Happy Slaping

A la « Dirty Sanchez », quatre ados se filment, avec leur portable, et diffusent sans pudeur des épisodes de leur vie sur internet : aux « happy slappings » (une claque au visage d’un complice, capturée par une caméra faussement voyeuriste) des débuts succèdent des vidéos à la violence de moins en moins anodine.  Ils considèrent que le monde ne veut plus d’une nouvelle génération. Rejetés, ils rejetteront à leur tour les modèles imposés : la consommation, la famille, la religion, l’élite,… Mais ils n’ont rien à proposer à la place. Les images sont leurs seuls repères, les limites sont celles de leur colère.
Happy Slapping, c’est l’histoire de quatre adolescents paumés qui se surnomment Spielberg, Coppola, Lucas et Scorsese, référence évidente aux célèbres cinéastes. Apparaît, au fil de la pièce et malgré la dynamique de bande générée par le quatuor, l’incommensurable solitude de ces quatre êtres, perdus, abandonnés, dans une société en crise dont ils ne perçoivent que le chaos.Comme seule réponse, ils font appel à une violence chaque fois de plus en plus extrême, qu’ils filment et postent sur la toile. Violence qu’Alexandre Drouet entend ici déchiffrer, voire comprendre.Au travers les extraits vidéos dont on admire la maitrise des effets, c’est notre rapport à l’image qui est interrogé : le voyeurisme, la célébrité aussi immédiate qu’éphémère de certains, la confrontation quasi quotidienne à la pornographie,…En diffusant les captations de leurs méfaits, les quatre jeunes semblent s’affirmer davantage.

Julien Besure, Sandrine Desmet, Jérémie Petrus et Thibault Wathelet offrent une merveilleuse interprétation d’une jeunesse désespérée qui se sent non-désirée. Les comédiens nous plongent dans le désarroi des personnages qu’ils incarnent tout en dressant un portrait au vitriol de la société et de son total désenchantement.

Si ce nouveau projet de Cryotopsie, Happy Slapping, met une belle gifle dont on se remettra difficilement, on ne peut être que reconnaissant des picotements de notre conscience une fois sorti de salle.

Du 6/11 au 24/11 à l’Atelier 210, 210 chaussée Saint-Pierre à 1040 Bruxelles. 18 € / tarif plein, 15 € / + 60 ans, 10 € / -30 ans, demandeur d’emploi.

Plus d’infos sur le site de l‘Atelier 210.

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Rédactrice Livres et théâtre.

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