Holly Ann, vent nouveau sur un format classique

Avec Holly Ann, Kid Toussaint et Stéphane Servain nous plongent dans la Nouvelle-Orléans foisonnante de la fin du 19 ͤ siècle pour un thriller vaudou séduisant. Ils donnent vie à une héroïne sans complexes qui à l’image de cette nouvelle série a tout pour plaire, malgré un format classique qui peut surprendre.

Le fils des riches propriétaires d’une plantation a disparu. Lorsque le corps du jeune garçon est retrouvé entouré de symboles vaudous, l’enquête incrimine un jeune Noir employé à la plantation. Ce dernier, Martin, a disparu le même jour que le fils de son employeur. La mère de Martin s’adresse à Holly Ann, quarteronne indépendante et astucieuse, pour faire la lumière sur cette affaire enveloppée de mystère et de vaudouisme.

Et pour cause, La chèvre sans cornes, titre de ce premier tome, correspond en langage vaudou au meurtre rituel d’un enfant blanc. Le vaudou, c’est la piste que décide de remonter Holly Ann pour élucider le mystère qui agite la ville du croissant (pour la forme de son agglomération au 19 ͤ siècle et non son origine française).

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La Nouvelle-Orléans et par extension le « Deep South » est une région dont l’atmosphère, déterminée par sa géographie et son histoire complexe, est source de fascination et de grande inspiration pour la littérature et le cinéma. La bande dessinée n’est pas en reste, car avant Holly Ann, les séries Blacksad, Blueberry, Les Passagers du vent ou Jim Cutlass (pour les plus connues), ont dépeint avec virtuosité cette région si particulière.
Moins sombre et tourmenté que la série Jim Cutlass, la série Holly Ann dialogue pourtant avec sa prestigieuse aînée sur de nombreux aspects : le traitement des personnages féminins, le graphisme, la couleur de la narration, l’ambiance. Elle se distingue en abordant la Nouvelle-Orléans, son microcosme, non pas comme un simple contexte, mais comme un personnage à part entière, complexe et nébuleux.

Kid Toussaint, le scénariste, en plus de signifier sa fascination, manifeste une grande connaissance du milieu dans lequel il fait évoluer ses personnages. En témoignent les nombreux détails et particularités qui enrichissent la narration (les cimetières aux tombes surélevées, le quartier interlope de Storyville,…). Pourtant, cette richesse désert singulièrement un univers qui repose sur le concept (assez classique) d’une série qui ambitionne de proposer, autour de personnages récurrents, une enquête par album. La belle Holly Ann semble un peu à l’étroit dans ce format classique en 48 pages. Si la narration n’a pas  l’espace pour proposer un récit d’enquête complexe, alors qu’elle en a les ressources, la solution que propose astucieusement Kid Toussaint est de maintenir autour de la personnalité de Holly Ann, un parfum de mystère aux essences délicatement surnaturelles qui, en plus des personnages principaux, se doit de créer un lien dramatique entre les albums de la série. L’éditeur annonce déjà les tomes 2 et 3 de la série qui devraient s’intéresser pour le premier aux indiens Natchez (les habitants autochtones de la région) et pour le second au quartier interlope de Storyville, et répondre progressivement aux interrogations que suscite son héroïne.

Au crayon, à la plume et au pinceau, Stéphane Servain fait honneur au travail de son scénariste. Son dessin élégant, son encrage maîtrisé et sa mise en couleur raffinée sont un régal pour les yeux. Le découpage dynamique qu’il propose soutient agréablement une tension qui ne se veut jamais excessive, mais toujours suffisante. La complicité entre les auteurs est évidente et transparaît à la lecture de ces belles pages.

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Holly Ann, La Chèvre sans cornes est une belle réussite, un album plaisant qui marque les débuts d’une série prometteuse dont on attend les nouveaux épisodes qui se doivent de confirmer ces bonnes dispositions.

Toussaint & Servain, Holly Ann – Tome 1 : La Chèvre sans cornes, Casterman, 48 pages, 13,50€

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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