Je veux bien travailler, mais pas trop

« Ouuuuuh, la petite paresseuse! » C’est ce que vous avez pensé en lisant ce titre? Ce n’est pas étonnant. Car aujourd’hui, vouloir vivre sans se tuer à la tâche quand on a 25 ans, c’est plutôt tabou.

Bon, par où commencer? Si j’ai sauté ma publication hebdomadaire de la semaine passée, c’est pour une bonne raison: un manque de temps flagrant et une fatigue écrasante. Avant de snober mes propos de « pauvre petite étudiante qui n’a pas encore goûté au rythme du monde du travail et qui ne connait donc rien à la fatigue », sachez que j’ai calculé le nombre d’heures de travail que j’ai effectuées ces quatre dernières semaines, et je dépassais largement le quota hebdomadaire d’un travailleur de base.

Quelles conséquences? Zappons le fait que ma vie sociale en a pris un coup et que mon appart est encore plus bordélique que d’habitude, ça me parait évident. Parlons plutôt de moi. La première conséquence est une fatigue constante liée au manque d’heures de sommeil et au surmenage psychologique. Cette conséquence a elle-même des conséquences:

– Je me sens beaucoup plus faible psychologiquement. Si un de mes profs a le malheur de démonter le travail que j’ai passé la nuit à terminer, ou si pour une raison quelconque, j’ai une confrontation avec quelqu’un, je ne me sens pas assez forte pour relativiser ou me défendre. J’ai envie de craquer, c’est tout.

Mon organisme est affaibli. Rhumes, infections, maux de tête, jambes lourdes… Welcome to my life!

Mon alimentation est à chier, à moins de dépenser encore plus d’énergie pour m’assurer des apports équilibrés. Et comme il a été prouvé scientifiquement que le manque de sommeil augmente l’appétit, je mange non seulement des crasses, mais en grande quantité! Le sport? Un luxe du samedi…

L’hygiène se fait rare. Dormir vingt minutes de plus ou prendre une douche? Devinez ce que je choisis! Ce manque de temps passé à la salle de bain entraine à son tour son lot de conséquences: image corporelle moins positive (évidemment, avec les cheveux gras et sans anti-cernes, je n’ai rien d’une bombe), moins d’attention accordée à ma tenue vestimentaire (je pioche vite fait dans le tas de fringues déjà portées)… Conclusion: un non-respect voire un déni de soi.

Vous l’aurez compris, un style de vie combinant stress et fatigue a d’assez lourdes répercussions. D’une part, d’un point de vue psychologique et d’autre part, d’une point de vue physique… ce qui entraine à nouveau des répercussions psychologiques.

Avant d’accuser ce « mode de vie inhumain », je me suis quand même remise en question et me suis demandé si ce n’était pas moi, la petite nature, si je ne m’étais pas trompée de voie et que je devais abandonner le milieu stimulant de la publicité pour aller travailler à la poste, genre. Mais quand je regarde mes camarades de classe (et rétrospectivement, les gens que j’ai connus à l’université), c’est same shit pour tout le monde. Et je parle là de jeunes gens motivés, qui aiment leurs études/leur boulot et qui sont plein d’ambition et de projets.

Alors, oui, tant que ce mode de vie se limite à quelques semaines, voire quelques mois, j’accepte! Surtout quand on est étudiant, c’est un peu le deal: tu donnes tout ce que tu as pendant une période limitée, puis tu as deux semaines de vacances où tu ne voudras entendre parler de rien d’autre que des « 4 S »: Sexe-Sorties-Shopping-Séries. (C’est un concept que je viens d’inventer, c’est normal que vous ne connaissiez pas.)

Ma réelle crainte concerne plutôt le monde du travail, univers dont je ferai normalement partie d’ici douze mois. J’ai déjà effectué plusieurs stages, donc je ne parle pas dans le vent. Si la question du nombre d’heures de sommeil peut facilement être réglée (il suffit de se discipliner pour aller dormir à minuit et avoir ses 8h de sommeil), et que la problématique de « l’image corporelle » peut éventuellement s’améliorer grâce au rythme structuré (repas à heures fixes, look présentable quasi indispensable…), la fatigue psychologique et ses diverses répercussions restent présentes.

Et là, je vais lâcher ma bombe: travailler cinq jours entiers par semaine, c’est TROP pour moi! Oui, TROP! (« Oh! », « Ah! », « Mais comment va-t-elle faire? ») Comment je vais faire? Eh bien, je vais fermer ma gueule et bosser d’arrache-pied pendant les trois ou cinq premières années de ma carrière, croisant les doigts pour éviter le burn out et une multitude d’autres merdes potentielles. Je vais faire de mon mieux pour arriver là où je veux être (bon poste, bonne réputation professionnelle, bon salaire). Mais c’est franchement à contre-cœur, les gars.

Alors, qu’est-ce qu’il me faudrait pour être épanouie? J’y ai bien réfléchi et je pense que c’est un horaire 4/5e (= ne travailler que 4 jours/semaine). C’est vrai, on dit tous qu’il manque un jour au week end. Ma théorie est qu’un jour est nécessaire pour « s’éclater » (shopping, sorties…), un jour est nécessaire pour se reposer (trainer chez soi sans rien faire et sans ressentir de culpabilité) et un jour est nécessaire pour faire les « trucs chiants » (courses, tâches ménagères, formalités…). Les quatre autres jours de la semaine, je n’ai par contre aucun soucis pour me donner à fond dans mon boulot, faire des heures sup’ si c’est pertinent, etc.

Gagner moins d’argent à cause d’un 4/5e? Ça ne me fait pas peur, je préfère privilégier ma qualité de vie. « Mais tu es jeune, c’est maintenant que tu as l’énergie pour travailler dur et mettre des sous de côté! », m’objecte la copine stressée de vite pouvoir se permettre sa maison avec jardin, deux mioches et un labrador. Oui, mais moi, Mademoiselle, j’espère vivre sereinement mes quarante années de carrière sans faire un burn out au bout de cinq ans, tout abandonner et ouvrir un atelier de bricolage en restant à mi-temps à la maison pour garder les gosses!

Maintenant, vas-y pour expliquer ça à ton futur employeur! « En fait, Monsieur, je suis vraiment motivée par ce job, mais j’aimerais commencer par un 4/5e, car j’ai déjà fait une dépression en partie liée à un burn out et j’aimerais éviter que ça se reproduise… » « AU REVOIR, SUIVAAAAAAAANT! » Bref, vous comprenez mieux quand je dis que je vais la fermer et prendre sur moi.

Pourtant, mon désir d’équilibre entre « vie perso » et « vie pro » est loin d’être isolé… Tapez « génération Y » sur Google et vous verrez que c’est une des caractéristiques principales de cette génération, MA génération. Je suppose que les choses vont changer petit à petit, mais le problème est que pour le moment, les employeurs font partie des générations antérieures, générations qui se sont conformées au « métro-boulot-dodo » sans trop rechigner. Les 4/5e restent octroyés aux jeunes parents et à ceux qui suivent une formation sur le côté, et sont de toute façon relativement mal vus dans beaucoup de milieux professionnels.

Alors, amis de la la génération Y, si on convainquait subtilement à nos patrons et collègues qu’on est plus productif quand on prend aussi du temps pour soi?

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Clara, la vingtaine avancée, passionnée de style, voit la mode comme un moyen de se mettre en valeur et de se sentir mieux dans sa peau. Dans la "vraie vie", travaille comme copywriter et community manager.

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