Hacia la Alegria – Théâtre National: Qui nous délivrera jamais du devoir d’exister?

Créée en Avignon en 2015, la pièce Hacia la Alegria est née de l’adaptation d’un passage du roman Excelsior d’Olivier Py, qui en signe également la mise en scène. Le poète, auteur, metteur en scène, acteur et directeur du célèbre Festival d’Avignon a retravaillé le texte pour la scène et offre à Pedro Casablanc un monologue fougueux et véhément, porté par l’énergie et la virilité de la langue espagnole et la musicalité de la partition de Fernando Velázquez exécutée par un quatuor à cordes virtuose (Preslav Ganev, Desislava Karamfilova, Petya Kavalova, Stamen Nikolov).

Olivier Py nous invite à une quête philosophique, parfois autofictionnelle : quel sens donner à sa vie lorsque, enivré par le succès, le pouvoir ou l’argent, le créateur, l’artiste, perd l’essence de ses engagements, de ses propres combats ? Comment accepter de voir l’art et la littérature faillir à leurs devoirs populaires d’exigence et d’accessibilité pour devenir l’apanage superfétatoire d’une caste de possédants? Comment supporter d’être témoin passif et donc acteur de ce capitalisme crasseux, incarné par ces villes déshumanisées où la violence de classe n’a d’égale que la superficialité des valeurs de notre société de surconsommation ? Comment parvenir à être soi au monde, et à retrouver la vie elle-même lorsque l’argent, la politique et le pouvoir nos aveuglent chaque jour un peu plus ?

De la course débridée de l’architecte seul en scène, interprété par un impressionnant Pablo Casablanc bestial et exalté, on retient le défilé des quartiers – riche, pauvre, exclus, puis décharge- qui s’ouvrent sur l’espace en métamorphose créé par Pierre-André Weiz dans un halo de lumière crépusculaire entrecoupé de vidéos grinçantes.

Porté par son désir de transcendance, l’architecte s’enfonce dans les noirceurs de la ville, pour s’affranchir de son apparente et écœurante respectabilité de classe, se détacher du matériel avilissant pour toucher à l’essence de l’existence, et rencontrer l’absolu. Sa recherche de rédemption au cœur du champ d’ordure n’est évidemment pas sans rappeler le paradoxe mystique de la purification par les immondices de Saint Thomas, comme s’il était nécessaire de se confronter à la fange du système pour « aller vers la joie » et retrouver la vitalité primaire nécessaire à toute création.

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Provocante et percutante, la proposition de Py est pourtant sincère et touchante. Elle invite indéniablement à un questionnement intime et politique, exercice ô combien nécessaire !

 Hacia la Alegria

Jusqu’au 10/10/2015  au Théatre National

Texte et mise en scène de Olivier Py

Avec : Pablo Casablanc

Tarifs : de 11€ à 20 €

Durée du spectacle : 1h10

Pour de plus amples informations, consultez le site du Théâtre National

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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