Jimmy P. (psychothérapie d’un Indien des plaines), Arnaud Desplechin

« Fatigué par ses migraines cannibales qui lui valent douleurs, hallucinations et cécité fulgurantes, Jimmy Picard, Blackfoot de son état, consent à subir des tests dans un hôpital de blessés de guerre. Les tests ne donnent rien. Impuissants devant son mal, les médecins acceptent d’en référer à un anthropologue excentrique du nom de Devereux. Ce dernier se penche sur le cas Picard et parvient à en démêler les tendons au terme d’une longue thérapie basée sur une relation solide entre les deux hommes. »

Jimmy P. (blablabla – ou l’art du titre chez Desplechin) c’est avant tout l’histoire d’une relation. Les spectateurs appâtés par le terme « psychothérapie » en seront pour leurs frais; des minutes des consultations consciencieusement consignées par le sieur Devereux ne reste pas grand chose. Même si le livre de l’ethno-psychiatre a servi de base à son film, Arnaud Desplechin s’est focalisé sur l’amitié entre ces deux déracinés, à gauche en grand, l’Indien d’Amérique, à droite en petit, le juif de Roumanie. Le premier, mobilisé pour la deuxième guerre mondiale, y a tout perdu, sa tête, sa femme, sa fille. Le second, rescapé de la même guerre, maquille ses origines sous un vernis fransquillon du plus bel effet.

De leur rencontre naîtra une thérapie hors du commun, Jimmy étant le seul patient du psychiatre en mal de reconnaissance. C’est dire si le personnage incarné par Mathieu Amalric prend son patient au sérieux. Et c’est dire si ledit patient interprété par Benicio del Toro lui est reconnaissant. Le nœud du film réside dans cet apprivoisement mutuel de deux âmes en peine. Del Toro est grandiose, Amalric est pareil à lui-même, maître de sa sexy-comi-tragédie. Au-delà de la justesse rigoureuse de leur jeu, les acteurs habitent intégralement des plans assez classiques. L’audace formelle est moins au rendez-vous que dans Un Conte de NoëlRois et Reine ou Léo en jouant dans la compagnie des hommes. La délocalisation en territoire américain et le renouvellement de l’équipe y sont sans doute pour quelque chose. Mais l’histoire en elle-même demandait plus d’académisme. A la déconstruction virtuose de l’image et du son, Desplechin a préféré se concentrer sur la capture des superbes espaces attenant aux réserves indiennes et au lien tissé entre ses deux personnages. Jimmy P. c’est une histoire d’hommes et de souffrances, l’impression aussi de toucher à une histoire parallèle à celle avec un grand H, mâtinée d’humanisme caustique.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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