J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin

« Un homme se souvient et remonte le cours de son histoire, de sa naissance à la perte de ses parents. À Seraing, dans la cuisine d’une maison sans grâce, les fantômes du passé ressurgissent : le père revenant de l’usine, la mère toute à ses fourneaux, mais aussi les oncles, les tantes, les Saint-Nicolas… Ce qu’il raconte est-il vrai ou faux ? Qu’importe ! Le voilà hanté, entraîné à faire un voyage dans le temps. Les remous du présent ne sont toutefois pas fort éloignés : cataclysmes économiques, fermetures d’usines, menaces pesantes sur le bassin liégeois… La fin de ce monde-là est-elle programmée ? »

Dans une atmosphère très chaleureuse, Philippe Jeusette porte les mots de Jean-Marie Piemme pour nous conter son enfance, ses souvenirs, son quartier, son entourage. C’est une tranche de vie qui nous est proposée ce soir, l’intimité d’un foyer, touchant, sincère. Mais, au travers de l’histoire personnelle, c’est également une époque, un air du temps, un art de vivre qui nous sont contés.

Le Petit Varia est l’écrin idéal pour cette pièce émouvante : accueillant, intime, le théâtre nous invite à l’émotion avec la famille du petit Jean-Marie, au travers de son récit simple, tantôt gai, tantôt touchant, mais toujours teinté d’une pointe de malice et d’un regard tendre et bienveillant. Simple et délicate, l’écriture de Jean-Marie Piemme est ici portée et servie par un Philippe Jeusette admirable de justesse et de sensibilité. Son interprétation donne le tempo de la pièce, qui semble refléter les sentiments de son personnage : joyeux, taquin, envolé, parfois plus sérieux et triste.

L’adaptation très réussie de ce monologue, puisque c’est sur un récit autobiographique (Spoutnik) que la pièce repose, lui donne toute sa dimension : en choisissant de donner vie aux personnages mentionnés par Jean-Marie Piemme dans son ouvrage, Philippe Jeusette et Virginie Thirion donnent du volume à la représentation ; les protagonistes prennent vie, et l’histoire se déroule là, sous nos yeux… Les interventions de Virginie Thirion et Eric Ronsse, subtiles, comme en filigrane, rendent à la perfection ce côté vaporeux, évanescent des souvenirs.

On plonge ainsi dans les années soixante, la région liégeoise, ses aciéries, la société Cockerill, la vie ouvrière, celle des petites gens, pleins de valeurs, de dignité et de courage, et aussi pleins d’amour. Un temps où la vie de famille et le travail avaient un sens, où venir à Bruxelles était une expédition, et où l’on tuait le cochon pour manger du boudin. On retrouve aussi Elvis et Paul Anka, Gina Lollobrigida, et bien sûr Sophia Loren : le passé n’est pas glorifié, mais sert de vecteur aux émotions.

Sarah de Battice parvient à nous transposer dans les années 60-70 avec un grand talent : les costumes sont typiques de cette époque, et la scénographie, particulièrement habile et créative, nous transpose dans la cuisine de la famille Piemme où nous attendent formica, assiettes Duralex et bouteilles de gaz. Les vidéos et projection photo s’intègrent très intelligemment à la mise en scène et viennent compléter avec élégance l’ambiance sixties.

« J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin » nous invite, avec simplicité et talent, à une petite bulle de simplicité et d’émotion : et ça, ça ne se refuse pas !

(Par contre, le resto du Varia, et son service où, non contents d’avoir attendu plus 40 minutes pour une soupe et un hot dog, et de devoir partir EN S’EXCUSANT ENCORE 5 minutes avant le début de la représentation – SANS AVOIR MANGE -, on se fait copieusement recevoir par le gérant qui (en plus d’avoir perdu la commande, et d’être désagréable) ne comprend pas que NON, on ne veut pas engloutir le tout en 30 secondes, ça, CA SE REFUSE)

Du 28 novembre au 14 décembre au Petit Varia (www.varia.be)

D’après : Spoutnik de Jean-Marie Piemme.

Adaptation et réalisation de : Philippe Jeusette et Virginie Thirion

Avec : Philippe Jeusette (l’homme), Virginie Thirion (la serveuse), Eric Ronsse (le musicien).

Tarifs : de 5 à 10 € & Article 27

Durée du spectacle : 1h10

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

1 Comment

  • Pourtant loin d’être celle qui monopolise le plus grand nombre d’acteurs, les plus grand décors et les plus grands moyens, la pièce fut en effet une des plus réussie de cette saison qu’il m’est été donné de voir, de par son sujet Belgo-universel mais aussi par l’amour de faire les choses bien, simplement. Programmée peu de temps, je suis convaincu qu’elle sera rejouée par la suite tant elle va avoir, je l’espère, le succès qu’elle mérite. Bref, du théâtre simple mais pas simpliste, un très agréable moment !

    Concernant le restaurant/brasserie du Varia, il ne devrait pas être permis de se voir dire « nous privilégions ceux qui prennent des plats plus importants » quand sur la carte l’essentiel est composé de Hot-dog, tapas et autre soupe et que ceux arrivés bien après se voient servir ces mêmes hot-dog. Critiquer d’un tel propos des clients qui au final se sont montrés patients d’attendre si longuement pour finalement ne pas manger malgré la faim est tout simplement non professionnel. Et que dire du « ça se mange en 5 minutes » rétorqué hot-dog à la main quand, au final, de simples excuses professionnelles auraient suffi, les erreurs pouvant arriver.

    Il me semble normal que ceux qui mangent au Varia, soient là pour voir une pièce du Varia et que donc, tout le monde s’attend à un service qui tienne compte de cela point de vu timing. Difficile de vouloir redonner une chance après un tel moment, même s’il faut reconnaitre que de loin, les plats servis semblaient appétissants.

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