Hommage à Brel (Filip Jorden)

« Accompagné par un pianiste, un accordéoniste, un contrebassiste et un batteur, le chanteur (mieux connu au nord de notre pays, où la critique est unanime) compose un tour de chant qui reprend les titres de jeunesse comme ceux de la maturité, les plus grands succès comme les joyaux moins connus. Cet hommage bouleversant va combler les aficionados comme ceux qui vont découvrir, avec Filip Jordens, l’univers hors du commun du Grand Jacques. » S’il y a bien une (seule) chose que Florent Pagny m’a appris, c’est que s’attaquer au répertoire de Brel n’est vraiment pas à la portée de tous. Le risque est grand de finir par se vautrer en beauté. C’est donc particulièrement méfiant que, en cette soirée hivernale et humide, je me suis rendu au centre culturel d’Auderghem afin d’assister à ce spectacle proposé par le théâtre Le Public.Je décide de mettre mes appréhensions et préjugés de côté, et me voilà, qui me mêle au public, majoritairement SUPER âgé (en même temps ce n’est pas un concert des One Direction non plus). D’ailleurs, je suis agréablement surpris de croiser quelques rares mèches (très) faussement rebelles ; fait qui démontre que certains parents n’ont pas totalement renoncé à l’éducation musicale de leurs mouflets. Ils ont au moins le mérite de tenter de les éloigner des gangnam style et autres pauvretés de l’industrie du disque actuelle.Ma bière expédiée, je rejoins la masse qui commence à se presser à l’intérieur de la salle. Les lumières se tamisent et peu à peu, les chuchotements s’estompent, jusqu’à disparaître complètement dans un silence religieux. Le rideau s’ouvre sur une scène épurée parsemée de quelques musiciens, déjà besogneux. Ils sont rapidement rejoints par Filip Jordens ; c’est parti pour deux fois 45 minutes de concert (avec entracte s’il vous plaît).

Visuellement, je suis directement conquis par la sobriété et l’effet « rétro » maîtrisé de l’ensemble : F. Jordens se tient, en costard, devant ses musiciens ; il est mis en valeur par deux spots qui accentuent encore la ressemblance physique (d’assez loin et dans la pénombre, je vous l’accorde), si ce n’est pour le « sourire cheval », propre au Grand Jacques. J’avais vraiment l’impression de regarder une vidéo live de l’époque sur youtube.

Petite remontée dans le temps donc, tant au niveau visuel que musical. Enchaînant les joyaux brelliens ; mélangeant des grands classiques et des pépites moins connues (j’y ai d’ailleurs découvert l’extraordinaire chanson « les fenêtres »), Filip Jordens captive. Sa présence scénique et ses interprétations sont tout bonnement bluffantes. Principalement en ce qui concerne la gestuelle, proche de celle de Jacques Brel, mais tout en ne tombant presque jamais dans l’exagération. En effet, ce n’est que lorsque qu’il a interprété « Les bonbons » qu’il y avait, à mon goût, un léger surjeu dans l’interprétation.

Brel interprétant la chanson « Les fenêtres » en 1964.

Les seuls petits bémols que j’exprimerais sont, d’une part, la présence de l’accordéon (enfin ça ressemblait parfois plus à des petits larsens) sur certaines chansons plus calmes qui, à mon sens, couvre et gâche quelque peu l’ambiance de l’instant. D’autre part, à certains moments (lorsque les chansons montaient en puissance), la musique couvrait la voix et du coup, on ne discernait plus avec précision les textes sublimes de Brel.

Mais là je chipote car tout cela est vite oublié quand je me remémore les versions, magistrales et touchantes, du « plat pays » ou encore de « ne me quitte pas ». La performance physique est également à souligner : pendant une heure et demi, Filip Jordens est habité et se donne à fond en déployant une énergie considérable, pour le plus grand plaisir du public. Preuve en est la standing ovation partielle et les applaudissements nourris, et largement mérités, qui ont raccompagné le héros du soir en coulisse.

Ce qui est dur quand on reprend Brel c’est que soit on tente une réinterprétation totale et on essaye de se réapproprier les chansons (mais au risque de se vautrer. Oui, Florent Pagny, ce message t’est adressé…), soit on joue la caricature, l’imitation. Mais Brel est inimitable et est à lui seul sa propre caricature. Alors, comment lui rendre hommage dignement ? La réponse, Filip Jordens nous la livre, avec la manière : par l’humilité.

Tout dans ce spectacle respire la sincérité et l’humilité et cela permet à l’artiste d’atteindre une justesse, tant dans l’intention que dans l’émotion. Et ce n’est bien que de cette manière, que l’on peut rendre un vrai hommage à un vrai artiste.

Bref, une expérience à vivre absolument.

Mes respects Monsieur Jordens et chapeau l’artiste !

Du 18/12 au 30/12/2012 au centre culturel d’Auderghem.

© photo : Christophe Bortels

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *