« Jamais je ne reviendrai à un format de bd franco-belge »- Interview Enki Bilal

Jamais je n’avais autant été terrifié à l’idée d’une interview. J’étais là, trois autres journalistes m’entouraient, face à un véritable monstre sacré du neuvième art: Enki Bilal. Un monstre sacré… que je ne connaissais pas… Ou si peu, ne fut-ce que par tout le bien qu’on m’avait dit de lui et que les boulistes de l’automne du Mont des Arts, à deux pas du lieu de notre rendez-vous, ne savaient sans doute pas: j’avais devant moi un illustre, un maître de la bande dessinée, dans ce qu’elle a de plus singulier. Le nom de l’auteur figurait bien sur une liste, une to do list, de celles qu’on reporte sans cesse par cause de trop de boulot, trop de sorties, trop d’excuses inexcusables pour ne pas s’intéresser à une oeuvre. Et quand vient le moment, qu’on y est solidement confronté, voilà qu’on se dit: « Si j’avais su je m’y serais mis bien avant« . Remarque, si cela m’embêtait de ne pas plus connaître le personnage, je pense qu‘il est parfois essentiel que l’intervieweur soit dans la même position que le lecteur anodin et pas forcément connaisseur de l’oeuvre d’un Bilal, question d’égales hauteurs sur un sujet. Et en espérant que la (re)découverte de cet auteur qui compte vous fasse le même effet que sur moi: une révélation.

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C’est donc à propos du dernier tome du triptyque « Le coup de sang« , La Couleur de l’air (après Animal’z et Julia et Roem), que j’ai rencontré le maître d’un art si particulier, le sien. Dans La Couleur de  l’air, nous retrouvons, à bord d’un zeppelin Garbage, une bande de survivants d’un cataclysme qui ne dit pas son nom, ni sa manière de procéder. Mais une chose est sûre, la planète, ivre des méfaits des hommes, s’est rebellée. Et les survivants dont parle la BD, en voiture, en zeppelin ou en… dauphin, se dirigent tous vers une même issue. Peu à peu, ils perdent l’usage de la parole, leur mémoire et n’ont plus que quelques mots de philosophie, des citations terriblement importantes dans l’importance du souvenir du monde d’avant. La Couleur de l’air fait partie de ces trop rares livres, où tout ne fait que commencer à partir du mot fin, poussant à vagabonder entre les pistes de discussion et d’interprétation, à en parler. Un livre qui ne laisse pas indifférent, de toute façon, puissant, fantaisiste et réaliste à la fois. Mais, j’en ai trop dit, parole à Enki Bilal, auteur engagé, autant dans sa conception du neuvième art, que dans sa vision du monde.

Bonjour Enki Bilal, alors ce fameux coup de sang, que signifie-t-il pour vous?

J’ai vraiment pris le Coup de sang de la planète comme une réaction humaine sensée, intelligente, pragmatique. Cela amène à penser au paganisme ancien, mais c’est un dégât collatéral. La planète abrase la mémoire des humains, évacue de ce fait la chose politique et remet les compteurs à zéro. Elle a une attitude communiste, un programme stalinien. Et une des possibilités est qu’elle réussisse là où le communisme a échoué. Mais, j’ai voulu évacuer volontairement l’aspect biblique. Je savais qu’on me parlerait d’Arche de Noé: à partir du moment où humains et animaux, tout ce qui compose le vivant de cette planète, s’allient pour leur survie. On tombe dans les textes bibliques. Moi j’ai désamorcé ça dès le début. Suffisamment j’espère.

« C’est en cours de route, à une semaine de la livraison des dernières planches que j’ai trouvé la fin. »

Pourtant la fin, elle, donne cette image de jardin d’Eden, avec ces humains nus comme des vers?

On démarre à zéro, donc on commence tout à poil, c’est naturel et normal. Par contre, dès qu’on distribue des vêtements, qu’on impose des coiffures, des associations, là on échappe au religieux. Quand j’ai commencé, je ne savais pas où j’allais. Après le premier Animal’z, je me suis dit que ça ne suffirait pas. Donc j’ai développé une thématique où plus la planète prenait de l’importance, plus on entrait dans la notion de fable. Mais, c’était impossible en un seul volume. Pour un one shot il faut une histoire de A à Z, des boulons bien resserrés. Une fable, il faut une évolution de la thématique. Ici, ce furent les éléments: le premier l’eau, le deuxième la terre et le troisième l’air. Ceci, pendant la conception d’Animal’z.

téléchargementEt le feu?

