Gustave et Alexandre

« Lui, c’est Alexandre. Alexandre Dumas. L’autre, c’est Gustave, son valet, son confident, son cuisinier, son intendant. Autre chose aussi, le paratonnerre de ses humeurs, bonnes ou mauvaises. Sa conscience, un peu, et probablement encore, différence d’âge oblige, une manière de fils spirituel, l’écrivain en herbe à qui il veut apprendre l’écriture et la vie.Alexandre attend un rendez-vous galant qui échoue. Gustave se prépare à en courir un autre. Parce que le premier échoue, les voilà qui se retrouvent en tête-à-tête, des heures durant. C’est le temps de la confidence, vociférée par Dumas, recueillie par son ombre. Le dialogue est savoureux, goûteux même. Dumas convie à la table de ses souvenirs la galerie somptueuse des Hugo, des Musset. Gustave évoque de récentes ripailles, et Delacroix. Les coulisses d’un grand homme, dont on sait qu’il n’est jamais vraiment grand, vu par son valet. Dumas est un boulimique, en appétit de tout ce qui se consomme et se dévore. Alexandre, à ses côtés, témoigne pour lui d’un respect goguenard, qui sait jusqu’où il peut aller trop loin, admirant son maître sans jamais en être l’esclave, moqueur quand il le faut, complice chaque fois que nécessaire. »

C’est encore un peu éberluée que nous entamons la rédaction de cette critique. À croire qu’il faut avoir été martyrs pour faire preuve de grâce et de finesse théâtrales au point de réellement frôler la perfection ! Vous pourriez penser que j’exagère mais il n’en est rien. Il s’agit simplement d’un texte splendide interprété par deux acteurs de mérite. Rien de plus.

Certes, aller voir la pièce alors que vous vous souciez de l’univers littéraire français du 19ème siècle comme d’une guigne, n’est pas conseillé. Il se pourrait très fortement que Gustave et Alexandre vous laisse indifférent. Si, par contre, vous affectionnez (ou du moins si vous n’y êtes pas fermé) les domaines d’étude que sont l’Histoire et la littérature, si vous appréciez les œuvres de Dumas (ou leurs adaptations), vous risquez probablement, vous aussi, de sortir du théâtre tout simplement ravis.

Narrant librement la veille de l’exil de Dumas à Bruxelles, l’auteur belge Jean-François Viot nous offre un Dumas succulent. Occupé, à la fois, à la rédaction de ses mémoires et de son livre de cuisine, ce bonhomme brillant – mais aussi coquin, capricieux et espiègle ! – est affublé d’un valet tout aussi cocasse que lui dont l’alternance entre admiration et sarcasme engendre de nombreuses joutes verbales plus que savoureuses.

Côté mise en scène, le décor est superbe, très bien travaillé au point que les touches de réalisme forcent naturellement le respect. L’aisance et l’aplomb des acteurs sont sidérants (les quelques fautes de diction n’entachent pas leur prestation, que du contraire ! Elles les rendent plus authentiques) et les clins d’œil à notre plat pays n’en sont que plus savoureux.

Voilà donc une pièce très réussie qui, si elle ne donne pas envie de lire ou de relire de Dumas à quiconque se trouve dans la salle, c’est promis, nous mangeons notre chapeau (ainsi que la plume!)

Du 23/09 au 22/10/2011 au Théâtre de la place des Martyrs.

de Jean-François Viot

Avec: Bernard D’oultremont et Léonil Mc Cormick

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