Jérôme de Warzée, « Hautes Tensions »

Jérôme de Warzée avait prévenu en début de spectacle. Nous, les critiques, aux emplois du temps bien aérés, pouvions nous lâcher. Abattre l’homme. Descendre ses tranches de vie en flèche. Pourrir à coups de plume sa représentation. Dit autrement, balancer la sauce (waterzooï). Subsistait cependant cette épineuse question: y avait-il matière à clouer au pilori le chroniqueur du Cactus ? Côté fan ou rédacteur, la réponse est pour notre part négative. Mais elle n’en exclut pas pour autant la nuance.

Proposé en guise d’ouverture de la saison du Centre Culturel de Braine-Le-Comte, l’humoriste est venu offrir au public son spectacle Hautes Tensions. Derrière ce titre sibyllin, se cache en réalité un divertissement alternant des sketchs variés et des séquences de stand-up plus ou moins improvisées.

Une dichotomie qui met particulièrement bien en valeur les qualités du comédien. Ainsi, les saynètes soulignent la capacité de l’homme à faire rire sur des sujets aussi variés que les conflits théologiques (analysés d’un point de vue gastronomique), l’hypocrisie des assurances, le zèle de la FGTB ou l’embarras d’un prêtre devant un mariage homosexuel.

Toutefois, ce qui provoque l’hilarité dans l’auditoire, ce n’est pas uniquement ces thématiques spécifiques ou l’agencement intelligent des différents jeux de mots. Non, ce qui pousse nos zygomatiques à se trémousser sans arrêt, c’est la plume de l’auteur, dont l’extrémité est enduite d’un venin acide et parfois très pernicieux. Sous des airs détendus, Jérôme de Warzée aime appuyer sur ce qui semble absurde et parfois dérange, sans pour autant prétendre à la dénonciation, si ce n’est de façon simulée et évidemment très satyrique. Sans faire de quartier, cette corrosion verbale, solidement ancrée/encrée sur un lexique riche, s’applique autant aux situations loufoques inventées par l’interprète (comme lorsque celui-ci s’improvise manager du Christ) qu’aux allusions faites à l’actualité (ultra)-contemporaine.

Ce dernier domaine est sans conteste le terrain de jeu préféré du chroniqueur, celui-ci prenant plaisir à y construire des aphorismes qui jouent le rôle d’interlude entre deux scènes. Parfois reprises de sa quotidienne du Cactus, souvent imprévues, ces pensées démontrent la facilité avec laquelle l’hôte du jour arrive à allier l’immédiat aux références en obtenant presque à chaque fois un résultat de nature à sourire mais également quelques ratés. Et c’est bien là la seule remontrance que l’on pourrait formuler: ces propos, peut-être parce que forgés à partir d’événements trop anciens ou récents pour être connus, ont pu laisser l’auditoire de marbre et saper quelques instants l’ambiance. On pardonnera ces flottements: tout exercice périlleux n’est jamais exempt de risques et c’est principalement cette caractéristique qui donne sa saveur à la prouesse.

Qu’on ne s’y trompe cependant pas : on a ri à Braine-Le-Comte. Beaucoup. Aux éclats. Discrètement aussi. Et si haute tension il y avait, c’était avant tout dans certains diaphragmes qui criaient grâce à force de tressauter. Quant à l’électricité, elle est restée cantonnée aux lumières simplistes exigées par la représentation. Si ce n’est quelques costumes, Jérôme de Warzée n’a pas eu besoin de davantage de matériel pour convaincre qu’il était un humoriste appelé à devenir emblématique. Une sorte de génie dont on se plaira à frotter la lampe radiophonique tous les matins, à 8h20 sur Vivacité, en espérant de tous nos vœux de nouveaux tours de plume magiques

Pour plus d’infos sur les différentes dates de tournée, voir le site officiel: http://www.jeromedewarzee.eu/

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Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

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