Il est éliminé, complètement sous contrôle et évacué par la planète elle-même.

D’ailleurs vous dites n’avoir eu que quatre pages de scénario d’avance au fur et à mesure de la progression de votre histoire et de votre dessin, vrai?

Oui, absolument. Ça a été comme ça jusqu’à la fin. Je savais juste que pour la conclusion, je reprendrais des personnages d’Animal’z et de Julia et Roem et des nouveaux avec un entonnoir vers un lieu de dénouement. Pour le dénouement, je voulais l’échange des couples, mais ce n’était pas plus abouti. C’est en cours de route, à une semaine de la livraison des dernières planches que j’ai trouvé la fin avec une prédominance de l’idée d’association. Et l’image finale, trois ou quatre jours avant le couperet final. Mais conservons le suspens. Le final, c’est un dérapage de l’esprit, pour désarçonner le lecteur: la meilleure façon de finir cette fable qui frôle l’absurdité absolue.
Au début de La Couleur de l’air, je me suis demandé où en étaient les différents personnages des deux premiers tomes, dans le dauphin, dans la voiture. Je savais que j’allais suivre leur progression et que la couleur arriverait au fur et à mesure. J’ai en plus recomposé les continents, la Sicile rejoint la Tunisie, avec la proximité des Pyrénées et du Désert de Gobi.

Vous disiez en avoir été surpris. C’était la première fois pour un album?

Oui tout à fait, je ne connaissais pas la fin dix jours avant. J’ai été surpris comme le lecteur qui va tourner la page et découvrir…

Mais au final, il n’y a que quand on est soi-même scénariste et dessinateur qu’on peut se permettre ça?

Il y a des histoires faites pour être partagées, et d’autres qui sont des affaires tout à fait personnelles. Où on prend des risques. Où on peut perturber.

« Rendre ce bassin méditerranéen exemplaire d’humanisme, ce serait une victoire énorme pour la planète entière. »

Vous avez été jusqu’au bout de votre idée à la base, raconter ce que la planète pourrait faire pour remettre l’homme dans le droit chemin.

Non il y a 36 000 façons de raconter la réaction de la Terre. Le message est clair, il est en préface et dans l’épilogue. Cette trilogie est totalement maîtrisée parce qu’elle est claire, limpide, son déroulement n’a pas été contrarié en cours de route. Alors que quand le 11 septembre est arrivé pour Le sommeil du monstre, ça a été un vrai problème (ndlr. Dans le Sommeil du Monstre, premier tome de La tétralogie du Monstre, Enki Bilal avait « prédit » des actions terroristes similaires à celles du 11 septembre).

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Un message politique de la réorganisation des continents?

J’ai choisi la Méditerranée comme point de chute de tous. La mer nourricière, Homère, l’Odyssée. C’est une fin radicale et gotlibienne. Je ne cache pas que j’aimerais rendre ce bassin méditerranéen exemplaire d’humanisme, ce serait une victoire énorme pour la planète entière. Nous serions débarrassés de Daesh qui s’autoproclame califat de je-ne-sais-quoi. Il y a une telle concentration d’antagonismes, que si on réglait tout ça, Israël-Palestine y compris, on serait dans quelque chose de magnifique. Ce serait le premier chantier de la planète à partir de la fin de l’album.

Et ces citations qui émaillent l’album, qui sont dans les bouches des personnages?

La planète a gardé dans son disque dur la mémoire des hommes, l’aspect culturel. Elle abrase la mémoire et réinitialise. C’est une mise à jour. Et si les amoureux sont sauvés, l’humanité est sauvée.
J’ai cherché les citations en fonction de l’écriture, ce que je voulais donner comme ton, un mot, un terme. Il n’y a pas d’écrémage idéologique de base. Je n’ai pas cité Adolf Hitler, mais bon s’il avait dit quelque chose de magnifique sur la peinture… non je n’aurais pas pu le faire. Mais en tout cas, je n’allais pas dire: « un type du Figaro, non je ne le mets pas ».

Le temps entre les différents épisodes, 5 ans en tout, c’était important?

