Ida fixe, à suivre jusqu’au bout

« Alors qu’elle s’apprête à prononcer ses vœux, la jeune Ida se voit conseiller par les sœurs du couvent où elle a grandi de rencontrer sa tante avant de se retirer du monde, histoire d’avoir un contact avec la seule famille qui lui reste. De très mauvaise grâce, l’aspirante nonnette s’incruste donc sans crier gare dans la vie pas très catholique de Wanda la rouge, la juge qui traque les criminels nazis de Pologne. Wanda apprendra bien des choses à Ida, au cours d’un retour aux sources à la recherche de la tombe parentale, qui ébranlera sa foi. »

Sur fond de Pologne post-nazie, Pawel Pawlikowski nous embarque dans un improbable road-movie qui voit une juge fracassée accolée de sa future nonne de nièce parcourir son passé de femme juive durant la Deuxième Guerre mondiale. Wanda et Ida en sont les deux seules survivantes de la famille. C’est bien leur seul point commun. Alors que Wanda a dû abandonner son fils à sa sœur et son beau-frère pour s’illustrer en résistance, puis dans la magistrature assise, sa nièce n’a été sauvée de l’extermination que par un petit miracle de pitié qui la fit déposer toute petite dans un couvent et échapper ainsi au triste sort réservé à ses parents et à son cousin par les gens qui les cachaient pourtant. Depuis lors, Wanda dérive, poursuivant les collabos qu’elle peut, collectionnant les aventures et les cuites, délaissant Ida au couvent. Cette dernière n’a que 18 ans et ses prières pour envisager une société à laquelle elle ne semble pas appartenir. D’abord choquée et rebutée par le style de vie de sa tante, elle s’ouvre peu à peu à son comportement et à ses réflexions. Le choc ne les épargnera pas…

On n’en dira pas plus, tant le dénouement doit se vivre au cinéma. Il faut voir l’évolution de ces personnages au terme d’un film contemplatif et froid, magnifié par une photographie noir et blanc maîtrisée. Pawel Pawlikowski ose les plans fixes, l’accumulation de plans fixes même. Il ne s’autorise de mouvement de caméra qu’à la fin, lorsque Ida marche sur la caméra, l’obligeant à reculer en travelling arrière, écrasée par la détermination de la jeune fille. Ce dernier plan silencieux clôt vertigineusement un film qui ne craint pas les silences et les ellipses. Le réalisateur prend en effet le parti de parler à l’intelligence du spectateur. Point de dialogues inutiles, des longs plans fixes et une narration hyperelliptique, telle est la formule de Ida.

Ida fixe, sur laquelle se pose la caméra et bien des questions. Ida fixe dont la beauté naturelle éclipse les paysages renfrognés d’une Pologne encore complexée, hantée par ses fantômes guerriers. Ida fixe, ancrée dans le socle de ses convictions et sur laquelle Wanda se cogne, comme elle se cogne partout ailleurs, incapable d’entrer dans le cadre. Et le cadre est partout dans ce film. La composition de l’image hyper léchée dirige, comme souvent chez les bons réalisateurs, la contemplation. Ici, elle s’inscrit dans un jeu de cadrage et de surcadrage emprisonnant un peu plus ses personnage dans un statisme esthétique.

Ida fixe, à suivre jusqu’au bout !

A voir dès le 12 février 2014

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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