Isaac Asimov – Les cavernes d’acier

1920, Russie – plus précisément à Petrovichi (Non, il n’y a aucun rapport avec l’eau !) – : « C’est un garçon ! », ses géniteurs décident donc de le prénommer Isaac. Mais trois ans après, le petit Isaac est malencontreusement arraché à sa terre natale : ses parents, en raison de la situation en Russie, émigrent aux Etats-Unis. Monseigneur Asimov n’était décidemment pas prédestiné à la littérature: étudiant brillant, il avait obtenu une bourse pour entrer à l’Université de Columbia où il passa son baccalauréat en sciences (1939) avant de faire une maîtrise en chimie (1941) et finalement un doctorat en biochimie (1948).
 
Scientifique jusqu’au bout des doigts (de pieds) me direz-vous !
 
Toutefois, malgré son attachement pour la pragmatique scientifique, le jeune Isaac ressentit très tôt un attrait incontestable pour la littérature (heureusement pour les Romanistes, ce n’est pas le cas de tous les scientifiques sinon : « Bonjour le chômage ! »). Ainsi donc, en parallèle de ses études fastidieuses, il prit timidement la plume et sa première nouvelle fut – ô joie, ô bonheur – publiée en 1939. Encouragé par John Campbell, rédacteur en chef d’Astounding Stories, ce jeune étudiant continuera dès lors sur sa lancée et ne s’arrêtera plus. C’est en 1954 que le brave docteur publiera Les cavernes d’acier, premier roman du Grand livre des Robots mélangeant avec génie (dixit Asimov, que la modestie n’étouffait pas) le roman Policier et la Science-Fiction. C’est aussi la première apparition du couple d’enquêteurs : Elijah Baley et le robot R. Daneel Olivaw, un androïde ressemblant à s’y méprendre à un être humain, qui manifestera à diverses reprises dans d’autres romans. Au demeurant, la force de la saga asimovienne réside indubitablement… dans ce robot ! En effet, R. Daneel Olivaw sera le fil conducteur permettant de faire converger le Grand livre des Robots vers le Cycle de Fondation (c’est-à-dire une quinzaine de romans), leur donnant une cohérence et une portée symbolique impressionnantes. Mais fini de bavasser, passons aux choses sérieuses :
 
Premièrement, hop, une petite mise en contexte (vu les mœurs bizarres qui nous sont attribuées en l’an 5000 ça ne nous fera pas de mal !). Asseyez-vous… Moteur !
 
« Alors qu’une partie de l’humanité a décidé de coloniser l’univers avec l’aide précieuse de robots de plus en plus perfectionnés, les habitants de la Terre ont décidé de vivre sous la surface d’une planète désormais ravagée par la surpopulation et la pollution. Ainsi les Terriens s’agglutinent dans d’immenses cités souterraines construites sur plusieurs niveaux et dont ils ne sortent jamais, bien à l’abri des agressions de l’extérieur et de la nature. Mais contrairement aux Spaciens, bien que leurs « cités » utilisent quelques robots assez médiocres, la plupart des Terriens éprouvent une certaine répugnance à leur égard sans véritable justification, les trois lois de la robotique ayant toujours protégé les humains d’une éventuelle agression. Dans cet univers clos et régi par des règles de vie parfois contraignantes en raison de l’espace restreint, le système monétaire a été aboli, remplacé par une planification des tâches et du mode de vie de chaque individu, jusqu’au sein même de la cellule familiale (réfectoire de quartier, douches et sanitaires communs…). De ce fait chaque citoyen est soumis au même mode de vie et puisqu’il n’existe plus de salaire, seul le grade de chaque individu permet de distinguer son niveau d’utilité et de responsabilité dans la société. Malgré leur supériorité écrasante, une partie des Spaciens sont revenus sur Terre pour construire à la surface « Spacetown », un village à ciel ouvert dont l’entrée est restreinte par de très nombreuses règles sanitaires. »
 
Bon jusque là, rien de vraiment sensationnel, me direz-vous ! Mis à part l’énorme écart technologique entre les Terriens et les Spaciens engendrant des relations diplomatiques à outrance pour éviter tout conflit, tout va bien dans le meilleur des mondes ! (Tout bien réfléchi, il ne vaut mieux pas commencer à mélanger Anticipation et Science-fiction, sinon même mon cerveau surdéveloppé ne comprendra plus rien…). Mais voilà qu’arrive l’élément perturbateur au grand galop : un éminent savant Spacien de Spacetown est assassiné. Le drame, la catastrophe, la calamité… Bref, l’incident diplomatique quoi ! C’est aussi LE mystère. En effet, les Spaciens accusent les Terriens mais ceux-ci, claustrophiles, éprouvent une peur bleue rien qu’à l’idée de sortir au grand air; quant aux robots, ils ne peuvent faire de mal à un être humain…
 
« So, who’s the murderer ? »
 
Voilà l’aberrante confusion à laquelle le détective Elijah Baley se trouve confronté, affublé, qui plus est – par un souci de pertinence de l’enquête – d’un coéquipier Spacien. Cependant, ce n’est pas n’importe quel Spacien, R. Daneel Olivaw est la dernière création robotique de la victime, le docteur Sarton ! Se voyant attribuer l’enquête sous le prétexte d’une amitié de collège, Elijah mesure rapidement les enjeux de cette affaire autant pour l’humanité que pour sa propre petite personne. Forcé d’intégrer Daneel à sa vie privée – véritablement un cheveu dans sa soupe –, leur collaboration semble très peu prometteuse : un robot d’humeur toujours égale, d’une grande justesse mais quelque peu naïf, accompagné d’un détective grommelant, irrité et grognon, toujours prêt à contredire le robot qui n’en a cure. S’ensuivra un échange de propos très variés, Elijah tentant vainement de trouver une faille aux raisonnements du robot sur l’arrière-fond de l’investigation. S’il n’arrive pas à mettre le robot en déroute, il finira tout de même par comprendre le secret de l’homicide, donnant ainsi raison à l’esprit tortueux et complexe de l’être humain que le robot n’atteindra jamais. La résolution de cette affaire tranquillisant l’orgueil masculin d’Elijah, d’un duo invraisemblable naîtra finalement une amitié inébranlable (ressemblant curieusement au couple formé par Sherlock Holmes et le Docteur Watson).
 
Stylistiquement ce diable de scientifique est bien sûr égal à lui-même : un adepte de la simplicité et de la clarté. Pourtant, bien que son écriture soit sobre, elle n’en est pas pour autant réductrice. Asimov a brillamment réussi à dépeindre de manière détaillée un univers créé de toute pièce ainsi que les diverses implications sociales et politiques. Par ailleurs, il est l’un des premiers à envisager le robot tant au niveau rigoureusement scientifique (autrement dit, « une machine est une machine, si elle ne fonctionne pas ou qu’elle fonctionne mal, il y a une défaillance technique ») qu’au niveau psychologique en travaillant sur l’ambiguïté qu’entraîne la volonté d’une similitude parfaite et notamment en considérant ce qu’il appelle « le complexe de Frankenstein », c’est-à-dire cette menace irrationnelle que ressent l’homme, le poussant à rejeter une simple machine à partir du moment où elle lui ressemble trop. Mais en lisant ce roman, vous, très cher lecteur, pourriez aussi simplement découvrir des personnages attachants, un univers remarquable et une trame plaisante se révélant peu à peu au fil du roman.
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