Johnny, une vie en rock en 833 pages… et pas encore assez !

« À pleins poumons il chante et agrippant son étrange guitare plate, collée à la hanche comme une bouée de sauvetage, il se livre à cette sorte de numéro que l’on voit dans les ballets exotiques: celui du danseur qui, les jambes pliées, la tête en arrière et le ventre en avant, s’efforce de passer sous une corde que l’on baisse au fur et à mesure. Ici, il n’y a pas de corde, mais l’acrobate est bon… Si son ramage ressemble à son jeu de jambes, Johnny Hallyday ira loin. » (issu du journal Jours de France n° 330, du 11 mars 1961).

Johnny! Y a-t-il un chanteur français qui ait autant inspiré de littérature et de biographies? Le chanteur, qu’on aime ou pas l’homme, a marqué plus d’une génération, a provoqué le début d’une ère à une époque où le jazz faisait furie et a profondément révolutionné l’art de concevoir un spectacle musical. Et s’il a plusieurs fois frôlé la mort, Johnny phénix, Johnny incassable a, à 71 ans, une des plus formidables discographies du paysage français. Certes, il a vieilli, a montré ses aspérités, a pu décevoir, mais Johnny reste, pour moi, un peu comme un Elvis, un King, à qui le temps aurait donné la chance de vieillir, de bonifier, de mûrir! Capable encore de sortir d’excellents albums comme le dernier au juste titre « Rester Vivant », encensé par la critique.

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C’est donc avec beaucoup de plaisir que je me suis plongé dans les 833 (!) pages de la nouvelle biographie, extrêmement détaillée, consacrée à l’idole par un spécialiste: Frédéric Quinonero. Le titre? La vie en rock, évidemment. Un ouvrage qui tend, autant que se faire se peut, à brosser le portrait d’une icone, de son enfance à ses 71 ans bien sonnés, répondant à la question « D’où viens-tu Johnny » (question qu’un film, éponyme, posait déjà en 1963). Bien sûr, la question n’est pas neuve, beaucoup de biographes de tous bois se la sont posée et l’ont écrite. Une biographie de Johnny n’a rien d’inédit. Mais c’est la première que je lis et le moins qu’on puisse dire est que ce pavé fait force de détails, rassemblant consciencieusement les différentes vies de l’idole, de sa naissance, sous le nom de Jean-Philippe Clerc (avant Smet) dans une famille modeste (pas dans la rue!) à son éducation par sa tante et mère de substitution, de ses premiers succès sous le nom de Johnny Halliday (avant de prendre deux « y » à la faveur d’une faute de frappe) au déchaînement des foules par un homme voulant mourir d’amour enchaîné. Sans oublier les longs moments de doutes, les crashes en voiture, la mort frôlée, ce statut de Prince Charmant pour de nombreuses idylles et un amour indéfectible d’un public s’identifiant à lui.

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Tout un programme qui fait acte de précision, tant Frédéric Quinonéro a fouillé pour dans des centaines de documents, des interviews de tout type, dans toutes les circonstances. Avec aussi, et heureusement, un apport non-négligeable de l’auteur lui-même retraçant au gré de rencontres et des points de vue la trajectoire de Johnny, un homme simple et bon en amitié: Jean Renard (derrière quelques-uns des grands succès de Claude François, Sylvie Vartan ou Johnny), Philippe Labro ou Claude Lemesle (et un trésor d’anecdote concernant la chanson La guitare fait mal adaptée d’un succès de Tony Joe White qui n’était autre qu’une adaptation elle-même d’une chanson de Joe Dassin!). Regret toutefois que Johnny soit présent par des citations et non par une réelle rencontre.

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L’écrivain a également recréé un peu de l’ambiance des concerts, dressé la liste des chansons (inédits y compris!) et des musiciens en fonction des périodes… au point que son récit en devient un peu imbuvable à certains moments et déforcé à force d’énumération. D’autant que le lecteur, fan ou pas, se perd parfois dans la chronologie parfois entremêlée faite de bonds en avant et d’autres en arrière (l’exemple le plus frappant est celui de la malheureuse fiancée éphémère de Johnny, Patricia Viterbo, dont la mort est évoquée, avant de la voir réapparaître quelques pages plus tard.). Reste que La vie en rock est sans doute, à ce jour, la biographie la plus fouillée, la plus enrichissante et la plus conséquente sur l’idole, plus seulement des jeunes. Bien sûr, on pourra reprocher le manque de certaines infos tant Johnny a vécu à 100 à l’heure, sans jamais de repos (mais peut-être aurait-on voulu encore en savoir plus sur des thématiques comme les tatouages, les addictions, l’amitié avec certaines stars pas forcément de la musique, et quitte à ce que l’ouvrage ait fait le double de pages!). Mais quel plaisir de voir défiler les époques, de mieux les comprendre dans le regard bleu clair de cet homme qui s’est construit une carrière formidable et exemplaire, à la rencontre des plus grands monstres sacrés, de Jimi Hendrix à Jimmy Page en passant par l’extraordinaire compositeur et arrangeur Gabriel Yared. En cassant aussi quelques mythes et en n’hésitant pas non plus à contredire le géant (comme sa prétendue amitié et ses liens forts avec Jimi Hendrix) ou les idées reçues (Lucien Morisse cassa bien un cd de Johnny, mais pas le premier!). Un portrait fidèle qui n’apportera pas grand chose aux plus grands fans, mais constituera sans doute une Bible, un pan de l’histoire du rock à l’admirable documentation.

Frédéric Quinonero, Johnny, La vie en rock, L’archipel, 833 p. (+ 16 p. de photos), 24,95 €.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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