Huis Clos

Que diriez vous d’un petit voyage en enfer ?

La scène se situe dans un salon épuré et vide, à l’exception de trois canapés. Entrent par l’unique porte un garçon d’étage, costume trois pièces, et un homme au visage froid et fatigué, Joseph Garcin. Ce dernier est extrêmement surpris par l’apparence de la salle. Il s’attendait vraisemblablement à quelque chose de très différent. Rapidement rejoint par deux femmes, il tente d’éviter conversations et conflits… En vain. Chacun des trois personnages révèle alors lentement l’histoire de sa vie, la vraie, celle qui justifie sa présence dans cette pièce au décor si minimaliste.

Leur point commun ? Un cruel égocentrisme… A moins que ce ne soit une égocentrique cruauté? Qu’importe, ils doivent bien se rendre à l’évidence: ils sont tous trois liés, pour l’éternité. Ne s’accordant aucun répit, tout comme l’absence de sommeil et la lumière continue les y invitent, leur enfer sera cette pièce, ces trois canapés, et surtout leur relation, inextricable, irritante et inévitable. 

Stéphane Ledune, dans le rôle de Garcin, est sombre et drôle à la fois. La verve de Sylvie Perederejew, dans le rôle d’Inès, irrite, presque, le spectateur, surpris par tant d’aigreur. Dolorès Delahaut, quant à elle, incarne la superficielle Estelle avec justesse. Jouée dans la petite salle des Martyrs, la disposition particulière du public participe à l’emprisonnement des comédiens, à la fois victimes et bourreaux. Fidèle au texte, ce Huis Clos, mis en scène par Marcel Delval, est sobre mais diablement juste.

Parfaitement d’actualité et complètement intemporel, Huis Clos est un classique à ne pas manquer.

huis clos 2 huis clos 3

« J’ai voulu dire : l’enfer, c’est les autres. Mais « l’enfer, c’est les autres » a toujours été mal compris. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné de nous juger. Quoi que je sente en moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la dépendance d’autrui. Et alors en effet je suis en enfer. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres. Ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous; j’ai voulu montrer par l’absurde, l’importance chez nous de la liberté, c’est-à-dire l’importance de changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent. De sorte qu’ils se mettent librement en enfer. » Jean-Paul Sartre – Extrait de Un théâtre de situations, 1973.

Du 12 janvier au 6 février 2016 au Théâtre des Martyrs

Avec : Jaoued Deggouj, Dolorès Delahaut, Bernard Gahide, Stéphane Ledune, Sylvie Perederejew

Mise en scène par Marcel Delval

Tags from the story
Written By

Je suis un des prototypes personnels de Dieu. Un mutant à l'énergie dense, jamais conçu pour la production en série. Trop bizarre pour vivre et trop rare pour mourir. --Las Vegas Parano

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *