House of cards, saison 3 : un bilan mitigé

Fin février, Netflix a rendus accessibles d’une traite les treize épisodes de la troisième saison de House of Cards. Si le service de streaming est disponible en Belgique et en France depuis septembre 2014 et a créé l’évènement avec sa série-maison Marco Polo, House of Cards restera diffusée en Belgique et en France par Be TV et Canal+ (bien qu’il y ait une astuce pour les utilisateurs de Netflix), détenteurs des droits pour la série. Les nouveaux épisodes de cette série qui a obtenu plusieurs Golden Globes et Emmy Awards sont comme d’habitude passionnants et se laissent dévorer sans difficulté. Néanmoins, il faut reconnaître qu’en enfilant le costume de POTUS (President of the United States of America), Frank Underwood, interprété par Kevin Spacey, s’assagit légèrement, ce qui ne lui convient pas spécialement. Rendez-nous le comploteur machiavélique sans doutes ni états d’âme qu’il a été !

 

En effet, c’est sous ses traits d’anti-héros qu’il excelle à se faire adorer. Si devenir Président était un défi pour le personnage, c’en est également un vis-à-vis des téléspectateurs. Ce nouveau tour donné à l’intrigue permet de la relancer après une saison 2 parfois un peu plate mais induit son lot de contraintes. Si, loin des spots, Francis pouvait se concentrer sur son unique objectif, accéder au pouvoir, la fin justifiant les moyens les plus immoraux, il doit désormais faire face à une multiplicité d’enjeux et de contradicteurs, cela restreint ses capacités d’action. De simples jeux de pouvoir (certes tordus) à l’intérieur de son parti politique ou des couloirs de la Maison Blanche, il lui faut désormais affronter le monde entier. Conquérir le pouvoir ne fait pas tout, encore faut-il le garder et – cela l’obsède – marquer l’histoire de son empreinte, laisser un héritage. Cette saison, qui débute quelques mois après son accession au pouvoir, est véritablement celle d’un tournant, étape délicate pour le scénario, puisque les recettes qui fonctionnaient auprès des téléspectateurs doivent désormais laisser la place à des innovations (relatives). Underwood doit désormais composer avec des ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur, de par son entrée dans le jeu de la diplomatie internationale et sa faible cote de de popularité. Mais il est moins seul qu’il n’a pu l’être auparavant, formant plus que jamais avec sa femme, Claire, interprétée par Robin Wright, un véritable duo au centre de la série prêt à tout pour assouvir leur ambition commune. Néanmoins, des fissures apparaissent, ils commettent quelques erreurs et les intérêts du couple s’entrechoquent avec les ambitions de chacun, ce qui pourrait amener à terme quelques difficultés.

Cette saison est aussi l’occasion de faire la connaissance plus approfondie d’autres personnages, nouveaux ou anciens. On pense tout particulièrement aux personnages de Doug Stamper (Michael Kelly), fidèle parmi les fidèles en lutte contre lui-même cherchant à regagner la confiance du maître, et au président russe, un peu trop caricatural et directement inspiré de son homologue dans la réalité, qu’interprète l’acteur danois Lars Mikkelsen. Quant au réalisme du scénario, il reste toujours en deçà d’autres séries politiques bien plus ancrées dans cette veine. Mais des efforts ont été faits, sans doute de par le nouveau costume endossé par Frank, ce qui amène un résultat finalement moins convaincant que ne l’étaient les libertés prises avec la réalité dans les précédentes saisons.

La réalisation débouche sur une atmosphère générale extrêmement glaciale, sans âme ni chaleur. Les Underwood sont assez seuls, dans le doute et peu populaires, et ça se voit. Le rythme de la saison est moins soutenu qu’il n’a pu l’être par le passé, mais les événements s’enchaînent malgré tout, sans pouvoir capter autant l’attention ni encourager l’addiction du téléspectateur. Les silences et moments qui se prolongent en faisant monter la tension sont une qualité de la série, qui gagne en dureté ce qu’elle perd en cynisme. Qu’on ne se trompe pas, House of Cards fait partie de ces séries critiquées parce qu’on en attend beaucoup, ce qui témoigne finalement plus de leur qualité que de leurs défauts. On attend avec impatience la lutte qui s’annonce autour de la prochaine élection présidentielle dans la saison 4 (la dernière ?), en espérant que Frank Underwood puisse à nouveau agir de façon plus décalée et inattendue qu’il ne l’a fait ici.

House of Cards, saison 3, depuis le 27 février 2015 sur Netflix, et légèrement en décalé sur Be tv en Belgique et Canal+ en France.

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