Habit(u)ation

« Si l’on plonge une grenouille dans de l’eau bouillante, elle s’échappe, aussitôt. Par contre, si on plonge cette grenouille dans de l’eau froide progressivement portée à ébullition, elle manque alors de vigilance, elle s’engourdit peu à peu et finit par mourir, ébouillantée. C’est là, le concept d’Habit(u)ation. A travers les yeux d’Anni Sennes, une fillette de sept ans, Habit(u)ation donne à voir le destin mystérieux d’une famille rongée par l’immobilité que la seule perspective d’un voyage suffit à maintenir en vie. Mais que se passera-t-il lorsqu’Anni prendra conscience que ce voyage est une chimère ? »

Habit(u)ation en deux phrases? C’est une pièce apocalyptique au décor époustouflant qui vous oppresse, vous compresse, vous intrigue… du début à la fin. En fait, c’est un spectacle à couper le souffle, tout simplement.

Certes, celui-ci n’est pas des plus réjouissants. Vous assistez, impuissant, à la déchéance d’une famille dont les membres, se complaisant dans leur vie monotone et vide de sens, ne sont que laids simulacres d’eux-mêmes qui ne se rendent pas compte de ce que leur égocentrisme aveugle engendre. Parmi les trois adultes, une petite fille qui parle peu mais dont les rêves volent en éclats, parfois même avant d’avoir été formulés. Un petite fille qui décide de mettre fin, une bonne fois pour toutes, à ce malheur ambiant qui les écrase, cette pesanteur qui les oppresse, les alourdit, les avachit, les déshumanise en abolissant tout simplement les frontières qui les encombrent, une par une… Une petite fille qui veut les libérer de leur condition, ce train-train quotidien induit par les murs sécurisants de leur habitation, en commençant par s’occuper de son poisson rouge qui ne nage plus en rond.

Anne-Cécile Vandalem n’y va pas avec le dos de la cuillère. Dans un décor hautement travaillé, grâce à des machineries bien organisées, elle fait se mouvoir des personnages pour le moins singuliers qui tournent en rond, lions enfermés dans leur propre cage. Au fur et à mesure, la situation tortueuse se détend, les événements s’enchainent, la lenteur se meurt, l’allégorie prend place et l’absurde aussi. L’homme est alors doucement englouti par ses propres aberrations pour retourner à son état primaire et ne faire qu’un avec la nature.

Fièrement philosophique et poétique, la pièce n’offre certainement pas une interprétation ou un message clairs et explicites mais bien une constellation d’indices et de métaphores qu’on décortique avec un plaisir non dissimulé et il y a fort à parier que les acteurs, au jeu pour le moins complexe et délicat, aussi !

Du 08/11 au 12/11/2011 au Théâtre National, 111-115 Boulevard Emile Jacqmain à 1000 Bruxelles.

Les prix oscillent entre 10 et 19 €.

De Anne-Cécile Vandalem

Mise en scène : Anne-Cécile Vandalem

Avec: Brigitte Dedry, Véronique Dumont, Alexandre Trocki et, en alternance pour le rôle d’Anni, Epona Guillaume et Chloé Résibois

Plus d’informations sur le site du Théâtre National.

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