The Grand Budapest Hotel : La splendeur de Anderson

Prix du Jury au Festival de Berlin, ce Grand Budapest Hotel, dernière fantaisie loufoque et étincelante de Wes Anderson, se déguste sans modération pour un désopilant et captivant séjour que vous ne regretterez pas…

Un peu comme Tim Burton, cinéaste dont il se rapproche le plus, Anderson l’enchanteur, imprime dans chacun de ses films, et celui-ci sans exception, une forte marque personnelle et un style reconnaissable à travers son univers visuel coloré et enfantin.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux cinéastes ont tous les deux adapté Roald Dahl, l’auteur de roman pour enfants ( Charlie et la Chocolaterie et Fantastic Mr.Fox) et si à l’origine du projet, c’est Johnny Depp qui était pressenti pour incarner le rôle principal du film.

C’est donc accompagné de Gustave ( Ralph Fiennes ), le gardien du temple, concierge shakespearien et désabusé de l’hôtel et son groom, Zéro, que nous allons suivre les aventures de ce lieu, du temps de sa gloire ( au début des années 30 ) où il était encore un luxueux et mythique complexe balnéaire jusqu’à son déclin avec la montée du fascisme et du communisme ( jusque dans les années 60 ).

The Grand Budapest Hotel est bel et bien un film de Anderson ( le 8 ème et sans aucun doute son meilleur ) et ce n’est, rassurez-vous, ni un film politique et encore moins un film d’Histoire mais une agréable petite fantaisie. Une fantaisie poétique et colorée, inventive et trépidante truffée d’aventures et de suspense repartie en 3 fils narratifs imbriqués telles des poupées gigognes ( une histoire dans une histoire dans une histoire ) avec autant de personnages ( aussi étranges que volubiles ) que d’époques, le tout raconté par ce duo attachant, cœur battant du film.

Tel un conte ( d’Anderson ), tout cela se passe dans une contrée totalement imaginaire nommée Zubrowka, inspirée du symbolisme de Klimt, des mémoires de Stefan Zweig, des comédies de Lubitsch, de l’euphorie des cartoons style Tex Avery ou du mystère d’Agatha Christie le tout mêlé à un tourbillon d’actions autour du vol d’un tableau d’une valeur inestimable.

Comme un rendez-vous amoureux, les films de Anderson sont à chaque fois des retrouvailles agréables et singulières dans lesquelles on a toujours plaisir à retrouver toute sa petite famille du 7ème art.
Ralph Fiennes ( nouveau venu chez Anderson ) explique d’ailleurs que le réalisateur est le plus premier fan de ses acteurs et qu’il aime retravailler avec eux.
Ainsi dans les couloirs de l’hôtel, on se réjouit de (re) croiser Bill Murray ( qui est dans tous ses films excepté le premier ) mais aussi Adrien Brody, Jeff Goldblum, Edward Norton, Harvey Keitel, Owen Wilson ( 7ème collaboration depuis son 1er film Bottle Rocket en 1996 ) ou encore Jason Schwartzman. Après Moonrise Kingdom, on retrouve aussi l’épatante Tilda Swinton qui incarne Madame D, une des plus riches et plus vieilles clientes de l’hôtel. Anderson explique que au départ, il devait trouver une actrice de 85 ans mais finalement personne d’autre que l’actrice caméléon ne pouvait mieux incarner une vieille dame. Elle y est en effet, surprenante et … méconnaissable.

Et contrairement à ce que l’on pouvait redouter, avec sa distribution 5 étoiles et sa ribambelle d’acteurs célèbres qui auraient pu nuire au propos du film, il n’en est rien, chacun y trouve sa place et évolue dans ce décor aux allures de maison de poupées telle la pièce fondamentale d’un échiquier.

Chaque film de Anderson est aussi un appel au voyage ( l’Italie dans La Vie Aquatique, l’Inde dans À bord du Darjeeling Limited ou l’Angleterre dans Fantastic Mr.Fox ) mais surtout une obsession du temps qui passe et du paradis perdu.
Si à travers ce voyage dans le temps, le cinéaste exprime une certaine nostalgie d’une époque révolue, il rend aussi hommage à un monde perdu: celui du cinéma américain de jadis…

The Grand Budapest Hotel est une exquise pâtisserie, une petite madeleine ( de Proust ) tout en finesse et délicatesse, à déguster en salles depuis le 26 février.

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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