Interview avec Jessica Woodworth, la réalisatrice de King of the Belgians: la fin de la Belgique est-elle pour demain?

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King of the Belgians sort aujourd’hui dans les salles à Bruxelles et en Flandre, il faudra attendre quelques semaines le visionner en Wallonie. Un film belge de Peter Brosens et Jessica Woodworth qui transpire la belgitude. Peter Van den Begin, star incontestée en Flandre et parfait inconnu dans la partie francophone du pays, assure avec brio le rôle du roi Nicolas III de Belgique. Cette fiction a tout pour devenir culte avec un humour et une dérision bien de chez nous. Un long métrage qui ne laisse pas indifférent par sa mise en scène mais également par les thèmes abordés: la royauté, la scission de la Belgique, l’accès à l’Union européenne, le parcours des réfugiés, l’éthique journalistique, etc.

Synopsis du film King of the Belgians

Le roi des Belges Nicolas III est en visite d’Etat à Istanbul lorsque tout à coup, son pays se désagrège. Le roi est obligé de rentrer immédiatement afin de sauver son royaume. Malheureusement, une éruption solaire puissante empêche toute forme de télécommunication et toute circulation aérienne. Le roi et son entourage sont dès lors coincés à Istanbul. Avec l’aide d’un cinéaste britannique et d’une troupe de chanteuses bulgares, ils parviennent, incognito, à s’échapper de la Turquie. Ainsi commence une odyssée à travers les Balkans au cours de laquelle le Roi découvre le monde tel qu’il est et… lui-même.

Notre avis sur King of the Belgians de Peter Brosens et Jessica Woodworth

King of the Belgians est une petite merveille dans le monde du cinéma belge. Si l’on pense forcément au faux JT de la RTBF Bye Bye Belgium en 2006, le film s’en détache et plonge le spectateur dans l’intimité du roi Nicolas III. La réussite du film réside principalement dans le fait qu’on arrive vraiment à humaniser ce roi des Belges qui aime profondément sa nation. S’il est parfois un peu gauche et maladroit, Peter Van den Begin dégage une forme d’élégance royale et attachante.

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Le film nous place régulièrement dans la peau de Duncan Lloyd, le cameraman. Ce dernier nous fait prendre conscience du rapport à l’image des personnalités publiques soumises à une médiatisation omniprésente comme dans les téléréalités par exemple. En abordant des thèmes complexes comme la pérennité de l’Etat belge, la place de la royauté, l’éthique des médias, ce film fait réfléchir en suscitant des sourires du début à la fin. Une belle fresque humaine loin des grosses productions hollywoodiennes avec beaucoup de finesse et de réflexion, un cinéma comme on aimerait en rencontrer plus souvent dans le paysage cinématographique belge. Un must see!
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Extraits de l’interview de Jessica Woodworth, réalisatrice du film, pour Culture Remains

Comment vous est venu l’idée de ce film? 

C’est une fiction avec un scénario original. L’idée nous est venue en 2011 lors de l’interminable crise politique de la Belgique. Si vous vous souvenez, il y a eu l’éruption du volcan Eyjafjallajökull qui a bloqué toute l’Europe. Et à ce moment, le président estonien devait rentrer au parlement absolument et il a loué un minibus pour rentrer. Ils ont traversé les Balkans et ce récit de vie, hors du protocole, avait beaucoup de charme. Il a d’ailleurs été en couverture du New York Times à l’époque.

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The bus of President Toomas Ilves of Estonia crossed the Hungary-Slovakia border on Monday. Mr. Ilves is in the second row’s left aisle seat. Credit Office of The President of Estonia

La nature nous frappe toujours et on a décidé d’inventer une tempête solaire pour le film afin de reproduire ce sentiment de crise et l’absence de moyens de communication. Que ce soient les moyens de communications ou les aurores boréales, ce sont des phénomènes qui peuvent se produire dans la réalité. C’était fort important pour nous que le film puisse réellement se dérouler dans la réalité, et ce du début à la fin.

Votre souhait était-il de parler de la construction européenne? De l’histoire des Balkans? Du parcours des réfugiés?

Notre but était avant tout de parler de la royauté mais avec le Brexit, la montée des populismes et des extrémismes, la crise des réfugiés, il va de soi qu’on voulait aborder ces thèmes. Mais ce n’est pas ce qui est au centre de l’histoire du film. On l’a tourné en 2015 et on était conscient de la métaphore aux réfugiés, mais ça n’a pas dicté le récit. Le parcours dans les Balkans offre une scène mythique et complexe à cette odyssée. On fait des références et on ouvre des portes sur la guerre des Balkans avec le personnage que l’on rencontre en Serbie mais le personnage central est et reste le roi Nicolas III. On ne voulait d’ailleurs pas faire un film politique mais humaniste avant tout.

C’est un élément crucial dans la réussite de votre film à mes yeux. Le fait que vous arriviez à humaniser le personnage du roi interprété avec brio par Peter Van den Begin donne vraiment de la profondeur au scénario. Avez-vous une position précise quant à la monarchie et à son importance en Belgique?

Je ne vais pas me positionner, mais je pense que le roi a sa place en Belgique. Je suis d’ailleurs très curieuse de voir la réaction de la presse belge, que ce soit côté flamand comme francophone. La presse internationale a déjà réagi positivement. Ce qui est unanime parmi tous ceux qui ont vu le film, c’est que la prestation du comédien est exceptionnelle. La famille royale n’a pas réagi, mais j’espère qu’ils le verront et qu’ils apprécieront. On ne l’a fait ni pour eux ni contre eux ni avec eux, on est très neutre. C’est un regard assez tendre envers le personnage du roi avec un ton optimiste envers la Belgique.

L’avez-vous tourné dans plusieurs pays? Comment cela s’est-il passé avec les autorités locales?

On a filmé un jour à Bruxelles, deux jours à Istanbul et 18 jours en Bulgarie. C’est une co-production avec la Bulgarie. On a d’ailleurs fait des recherches pour que les habits portés à un moment donné du film soient des habits traditionnels bulgares. Les femmes qui chantent dans le film sont également bulgares. Elles chantent devant l’ancien siège du parti communiste bulgare (Bouzloudja). C’est un lieu très sensible en Bulgarie. La première chanson est connue dans plein de pays différents de l’ancien bloc de l’Est. C’est un clin d’œil au passé socialiste. La deuxième chanson a été incluse dans le trip spatial Voyager, elle a été dans l’espace. Elle suscite encore beaucoup de fierté là-bas. Idem pour les passages en Serbie et en Turquie, on a voulu jouer avec les stéréotypes. C’est délicat mais c’était essentiel pour le film.

Last but not least, vous faites de nombreuses allusions à l’éthique journalistique pendant le film, quelle était votre intention et votre message?

C’est super important dans notre histoire quand le roi découvre que Duncan Lloyd a une éthique importante. Le fait que le journaliste ait respecté la demande de l’individu de ne pas diffuser des images, c’est vraiment important pour nous. On voulait l’intégrer dans l’histoire de manière minimaliste mais ça a son importance.  Louise le dit d’ailleurs à un moment dans le film à propos du cameran, « You take, you take, you take » c’est-à-dire qu’on a jamais assez d’images à diffuser et que les médias en veulent toujours plus. Au final, comme dans le film, on se demande aussi  »To what greater purpose? ». Cette question revient régulièrement dans nos têtes. Pourquoi fait-on un film? Dans quel but on passe plusieurs années de sa vie à faire un film? On espère qu’on aura des retours aussi positifs en Belgique qu’à l’étranger. On verra prochainement.

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