Jan Bucquoy au Centre Pompidou à Paris le 22 mars 2019

« … au-dessus de son front se dresse une aigrette ; par-devant fait saillie, à la place de sa longue épée, un bec démesuré : c’est l’oiseau qu’on appelle la huppe ; sa tête a l’air d’être armée ». – Ovide, Les Métamorphoses, VI, 654-680

Après avoir coupé sa houppe, geste sacrificiel s’il en est, Jan Bucquoy renaît une fois de plus de ses cendres. Tel Samson dépossédé de sa crinière, Jan s’apprête à renverser les statues du temple Beaubourg sur les Philistins de la culture.

Le 22 mars, le réalisateur de La vie sexuelle des Belges sera au Festival International du Film Documentaire « Cinéma du Réel » au Centre Pompidou pour projeter Fermeture de l’usine Renault à Vilvoorde, un film plus que jamais d’actualité en ces temps de Gilets Jaunes.

La carrière de Jan Bucquoy est souvent résumée au Musée du Slip ou à des happenings tels que Coup d’état du Palais Royal ou La décapitation du Roi Baudouin. Comment expliquer que le reste de son immense carrière se trouve phagocytée par ces actes subversifs de génie ? La faute en revient toujours à cette pitoyable « asphyxiante culture »*. Cette culture totalitaire qui oblige les artistes à exister par des actes désabusés pour tenter de réveiller l’apathie du public. Artiste peintre, collagiste, auteur de BD, réalisateur, écrivain, etc. Autant de domaines artistiques dans lesquels se déploie l’œuvre protéiforme de ce génie d’Harelbeke. Jan Bucquoy, c’est John Cassavetes, mâtiné d’un soupçon de Jean-Luc Godard et de la passion de Jean-Pierre Mocky. Ce n’est pas un hasard si le réalisateur de Camping Cosmos se retrouve sur la photo de groupe des réalisateurs ayant marqué l’histoire du cinéma belge.

Avec Lucas Belvaux, Marion Hänsel, Alain Berliner, Stéphane Aubier, Joachim Lafosse, Jaco Van Dormael, Jan Bucquoy, Frédéric Fonteyne, Gérard Corbiau, Laurent Brandenbourger, Martine Doyen, Valéry Rosier, Thierry Michel, Arnaud Demuynck, Micha Wald, Vincent Lannoo, Xavier Diskeuve, Jean-Pierre Dardenne, Jean-Jacques Andrien, Gérald Frydman, Luc Dardenne, Xavier Seron, Manu Gomez, Vincent Patar, Christophe Hermans, Fabrice du Welz, Harry Cleven, Olivier Smolders, Marc-Henri Wajnberg, Anne Lévy-Morelle, Benoît Mariage, Boris Lehman et Sophie Bruneau et bien d’autres…

L’actualité de Jan Bucquoy est très riche en ce moment et mériterait plus d’un article. Parmi les projets qui se trouvent dans ses tiroirs, un nouveau long-métrage (Liège-Bastogne-Liège, aussi appelé La dernière tentation des Belges) semble pouvoir enfin se concrétiser. La Commission de sélection des films a en effet accordé une aide à la production pour le futur long métrage de Jan Bucquoy. C’est l’histoire d’un père, Jan, animateur culturel en milieu hostile, et de sa fille Marie, strip-teaseuse occasionnelle, qui se trouvent au bord d’un précipice. Elle veut sauter et lui s’efforce de la retenir. Comment ? En lui racontant des histoires, comme dans les contes des 1000 et une nuits. Aussi longtemps qu’il retiendra son attention, elle ne sautera pas.

Comme toujours dans sa filmographie, Jan Bucquoy navigue entre réel et fiction, car Madame Bovary c’est lui aussi. 

« Quand ma fille Marie s’est suicidée, une partie de moi est morte avec elle. Je ne perdais pas qu’elle, mais aussi l’usage et le mode d’emploi du monde. Je ressentais le même vide qu’à la mort de ma mère. Cela n’avait rien à voir avec la perte de l’amour d’une femme qui peut aussi vous amener au désespoir le plus absolu. Non, c’est autre chose, c’est se sentir vraiment seul, nu devant la question fondamentale « est ce que la vie vaut la peine d’être vécue ? ».

Faire ce film fait partie de ce moment d’accalmie devant l’absurdité de la vie. C’est un pied de nez en quelque sorte au destin fatalement dramatique qui nous attend. Faire ce film pour moi est une façon de ressusciter ce qui a été anéanti.

Il y aura de l’amour, des courses cyclistes, de la poésie surréaliste, du partage, des sosies de célébrités faute de mieux, et de l’humour, surtout de l’humour. » – Jan Bucquoy

En attendant ce prochain film produit par Stenola et en co-production avec Les Films de la Butte, on pourra toujours patienter en revoyant l’un de ses chefs-d’œuvre au Centre Pompidou à Paris le 22 mars dans le cadre du Festival International du Film Documentaire « Cinéma du Réel ».

Bien avant les Gilets Jaunes, Jan Bucquoy prenait la tête des ouvriers de chez Renault, victimes de la fermeture de leur usine par le PDG Louis Schweitzer. Un film docu-menteur qui démarre d’une situation bien réelle pour aboutir à une fin rageuse dont seul Jan Bucquoy a le secret.

« C’est filmé trash, monté clash et ça fait mouche bien souvent pour notre plus grand plaisir car Bucquoy ne fait pas dans le détail. Il va à l’ur­gence, à cette rage d’aujourd’hui, à cette question pri­mordiale : que faire ici et maintenant pour qu’advienne la révolution ?

Radioscopie effrayante d’une fin de siècle crépusculaire, il nous transbahute de syndicats mous et réformistes en politiciens vendus et démagos, de force de l’ordre ser­viles et robotisées en ouvriers prêts à tout mais n’allant jamais jusqu’à l’acte radical de dire non. Ce refus, ce non, face à l’échec de la grève de Renault Vilvoorde, à cette désespérante acceptation de la défaite, Bucquoy va lui donner un sens, celui du terrorisme cher à Baader et autre Action directe. » – Philippe Simon, Cinergie.be, juin 1998.

Rendez-vous donc le 22 mars à 20h10 pour voir Fermeture de l’usine Renault à Vilvoorde, projeté aux côtés d’Un film comme les autres (1968) de Jean-Luc Godard dans la section Fronts populaires à Beaubourg !

Retrouvez le programme complet sur le site du Festival International du Film Documentaire « Cinéma du Réel » !

Fermeture de l’usine Renault à Vilvoorde, un film de Jan Bucquoy 

Festival International du Film Documentaire « Cinéma du Réel »

Centre Pompidou à Paris du 15 au 24 mars

 

* Jean Dubuffet, Asphyxiante culture, Les éditions de Minuit, 1968.

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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