leurs propres traits. Il arrive encore d’autres qui, poussés au gouffre moral, traversent une dépression, que nous raconte Florence Minder, où nous sommes envahis d’étranges labyrinthes, et comme disait Baudelaire :

Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
Et de noirs bataillons de fantômes épars,
Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
Qu’un horizon sanglant ferme de toutes parts .

Le seul en scène est anglophone. Florence Minder préférait cette langue parce qu’elle supporte moins durement sa cuisante expérience. Néanmoins, la projection diffuse des sous-titres en français et en néerlandais.

Du 27/11 au 22/12/2012 au Théâtre National, 111-115 Boulevard Emile Jacqmain à 1000 Bruxelles. Les prix oscillent entre 10 et 19 €.

De & Avec : Florence Minder

Plus d’informations sur le site du Théâtre National.

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Journaliste basé à Bruxelles.

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