J. Martin – Alix, T. 31, L’ombre de Sarapis

« Apprenant que son fils, Césarion, a disparu en Egypte, César charge Alix d’aller enquêter sur place. L’ennui, c’est qu’Enak et lui ne sont manifestement pas welcomed au pays de Cléopâtre. Cette dernière ne semble d’ailleurs pas plus heureuse que ça de les voir débarquer, ni même tellement affectée par la disparition de son fils… »

Retour en Egypte pour Alix, donc, au royaume de la belle Cléopâtre dont le pouvoir est plus que jamais menacé ; cette fois-ci, par le truchement de son fils, Césarion. Mais l’affaire va vite se révéler plus compliquée que ça et Cléopâtre pas si blanche que ça.


Comme souvent, avec Alix, on est en plein complot, un complot très alambiqué, trop peut-être. Même lorsque notre jeune Romain déjoue le traquenard final, on ne sait pas exactement quel rôle tient Cléopâtre là-dedans. La faute à une narration emmêlée qui dessert un scénario déjà peu abouti. En somme, il tient à deux bouts de ficelle : les manigances autour de l’enlèvement de Césarion et les incessantes tentatives de ses auteurs pour liquider Alix et Enak tout au long de leur « enquête », réduite à rien dans cet album.

A l’instar d’Enak. L’éternel compagnon d’Alix, souvent relégué au second plan, n’existe pratiquement plus dans cette aventure. Ses interventions se réduisent comme peau de chagrin, au point que Cléopâtre elle-même prend vingt-sept cases à s’apercevoir de sa présence (situation absolument pas crédible, masquée par un cadrage faiblard qui peine à justifier Enak en hors-champ).

Et l’alliage discours voix-off et dessin illustratif n’aide en rien. A plusieurs reprises, le texte de la bande et le dessin y relatif ne collent pas. Le lecteur lit alors des phrases non pas en rapport avec ce qu’il voit mais avec ce qu’il va voir. Voulu ou non, le procédé rend inconfortable la lecture. Déjà, Loustal et Paringaux s’étaient essayés à ce genre de narration «trop expérimentale », de l’aveu propre de Loustal, pour marcher en librairie. Un Garçon romantique avait ainsi la particularité de ne fonctionner que sur un discours narratif exclusivement en off, sans aucun dialogue incorporé au dessin de Loustal. Mais surtout, le dessinateur avait pris la liberté de ne pas respecter le découpage du texte pour l’illustration. Le résultat est perturbant pour le lecteur, qui sent cependant la démarche artistique derrière et peut apprécier la tentative. Ici, ce décalage intervient deux fois, et tient dès lors plus de la maladresse que d’une réelle expérimentation narrative.

Quant au dessin, s’il respecte le canevas Alix, éprouvé par moult dessinateurs (Marco Venanzi en assure la réalisation en alternance avec Christophe Simon), il manque tout de même souvent de justesse. Que ce soit au niveau de la composition de la case, de l’anatomie ou de la rigueur décorative, les propositions de Venanzi accusent quelques faiblesses, cependant imperceptibles à l’œil novice du lecteur amateur.

Que l’on se rassure donc, L’Ombre de Sarapis reste lisible. Ce n’est pas le meilleur Alix mais il devrait trouver son public, voire l’élargir aux plus petits, puisque telle est l’ambition de Casterman. Quoique. Je me demande parfois à qui s’adressent tous ces dessins de femmes nues, souvent gratuits, et puis cette débauche décomplexée à laquelle on veut nous faire associer Alix et Enak. Alix et Enak, quoi !

Plus d’infos sur Casterman.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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