Je voulais devenir kamikaze… Moi danseuse du ventre

Pourtant menée par Mohamed Bari, leader charismatique faisant parfois penser à l’humoriste Elie Semoun, Je voulais devenir kamikaze… Moi, danseuse du ventre ne rencontre malheureusement pas toutes ses promesses. Vendue par l’Espace Magh comme « un spectacle entre quête d’identité (…) et quête de liberté« , cette pièce s’avère malheureusement être remplie de clichés et de stéréotypes qui ont tendance à teindre négativement ce message d’apparence positive.

« Fuck la misère ! »

Initialement, la pièce semble raconter l’histoire abracadabrante de trois garçons souhaitant s’imposer en tant qu’hommes dans une société régie par une vision tronquée de la masculinité (être fort, regarder Derrick, avoir un gros sexe, être capable de faire l’amour à sa femme plus de dix fois par jour, etc.). Dans ce but, Mohamed Bari semble avoir souhaité entremêler diverses références culturelles (Allah, Derrick, Picasso, l’Irak, la Palestine, les Américains, le Maroc) et s’armer de différents supports audio-visuels (jeux de lumière, musiciens sur scène, projection d’une partie de la pièce sur écran géant, apparition tardive d’un décor pas forcément intelligible, etc. ). Néanmoins, alors que cette diversité aurait pu enrichir la pièce, elle a finalement tendance à obscurcir sa compréhension.

« Picasso n’est pas musulman ! »

Au fil de la pièce, l’auditeur ne sait pas toujours si l’acte en cours évoque le passé ou le présent. L’acteur principal incarne successivement plusieurs identités, identités parfois également incarnées par les autres acteurs de la pièce. Ainsi,  même si de prime abord, le jeu de Mohamed Bari est précis et permet de différencier le rôle joué, le manque de repères temporels a tendance à perdre le public dans un conglomérat d’identités, d’époques et de cultures diverses. Car au final, en sortant du théâtre, on se demande toujours pourquoi l’auteur a tenu à évoquer Picasso et Derrick dans une pièce évoquant la maturation d’adolescents marocains.

Les surprises qu’offrent cette pièce ne s’arrêtent pas là. Non seulement la tenue de l’acteur principal étonne de prime abord, mais qui plus est, le fait qu’il s’en dévêtisse au fur et à mesure de la pièce ou qu’il arbore des subterfuges cocasses (les différents déguisements auraient presque tendance à donner un aspect burlesque à la pièce) est également déconcertant. De même, bien que la pièce tourne autour de la culture musulmane, les quelques phrases ou expressions prononcées en arabe rajoutent une couche à la stupéfaction.  Visiblement, il fallait être initié à cette culture pour comprendre l’ensemble des tenants et aboutissants de cette pièce.

Heureusement, les autres apports de la culture musulmane (certains vêtements, la performance vocale du bassiste ou de la seule actrice de la pièce) ainsi que le dynamisme des musiciens permettaient à l’auditeur de rester concentré et, surtout, diverti. N’est-ce pas ce qu’on demande, finalement, à une pièce de théâtre ?

Du 19/11/13 23/11/13 à l’Espace Magh, rue du Poinçon 17 1000 Bruxelles.

Texte et mise en scène: MOHAMED BARI

Avec: ZOÉ KOVACS, MOHAMED BARI, HAMID BOULOUIHA, ISSAM ELOUAFI, JO ZANDERS

Plus d’infos sur l’Espace Magh.

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Musicien, photographe, écrivain, le tout en amateur mais avec passion. Au point que j'ai quitté un emploi stable pour me reconvertir dans le journalisme. Je suis retournée à l'école à 30 ans passés et depuis je me réjouis de ce choix qui me porte vers ce que je suis! Une personne curieuse de tout, passionnée de musique, de voyages terrestres ou spirituels, de rencontres avec l'autre...

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