Je critique, tu critiques, nous nous critiquons.

Dans son livre au titre accrocheur de Qu’est-ce que la littérature ?, Jean-Paul Sartre aborde les trois sujets suivants: Qu’est-ce qu’écrire, Pourquoi écrire et Pour qui écrit-on.

Cherchant à justifier sa position d’écrivain engagé et affronter ses détracteurs, il profite de son ouvrage pour critiquer ouvertement les journalistes littéraires. Il reproche ardemment aux critiques de ne pas prendre de position sur des réflexions pondérées et n’hésite pas à affirmer que ce sont des gens frustrés qui ont raté leur vie et se rabattent sur la lecture par dépit.

En effet, à cette époque, les seuls livres qui ont droit aux éloges sont ceux dont les auteurs sont morts et enterrés. La belle affaire que voilà ! Donner un avis (qui se doit, en principe, d’être objectif mais qui conserve toujours une part de subjectivité) à propos d’un livre (ou  autre) est bien sûr risqué. Véritable couteau à double tranchant : certains seront d’accord, d’autres pas… Et en se rabattant sur les oeuvres du passé, ils n’ont rien à perdre. De fait, ces œuvres ayant probablement créé des polémiques, choqué de nombreuses personne, visé un certain public, cherché à faire réagir, à dénoncer des abus ou des non-sens, ne sont plus actuelles. Les problèmes dont elles traitaient ont été réglés ou n’ont plus la même signification ni la même ampleur au jour d’aujourd’hui… En outre, si elles sont toujours lues, qui peut renier leur statut de chef-d’oeuvre sans être raillé ou taxé de lecteur de bas-étage?

Qu’en est-il aujourd’hui? Ce n’est plus la mort qui vous rend un écrivain célèbre mais la fortune de sa maison d’édition, payant à tout va tous les journaux , magazines et chaines télévisées pour promouvoir sa nouvelle sortie. Les livres les plus critiqués sont toujours les mieux annoncés. En d’autres termes, la réussite d’un bouquin se mesure à sa campagne publicitaire qui elle-même se mesure au talent du service marketing de la maison d’édition.

A côté de cela, le web a lancé une vague d’internautes ayant un avis sur tout et n’importe quoi et désirant à tout prix le partager avec leurs compatriotes. Est-ce bien? Est-ce mal? Comme pour tout ce qui est ouvert à tous, il y a du bon et du mauvais. Et encore. Est-ce bien raisonnable d’apposer un jugement de valeur sur une opinion qui est, par définition, tout à fait, subjective?

Et nous voilà revenu à la question originelle: qu’est-ce qui fait que le jugement d’une personne est meilleur que celui d’un autre? Bien sûr, il faut séparer avis purement personnel (j’aime/j’aime pas) et avis pertinent et critériel mais quelle est la meilleure formation pour avoir un objectivisme surpuissant dans chaque analyse? Qui peut faire fi de son vécu et de ses propres goûts? Probablement personne, à l’heure actuelle.

Que faire alors? Qui croire? Les médias regorgent de critiques dont on ne sait si l’avis est en corrélation avec le portefeuille du producteur, avec l’avis général du public ou encore, par miracle, avec les critères en adéquation avec le produit. Et internet, lui aussi regorge d’avis en tous genres plus ou moins élaborés et plus ou moins argumentés…

Et puis, dans le fond, à quoi ça sert les critiques? A raconter l’histoire à ceux qui n’ont pas encore profité du produit? A donner un guide de ce qui en vaut la peine et ce qui n’en vaut pas? Ou alors de faire part de ses conseils rigoureusement argumentés et formulés à partir de ses propres expériences, en acceptant que ce qu’il a pu apprécier d’autres n’y gouteront pas et inversement. Tout bonnement parce que les goûts et les couleurs…

Mais dans ce monde de plus en plus formaté, qui crée des événements et des produits culturels plus vite que je ne ponds mes articles, est-ce que la critique à encore un avenir? Hormis les grands noms (qui ont déjà une villa à la mer et un appartement dans le sud, ou l’inverse), les journalistes sont sous-payés, voire pas payés du tout, et le milieu – dit-on – est bouché… Est-ce encore possible que les médias aient un sursaut d’orgueil et sortent, la tête haute, de cet enlisement, cette sorte d’adultère immoral qu’ils vivent avec le marketing et l’économie capitaliste?

En tout cas, une chose est sûre: Sartre, là où il est, doit probablement exceller en déboulé*

* pas de danse classique où l’on enchaine des tours rapides sur soi-même.

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