Grace de Monaco

Lorsqu’elle épouse le Prince Rainier de Monaco en 1956, Grace Kelly est alors au sommet de sa gloire. Mais après six années à vivre sa vie de Princesse Grace, elle se voit proposer par Alfred Hitchcock de revenir à Hollywood, pour incarner « Marnie » dans son prochain film. Un choix qui la propulse dans un tiraillement personnel entre son devoir matrimonial, familial, et son profond besoin d’expression artistique. Sur  fond de tension politique (car au même moment, la Principauté monégasque subit les menaces d’annexion par la France), on assiste à tous les questionnements d’une femme sur sa vie et ses choix, passés et futurs.

Icône glamour de l’après-guerre, Grace Kelly méritait une actrice d’envergure pour l’incarner face à la caméra. Le choix de miser sur Nicole Kidman pour le rôle-titre s’avère être une décision judicieuse tant l’actrice australienne endosse le rôle de la princesse monégasque avec la classe et la justesse auxquelles elle nous a souvent habitués. Et ce, même si le parallèle visuel apparaît parfois troublant entre le film et les publicités qu’elle a tournées pour Chanel (je parle ici des quelques plans langoureux où elle débarque en belle robe de couturier). Tim Roth (le Prince Rainier) n’est quant à lui pas en reste; il est ici, une fois encore, sublime, et l’on se régale de le regarder.

Bref, nous voilà donc plongés dans le quotidien de la Princesse de Monaco, entre dîners mondains, vie à la Cour et moments privilégiés en famille. Seule ombre au tableau: cela ne semble pas la combler pleinement et elle paraît esseulée. Sa vie d’actrice lui manque. C’est ainsi que le réalisateur nous plonge au cœur d’une interrogation existentielle, à savoir: « En tant qu’artiste, peut-on fuir cette nécessité, ce besoin de créer ? ». Et le film va même plus loin en questionnant son personnage principal, mais aussi le spectateur, sur ce déchirement entre d’une part  le destin de Grace Kelly (celui de femme, de mère de famille et surtout de princesse) et d’autre part cet « égoïsme » de vouloir aboutir professionnellement (et artistiquement).  Cela ramène évidemment à un questionnement sur le rôle de la femme (et de l’homme !) dans notre société moderne et sur la difficulté d’y trouver sa place. Enfin, chacun pourra mener cette réflexion dans la direction qu’il entendra.

Toutefois, si le film se limitait à ça, cela ouvrait la porte à un scénario monotone et répétitif. Un piège que le réalisateur a su éviter en introduisant, périodiquement, des scènes plus centrées sur les luttes de pouvoir entre le prince Rainier et le général De Gaulle. Bon on n’est pas dans House of Cards non plus, mais ces interludes plus politiques permettent de dynamiser l’histoire et de relancer l’intrigue principale.

Autour d’une musique assez minimaliste, le scénario est soutenu par une ambiance travaillée et cohérente avec l’esthétique de l’époque. Cet aspect visuel s’harmonise particulièrement avec certaines scènes (notamment les discussions entre le prêtre et la princesse) où l’on retrouve, grâce à leur caractère intimiste, une belle justesse dans l’émotion.  Pourtant, malgré la performance convaincante de Nicole Kidman , Grace de Monaco se perd quelques fois dans de sempiternels monologues moralisateurs, voire larmoyants. Et c’est bien à ce niveau-là que réside la principale faiblesse du film.

À noter qu’il s’agit bien d’une fiction inspirée de faits réels, et non d’un biopic sur l’actrice américaine. N’en déplaise à la famille royale monégasque et du tollé médiatique qu’elle a provoqué en criant un peu vite au « détournement de l’histoire familiale ».  Allant même jusqu’à menacer de boycotter le festival de Cannes (dont le film a été choisi pour faire l’ouverture). Une réaction probablement excessive qui, en fin de compte, servira la promotion du film dans et par les médias. Parenthèse pipole close.

Au final, Olivier Dahan signe ici un bon film, sans plus, qui a le mérite de rendre hommage à la talentueuse et bellissime Grace Kelly, et qui ravira spécialement les aficionados de Place Royale et de contes de princesses. En espérant que ce soit le cas des jurés du festival …

Grace de Monaco, dès le 21 mai dans les salles !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *