Hyperreal: More than Pop!

Le Saarland.Museum présente l’exposition Hyperreal: More than Pop, avec plus de 75 peintures et sculptures traçant le mouvement hyperréaliste de ses débuts dans les années 1960 jusqu’à 2012.

Contemporain de plusieurs développements majeurs de l’art du XXe siècle, l’hyperréalisme naît en réponse à l’art informel, qui, dans les années 1960, monopolise le monde de l’art américain. Enfant du Pop Art, l’hyperréalisme s’établit rapidement comme un contre-courant de l’expressionnisme abstrait en s’opposant au statut élitaire donné à l’art par ses adeptes et en employant très ouvertement des références à la culture populaire. Les hyperréalistes, qui se regrouperont autour du personnage du galeriste Louis Meisel à New York, se servent dès lors de photographies en tant que modèle pour leurs peintures de grand format, une pratique qui leur rapportera également le nom de photoréalistes.

Le Saarland.Museum ne présente pas uniquement les œuvres des fondateurs du mouvement, mais propose un aperçu intime du développement de l’hyperréalisme, en mettant également le poids sur son importance dans l’art contemporain du XXIe siècle.

Ouvrant avec les peintures à l’acrylique et à l’huile de Don Eddy, John Kacere, Richard Estes et de Ralph Goings, l’exposition nous plonge immédiatement dans la réflexion de ces artistes, dont la pensée est illustrée à travers plusieurs citations, reprises à intervalles sur les murs du musée, et faisant référence aux peintures dans la première salle d’exposition. Ces déclarations témoignent à la fois du désir des artistes de créer un art qui retranscrit la réalité du quotidien américain, ainsi que son rapport ambigu à l’homme, mais qui touche également à des questions plus profondes, allant au-delà de la surface de la toile. Introduisant à chaque fois le contexte socio-culturel de la réalisation des œuvres, l’exposition permet cependant de se familiariser avec l’individualité de chaque artiste travaillant au sein du mouvement.

Réalisées avec une finesse presque sans égal, les sculptures humaines de Duane Hanson n’impressionnent pas seulement grâce à leur ressemblance avec leurs modèles vivants, mais font surgir des sujets divers tels que le racisme, l’inégalité des genres et des classes, la pauvreté ou encore le troisième âge. Il va de même pour les tableaux de Richard Estes qui glorifie le paysage urbain américain à travers les surfaces brillantes et glacées de ses toiles, prônant les aspects « sexy » du capitalisme et de ses produits de masse.

Après cette première introduction aux débuts du mouvement, l’exposition poursuit avec l’évolution de l’hyperréalisme après 1970, échangeant sa réputation de mouvement « underground » contre un statut de courant artistique de renommée mondiale, suite à la fameuse dOCUMENTA V en 1972. Propulsé sur la scène artistique internationale, l’hyperréalisme se diversifie, et une tendance vers l’expérimentation se ressent auprès de certains artistes, dont notamment Chuck Close qui se tourne davantage vers la pixellisation de ses portraits. Le mouvement commence également à accueillir des artistes non-américains, comme Roberto Bernardi et Yigal Ozeri, dont les œuvres sont présentées à l’étage du musée.

Les sujets s’internationalisent, avec une insistance sur la vie dans les grandes villes du monde, le nu, les portraits (particulièrement doux et fantastiques dans l’œuvre d’Ozeri), et une réinterprétation de la nature morte, dont les fabuleuses toiles de Bernardi.

L’exposition se termine sur quelques toiles choisies datant de l’année passée, témoignant de la présence persévérante de l’hyperréalisme dans le monde actuel de l’art contemporain. Aujourd’hui comme dans les années 1960, ce mouvement artistique ayant perduré plus de cinq décennies nous offre une vision de la réalité qui nous fait hésiter quant à sa nature exacte : l’hyperréalisme est-il un hommage à la réalité ou ne fait-il que l’embaumer dans la surface de ses toiles comme suggéré par le critique américain Hal Foster ? Les œuvres de ces dernières années ne sont pas plus explicites, et posent davantage la question sur notre rapport au réel.

Du 30 juin au 13 octobre 2013 au Saarland.Museum, rue Bismarck 11-15, Sarrebruck, 5 euros.

Plus d’infos sur l’exposition et le Saarland.Museum ici.

Jessica Schoons

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