Green Porno – Isabella Rossellini

 

La belle et talentueuse Isabella Rossellini nous a fait l’honneur de passer par Bruxelles les 12 et 13 février derniers pour nous présenter Green Porno, ce spectacle conférence où elle nous dit TOUT sur la sexualité des animaux. Dès son entrée sur scène, on joue cartes sur table : « Ce soir on va parler de sexe », entame l’actrice… Ok, le ton est donné : on s’assoit bien dans son fauteuil, et on démarre…

GREEN PORNO 3

Pour la genèse du spectacle, petite mise en situation : Isabella Rossellini est THE actrice symbole des années 80: fille d’Ingrid Bergman et de Roberto Rossellini (rien que ça, ça pose), femme et muse de Martin Scorsese et de David Lynch (voilà, vous situez), de Daniel Toscan du Plantier, finalement mariée à un des mannequins les plus en vue de l’époque, Jonathan Wiedemann (ça y est, vous situez bien la branchitude ultime ?), elle-même égérie des plus grandes marques du luxe, Isabella Rossellini, donc, se prend d’amour à la fin des années 2000 pour l’ethnologie : en découlent une série de courts métrages hilarants, Green Porno, qui sera diffusée sur Arte dans un premier temps (maintenant largement accessible sur le net).

L’histoire pourrait s’arrêter là me direz-vous : ok, une banale reconversion, pas de quoi casser trois pattes à un canard. Sauf qu’Isabella Rossellini est actrice, et que, comme elle le dit elle-même, « pour bien comprendre le fonctionnement de quelqu’un, autant se mettre dans sa peau ! ». Et voilà donc le parangon du bon goût et du cinéma d’auteur grimé en cane, en mante religieuse, en mouche, en araignée et tant d’autres petites bestioles réjouissantes dont la vie sexuelle est mise à nu, interprétée et expliquée.

GREEN PORNO 2

Prenant son public dans un contre-pied total, Isabella Rossellini excelle : Dans un décor souvent minimaliste, à mi-chemin entre l’art naïf du Douanier Rousseau et l’univers du film la « Science des rêves » de Michel Gondry, elle est drôle, impertinente, mutine, et délivre toutefois, en passant pour une ingénue, un discours scientifique, ludique et militant. Les vidéos sont un véritable carton.

«C’est mon amie Carole Bouquet qui m’a suggéré l’idée de transformer mes films en monologue», explique-t-elle. Pour rassembler tous ses textes, elle fait appel à Jean-Claude Carrière, et ils imaginent de présenter le spectacle sous la forme d’une conférence scientifique « obscène, mais pas pornographique » où des questions philosophiques parfois dramatiques sont posées par la conférencière, qui les traite toujours avec drôlerie. « Car l’humour permet d’aller plus loin » souligne Isabella Rossellini. Pour la mise en scène, l’actrice a fait appel à Muriel Mayette, la directrice de la Comédie française.

GREEN PORNO 1

S’appuyant sur la projection de quelques-unes de ses vidéos les plus croustillantes, l’actrice de 61 ans nous raconte les comportements vigoureux des crevettes et étoiles de mer, l’homosexualité de nombreuses espèces, la reproduction asexuée, l’hermaphrodisme séquentiel ou simultané, et l’accouplement des escargots, dauphins, mouches, chapeaux chinois et autre vers de terre avec humour et fantaisie, en s’aidant de déguisement et d’accessoires. Autant de sexualités, autant de vies… sans jugement. Car les facéties d’Isabella Rossellini sont également pour elle l’opportunité de transmettre deux messages fondamentaux : le premier est que la richesse de cette diversité florale et animale qui nous entoure est menacée, et que NOUS sommes la menace principale pesant sur des écosystèmes vieux de centaines d’années, qui n’auront malheureusement plus rien à nous apprendre lorsque nous les auront fait disparaître. Le second est un véritable plaidoyer en faveur de l’amour libre : en questionnant le cadre très peu conforme aux réalités de terrain du choix genré des animaux de l’Arche de Noé (un mâle, une femelle), elle réaffirme le droit de tout un chacun à une sexualité épanouissante et sans tabou. Dans cette période particulièrement sombre que traversent nos sociétés, gagnées par un obscurantisme effrayant et médiéval, ce discours fait du bien.

Avec beaucoup d’esprit, et un brin de malice, la comédienne revient à la fin de son spectacle sur son parcours personnel, le poids de parents illustres, etc. et conclut que « l’important n’est pas la perfection, mais la singularité ». J’y médite encore…

En résumé : drôle de bout en bout, très bien construit et pensé, très rythmé, un plaisir !

Dates : 12.02.2014 & 13.02.2014

Lieu : Palais des Beaux Arts

Accès : Rue Ravenstein

Texte : Isabella Rossellini & Jean-Claude Carrière

Mise en scène : Muriel Mayette

Vidéo et Lumières : Antoine Manichon

Tarif : de 34€ (tarif plein) à 24€ (tarif réduit, amis de BOZAR)

Plus d’information : http://www.bozar.be/

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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