Le Coup de Sang ne pouvait pas faire un one shot. J’avais besoin du temps d’ellipse, de décantation entre les albums. Il fallait ce flottement. Le récit est flottant. La dimension de western est voulue. Ils progressent tous dans leur zeppelin, leur bagnole… avant de tomber sur un ranch abandonné. Comme un western. Animal’Z, c’est le western pur, la progression, puis on tombe sur des dérangés, des cannibales.

« J’espère que la planète ne fera pas de réseaux sociaux. »

D’ailleurs la mythologie du cannibale est récupérée ensuite dans ce tome 3, mais pas de la même manière?

C’est une métaphore, il est solitaire, égaré, intelligent, cultivé. Il a ouvert un resto de chair humaine. C’est la métaphore, malgré les citations, de l’égarement de l’être humain.
Il y avait un élément que je n’ai finalement pas utilisé, je l’ai utilisé dans le scénario du film: pour moi finalement, les chevaux hybrides étaient des catalyseurs de citations, comme les nuages.
En fait, avec le troisième volet, les choses se mettent vraiment en place. J’attends le recueil des trois avec peut-être de nouvelles explications de ma part, des textes complémentaires.

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Et l’humanité devient basée sur l’association plutôt que la compétition?

Oui, certains vont même plus loin et disent qu’il n’y a plus d’amour mais des associations. Ça c’est le pacs. Une association peut-être amoureuse. Et même que peut-être le terme amour a perdu un peu de son âme. L’Amour c’est un terme biblique: l’amour de Dieu. J’assume ce mot d’association, peut-être sec pour le sentiment amoureux. Peut-être que ce terme va résonner; enfin je n’ai pas réussi à abraser la mémoire de mes lecteurs; pour les personnages avec plein d’avenir, de promesse, de beauté. J’espère que la planète ne fera pas de réseaux sociaux seulement!

Un lien volontaire avec les éditeurs de BD de L’Association?

Non, je n’ai pas assez de respect pour leur sectarisme même si j’ai beaucoup de respect pour JC Menu, véritable créateur d’édition.

« Moi-même j’étais de plus en plus convaincu par cette histoire. »

Chaque groupe est sauvé par les autres dans ce troisième tome?

C’est une façon d’amorcer leur possible solidarité. Mais aussi la mécanique narrative qui va les relier. Ça annonce le message à la fin. Il n’y a aucune raison qu’il n’y ait pas de solidarité, quand il y a danger.
Il y a du jeu, mais la planète organise les choses. Quand Bacon et Kim arrivent dans cet appartement où tout est suspendu et où ils font un repas frugal en même temps que Lester est en mauvaise posture et va peut-être devoir manger sa propre oreille.

On sent l’emprise du troisième tome, de cette Terre qui dirige?

Ce n’était pas pour appuyer le message, mais moi-même j’étais de plus en plus convaincu par cette histoire. Du coup, même les prologues ne sont plus tout à fait en phase avec la fin. C’est la planète qui d’emblée via un dérèglement météorologique amorce tout ça. Je ne l’ai pas dit, j’étais timide là-dessus, mais au final, je l’ai gardé. Du coup, le troisième tome prouve que moi-même je suis convaincu et que j’assume la notion de fable. Ce truc improbable et incroyable mais qui est allié avec le réalisme westernien. On reste avec quelque chose qui parle à tout le monde, le réel, mais avec de la fantaisie assumée comme une flèche dans le ciel qui, quand elle devient rouge, indique qu’il faut tuer le mec. Après, comprenne qui voudra. Mais ce que j’aime bien aussi, c’est qu’on aura mis cinq ans à lire ça, ça amène à la réflexion. Et dans un monde où tout est formaté, les comédies, les blockbusters, tout d’un coup un truc est sombre, c’est un chef-d’oeuvre. Batman! Mais il n’y a aucune raison qu’il ne le soit pas, le sujet est sombre. On en est là, dans le politiquement correct à tous les niveaux. Il faut assumer, message ou pas.

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L’arrivée à cet appartement correspond à l’arrivée de la lumière, c’était voulu dès le début?

Déjà en faisant l’album de Julia et Roem, j’avais envisagé ça.

C’est un peu le même procédé que Xavier Dolan dans Mommy qui joue avec son art et l’exploite au maximum.

