Grand jour pour la Culture?

Ce jeudi matin, les journalistes sont nombreux comme si un événement culturel était, aujourd’hui, plus important qu’un match de football. Les Musées royaux des Beaux-Arts n’accueillent pas que des visiteurs et des journalistes car les jeunes NV-A sont déjà en campagne pour 2014. Il est étonnant de les retrouver dans un lieu culturel, fédéral de surcroît, pour vanter leur parti quand on sait que celui-ci désire diminuer drastiquement les budgets accordés à la Culture. Ne parlons pas, ici, du fédéral.

La communication pour l’ouverture du Musée Fin-de-Siècle Museum est très professionnelle, mais on peut sourire, par contre, en voyant, dans ce grand hall du Musée les photos du Roi Albert et de la Reine Paola qui n’ont pas encore été remplacées par les portraits des nouveaux souverains.

Après avoir suivi les flèches jusqu’au sous-sol, on assiste aux discours de Laurette Onkelinx, Rudi Vervoort, Servais Verherstraeten, entre autres, et, bien sûr de Michel Draguet. Ce moment semble assez long pour que l’on sente, dans le public, une certaine lassitude. Les discours sont joviaux au point d’en oublier les problèmes culturels qui fâchent. On nous parle de la rénovation du Musée de Tervuren ou de la solution pour le Conservcatoire royal, mais, c’était clair, pas un mot sur l’Art Moderne, Contemporain ou la fermeture de l’exposition Van der Weyden. Pas question, aujourd’hui, de gâcher ce grand jour.

A la descente des marches, on découvre une obscurité qui rappelle le musée Magritte. Les spots sont dirigés exclusivement sur les œuvres et les bancs. La première partie du Musée Fin-de-Siècle Museum est consacrée au Réalisme. Une grande toile de Charles Hermans, nommée « A l’aube » interpelle et montre que la politique est présente dans l’Art depuis longtemps : une famille d’ouvriers croise, sur le chemin du travail, des bourgeois sortant d’une nuit d’excès. Plus loin, un mur est couvert de reproductions de photographies anciennes qui illustrent de nombreux lieux connus comme la gare d’Anvers, la place de Brouckère ou l’avenue Louise. On aurait tendance à l’oublier à l’heure des smartphones et appareils digitaux, mais la photographie est née au XIXème siècle tout comme le cinéma.

Des espaces importants sont consacrés, plus loin, au réalisme social dont Constantin Meunier est l’un des plus connus représentants. Les toiles et sculptures présentent des scènes de labeurs et de la rude vie quotidienne des ouvriers industriels.

D’autres murs présentent de nombreux travaux de James Ensor et Fernand Khnopff dont sa fameuse toile des caresses. Une partie de la salle est dédiée au cercle artistique Les XX et à La Libre Esthétique. Du néo au post-impressionnisme, le public découvrira des tableaux de Théo Van Rysselberghe, Georges Seurat, Paul Gauguin ou Pierre Bonnard. Des sculptures d’Auguste Rodin alimentent une collection impressionnante d’œuvres réalisées entre 1868 et 1914.

Des tablettes interactives permettent de se renseigner sur différents monuments dont la fameuse Maison du Peuple de Victor Horta afin que l’architecture soit également présente.

La réunion de tant de chefs-d’œuvre n’a été possible que par des partenariats avec différentes institutions publiques, pour la plupart, qui ont prêté des dessins, tableaux ou sculptures. La Monnaie, par exemple, prête des reconstitutions de maquettes d’opéra. Des partenariats nécessaires pour présenter Bruxelles comme le carrefour créatif de l’Europe au tournant du siècle comme le veut le directeur général des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Michel Draguet. La collection importante des Gillion Crowet, qui dispose d’un espace spécifique, permet à ce nouveau musée de présenter le patrimoine le plus important d’Art nouveau.

De nombreuses qualités pour le Musée Fin-de-Siècle Museum qui offre plus de 400 œuvres bien disposées. Pas certain, en revanche, qu’il fasse oublier le manque de place et de visibilité que subit actuellement l’Art moderne, entre autres.

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Peintre, écrivain en bâtiments.

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