Histoire de l’imposture

« Nous ne sommes pas là, ce n’est pas nous. Ce que vous voyez vous échappe infiniment. Et nous échappe infiniment. »

La salle est sombre, un carré de lumière blanche sur le sol, cinq comédiens, nus, apparaissent…

Voilà ce que nous sommes : nous sommes mis à nu pendant 1h10. Nous sommes transportés dans un monde imaginaire et pourtant si réel créé par Patrick Bonté. Le spectacle commence hors du cadre de lumière, pour finalement se fondre peu à peu dans cette zone lumineuse, que l’on peut interpréter comme la scène de la vie, ou la zone de lutte, comme le laisse penser le treillis militaire qui apparaît en filigrane.

Les comédiens/danseurs évoluent tout d’abord dans la pénombre, en bord de scène : ils se cherchent, s’imitent, se détachent, s’isolent puis se retrouvent. Qui sont-ils ? Leur nudité est vraie, ils s’habillent ensuite, deviennent « clichés », et pénètrent dans la lumière, comme parés aux combats, forts de leurs attributs vestimentaires, que les protègent, les travestissent peut-être ?

Quelle est la différence entre l’être et le paraître ? La chorégraphie de Nicole Mossoux et Patrick Bonté nous interroge. Les gestes sont francs, les pas synchronisés, les danseurs apparaissent dans un monde où l’on se cherche dans le regard de l’autre. Ils s’éloignent doucement de ce qu’ils sont vraiment pour disparaître dans ce moule de société, en adoptant les codes vestimentaires, les postures acceptables, la bienséance. Ils suivent la musique, agressive et perturbante ; ils suivent également les ordres que leur dicte la voix off (Imposture N° 8, Impostue N° 3, Be youself), sont soumis à de violents flashs incessants : ils ne sont plus que le reflet de ce que le monde leur impose.

Au gré des changements de costume, le temps passe, mais finalement rien ne change. Que ce soit au XVIème ou XXIème siècle, l’imposture est la même : on se grime, on adopte des attitudes, on affecte des états, mais finalement, où est la vérité ? Il faut creuser au fond de son âme de temps en temps pour se rappeler qui nous sommes, ce que nous voulons réellement dans la vie. Sébastien Jacobs, Leslie Mannès, Frauke Mariën, Maxence Rey et Marco Torrice nous la livrent entièrement, leur âme.

Sur scène, les danseurs donnent tout. Pleine d’énergie et de vigueur, l’interprétation, faisant succéder les chorégraphies individuelles et simultanées aux mouvements d’ensemble, donne à la pièce son rythme effréné, et nous laisse haletant dans cette course aux apparences. Le jeu des lumières et des couleurs souligne l’esthétisme de la représentation et des mouvements. Enfin la musique, personnage à part entière, transcende l’émotion communiquée par les danseurs.

A nous de faire la différence entre ce qui nous est donné à voir et ce que nous voyons, ou voulons voir, et chacun des spectateurs sortira de la salle avec une réflexion très personnelle de ce qu’il a vu, aperçu ou compris.

Un mélange de danse contemporaine et de musique rythmée pour traiter d’un thème essentiel que les comédiens nous offrent grâce à un seul accessoire : leur expression corporelle.

Du 26 au 30 Novembre 2013 au Théâtre Varia (www.varia.be)

Avec : Sébastien Jacobs, Leslie Mannès, Frauke Mariën, Maxence Rey, Marco Torrice

Musique : Thomas Turine (avec la voix d’Elise Gäbele)

Scénographie : Didier Payen

Chorégraphie : Nicole Mossoux, Patrick Bonté

Concept et mise en scène : Patrick Bonté

Tarifs : de 8 à 20 € & Article 27

Durée du spectacle : 1h10

Stephanie Lebordais

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