Moi c’était évident, il fallait que ce soit ça ou alors je n’ai plus de crayon, plus de papier teinté. Il y a aussi le film Rumble Fish de Coppola. Mais effectivement, c’est toujours agréable d’utiliser un élément technique et visuel qui vient rompre. Mais Schuiten et Peeters l’avaient déjà fait.

« On voit maintenant des trucs très mal dessinés et encensés par les critiques. Les critiques eux-mêmes sont dans la régression pure et simple. On accepte que le dessin soit mauvais mais on n’accepte pas une série mal jouée ou des jeux vidéos mal designés »

La conclusion de cette trilogie: il faut savoir écouter alors qu’ils perdent la parole?

Aujourd’hui on parle de trop, il faut s’écouter.

Quand même, vous nous aviez habitués à un propos plus sombre, non?

Donc du coup, on me reproche d’un côté d’être sombre et de l’autre côté de ne plus l’être. Qu’on lise bien le début du programme de la planète. Il y en aura qui diront c’est super et optimiste. Mais chacun décide.

Pourquoi avoir appelé le Zeppelin Garbage?

Poubelle! Parce que c’est une poubelle. Les personnages ne savent pas qu’ils sont à bord d’une poubelle volante, ils ont embarqué là sans en voir le nom. C’est une poubelle nucléaire. C’est l’ellipse, j’évite de montrer de manière réaliste l’effondrement des villes. Il faut éviter d’entrer dans quelque chose qui demande une autre narration, scénarisée, comme un manga, comme un 2012. Moi ça ne m’intéresse pas: vu et archivu. Je veux montrer ce qui n’est pas montré ailleurs. En dehors du ciné, des séries qui ratissent large. D’une certaine façon, la BD se réfugie dans le sociétal avec un dessin très pauvre, sujet encombrant et en régression totale. Les gens de l’Association prônaient que bien dessiner était ridicule et ringard: de l’ayatollisme intellectuel. On voit maintenant des trucs très mal dessinés et encensés par les critiques. Les critiques eux-mêmes sont dans la régression pure et simple. On accepte que le dessin soit mauvais, comme un diktat, mais on n’accepte pas une série mal jouée et mal filmée ou des jeux vidéos mal designés. Il y a un déplacement critique. Je préfère un dessin réussi et accordé au scénario.  Mais je pense que ça ne va pas durer, les jeunes vont savoir maîtriser les outils: ça permet de sauter des étapes. Mais ils vont revenir au plaisir du dessin. Et moi je repense à l’homme des cavernes qui a dû dessiner longtemps avant de faire sa peinture rupestre à Chovet, ça je n’oublierai jamais.

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Il y a tellement d’images aujourd’hui. Avant pour nous dessinateurs, il y avait les référents, Tintin, Spirou, Pilote et les autres dessinateurs, c’était notre matière. Aujourd’hui, les magazines n’existent plus. Donc, il reste les albums, les images d’internet, mal foutues. Le choix, le tri est plus difficile à faire. On est plus perdu.  Mais à un moment le talent, contraint et contrarié ici, ressortira trouvera sa place. C’est devenu une espèce de diktat, moi je n’ai jamais lu de comics.

« J’avais besoin d’une technique de liberté. Or la technique de bande dessinée était dramatiquement obsolète: des cases à tracer, des pages constituées, faites pour la presse. J’estime qu’on n’a plus besoin de 10-12 cases, de phylactères à contourner… »

Quel est votre conception de votre métier?

Je déteste la distinction « auteur-scénariste ». Même dans des magazines très spécialisés (ironique), ils se sont mis à diviser couleur, dessin, scénario. Non! Le scénario ne peut pas être séparé. Les termes de scénariste et dessinateur ça ne me parle pas. Surtout que je fais les deux. Ça voudrait dire que le scénariste fait du formatage: on ferme le bouquin, on n’a plus rien à en penser, tout est là. Moi je propose un tout, mêlant un dessin différent de la BD classique parce que je le veux.

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Il reste l' »accusation »: « il ne fait plus de la bande dessinée parce qu’il ne fait plus des cases mais des tableaux pour les galeries« . (ndlr. Enki Bilal est désormais exposé dans les galeries, dans des tableaux, et certains lui reprochent de faire de grandes cases de BD afin mieux les commercialiser et en faire des tableaux.)

