Hard copy – Théâtre Marni

S’intégrer, plaire, être dans la norme. Des principes qui nous suivent du bac à sable jusqu’à notre mort. Surtout, ne jamais être celui qui gêne, ne jamais être celui qu’on rejette. Mais faut-il forcément être différent pour devenir un bouc émissaire ?

C’est ici le sujet traité par l’auteure Isabelle Sorrente dans Hard copy, pièce de théâtre intelligente et audacieuse.
Personne n’est hélas à l’abri. Ca pourrait être moi. Ca pourrait être vous. Mais pour l’heure, il s’agit de Rose qui semble pourtant parfaitement dans la norme. Elle a le même âge que ses trois autres collègues, le même style de vie, les mêmes loisirs et la même fonction professionnelle au sein du « Groupe », lieu où se déroule la pièce. Mais un jour tout bascule.

Tout commence par une remarque de Rose mal comprise et une critique formulée par Douce. Puis Blanche et Belle vont suivre, presque soulagées probablement qu’il ne s’agisse pas d’elles. Et l’engrenage s’enclenche. De plus en plus vite et de plus en plus fort. Seule contre toutes, Rose va d’abord se persuader que ça vient d’elle, puis tenter de se défendre et de se justifier pour enfin ne plus avoir la force de réagir et se laisser vider de sa substance. Rose incarne à présent les failles d’un cadre sensé être parfait, celui dans lequel ces femmes se rassurent au quotidien.

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Pour traiter cette thématque délicate, Alexis Van Stratum a choisi une mise en scène sobre et esthétique qui sert le texte à merveille. A l’image des quatre personnages qui enfilent sensuellement leurs jupes et leurs talons rouges au début de la pièce. Ces tailleurs rouges tous identiques qui agissent comme des aspirateurs d’identité. Les bureaux de taille différente s’accolent et se séparent au gré du jeu des comédiennes et donnent un aspect design et aseptisé parfait pour ce bureau sans âme. Les moments où les comédiennes scandent leur vision de la femme idéale, tous les moments où elles parlent à l’unisson sont réjouissants et apportent du rythme. Pour le jeu des comédiennes, Van Stratum a pris l’option d’un rendu plus intimiste avec micros. Cela met particulièrement en valeur la prestation d’Isabelle Renzetti alias Rose qui nous emmène lentement et subtilement dans sa descente aux enfers. Seul le choix de la voix off est selon moi plus discutable. Si je la trouvais pertinente au début de la pièce, elle a parfois enlevé un peu de rythme à l’ensemble. Mais c’est ici mon seul bémol car en plus d’être particulièrement réussie, cette création dénonce, témoigne et touche. De par son sujet, cette oeuvre théâtrale est quelque part essentielle.

Hard Copy

Jusqu’au 28 février à 20h au Théâtre Marni

Texte : Isabelle Sorente
Mise en scène: Alexis Van Stratum
Assistante à la mise en scène et à la production :Sophie Jonniaux
Avec: Caroline Kempeneers, Cachou Kirsch, Isabelle Renzetti et Aurélie Vauthrin-Ledent et la voix de Jef Rossion

Plus d’infos sur le site du Théâtre Marni

Crédit photo : Bernadette Mergaerts

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Diplômée en communication en 2002 ( IHECS), j'ai depuis touché à de nombreuses disciplines artistiques. J'ai évolué longtemps dans le milieu musical en tant que chanteuse et j'ai réalisé 2 albums de pop française. Je suis auteur/compositeur des morceaux sur les 2 albums et écrit pour d’autres artistes. Je suis improvisatrice depuis 4 ans au sein d'une équipe fantastique et je suis des cours d'acting face caméra. Enfin, je me passionne pour le théâtre et je travaille actuellement en collectif sur 2 créations. C'est donc avec le plus grand respect et bien consciente du travail que cela représente que j'écris mes critiques. Je prends beaucoup de plaisir à découvrir de nouvelles pièces.

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