Je ne peux rien pour eux, ce sont des gens qui se sont arrêtés, qui mangent toujours le même plat, ils ne vont pas découvrir autre chose. J’ai commencé cette technique en 1995, bien avant les tableaux. Au Sommeil du Monstre, j’étais plus préoccupé par un thème qui me marquait dans ma chair que par faire des tableaux.
J’avais besoin d’une technique de liberté. Or la technique de bande dessinée était dramatiquement obsolète: des cases à tracer, des pages constituées, faites pour la presse. J’estime qu’on n’a plus besoin de 10-12 cases, de phylactères à contourner… À un moment, ça m’emmerdait tellement ces bulles, que je faisais l’image en entier, sur laquelle je collais après des bulles.
C’est technique et personnel. Mais je sais que je perds des lecteurs classiques, mais j’en gagne des différents. C’est juste une sorte de narration. Je pense que ce qui gène les classiques, c’est qu’il n’y ait pas assez d’action, plus de textes… Dans coup de sang on est dans l’espace, l’air, des grandes étendues, je n’allais pas faire des petites cases et un champ-contrechamp sur un personnage qui va dire « j’ai froid aux pieds ». C’est ridicule.

Et vous continuerez?

Le prochain sera un one shot, sans doute 250 pages, dans un seul tenant. Parce que quoiqu’il arrive, je ne reviendrai pas à des planches de huit cases, je vais garder mon rythme de 2, 3 ou 4 cases. Là, ce sera un projet cohérent par rapport à ce thème-la. Et je garderai cet esprit de 3-4 ou 5 pages, même si je dois faire 300 pages. Les mêmes diront que je fais ça pour vendre son livre plus cher, je n’y peux rien moi! Ce sont des faux-procès, ce n’est pas grave. Mais je prends des risques au moins. C’est excitant d’en prendre, tant pis si ça déplaît à certains. On n’est pas très nombreux à faire ce type de BD. Il y a 99% d’œuvres classiques, ils n’ont qu’à pas acheter mes albums.
Après, les choses de l’esprit sont très importantes, comme les citations employées dans cette trilogie, c’est mon amour de la langue française. Les textes sont très travaillés, dans la musique des mots. Ça se sent ou pas, mais je ne peux pas lire un texte qui ne complète pas l’image. Ça peut se jouer sur une virgule ou un point, sur un mot à la place d’un autre. C’est comme pour le dessin.

« On fait deux comédies de moins avec des crétins de la télé, et on fait mon film. Une fois tous les 5 ans on peut, non? »

Le cinéma maintenant?

Oui et non, mais on n’est jamais sûr. J’ai deux films sur les rails. Mais là je suis très content, j’ai trouvé l’idée du prochain album, l’idée passe au crible du test de validité. Si dans un mois c’est toujours aussi bien, ce sera ça. C’est un thème fort qui sera un one shotune idée qui pourrait aussi faire un excellent truc en série télé.
Quant au cinéma, je me souviendrai toujours, une avant-première en banlieue. Un jeune m’avait dit: « C’est deux de tension votre truc« . Il s’est fait chier parce qu’il n’avait pas eu son quota d’action. On a du mal à admettre qu’un film d’imagination puisse avoir autre chose que de la déferlante d’adrénaline. Et peut-être que le système de production français va écouter plus les deux gamins, que les cinquante autres qui ne seront pas d’accord avec les deux.
Des gens qui ont été voir Gravity ont dit que le scénario était simpliste, mais à un moment il faut se détacher de cette idée du scénario. Ce film est fantastique!
Pour mes projets cinématographiques, le problème c’est le type de films que je propose, pas mon nom, pas ma personne. Le premier film (Bunker Palace Hotel) a fait un succès d’estime, le deuxième (Tykho Moon) moins de 100 000, et le troisième (Immortel (ad vitam)) un million. Ce n’était pas bien, alors que pour d’autres réalisateurs, 1 000 000 c’était bien. Et ce n’est pas aussi simple que ça, ce n’est pas une affaire de budget.
Pour le prochain film, il y en a deux en préparation d’ailleurs, si je le fais, c’est sur de bons rails mais très difficile en France. C’est incroyable, on fait deux comédies de moins avec des crétins de la télé, et on fait mon film. Une fois tous les 5 ans on peut, non?

9782203033092 Enki Bilal, La couleur de l’air, Casterman, 92 p., 18€.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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