Julien Blanc-Gras – Comment devenir un Dieu vivant

« « La fin du monde, je ne suis ni pour, ni contre. Je ne m’en réjouis pas, bien sûr. Je ne la déplore pas non plus, ça ne sert à rien. L’époque est vécue comme apocalyptique. Donc, elle l’est. Voilà comment je voyais les choses à ce moment-là. En tout cas, il ne me venait pas à l’idée de pouvoir sauver l’humanité, ou alors seulement quand j’étais vraiment ivre. » 
Ce livre est une comédie apocalyptique. Il raconte l’histoire de William Andy, un loser ordinaire devenu prophète médiatique en proposant des solutions pour aborder la fin du monde sans se faire mal. Une satire enjouée, mais au vitriol, d’une époque qui transforme l’homo sapiens en abstraction médiatique, le citoyen en consommateur consentant et la Terre en champ de ruines. »Complètement déjanté ce Julien… ! Et ce n’est pas pour nous déplaire !

Non seulement il a le même humour merdique que ma petite personne (et, c’est un fait indéniable, ça n’arrive pas assez souvent – donc ça a le mérite d’être signalé) mais, en plus, il porte un t-shirt avec comme inscription « Usted esta aqui » (« Vous êtes ici » pour les néophytes en espagnol).

Comment ça, vous vous en poissonnez largement ? Juste parce que ça n’a rien à voir avec le bouquin et que (en plus) ce n’est même pas drôle ?!  Bien. Alors, reprenons… Non seulement il possède une écriture aisée et fluide mais aussi un vocabulaire élaboré,  fourni et complexe. En outre, il nous offre une réflexion sociale et spirituelle intéressante et, soucieux de notre développement, il soigne notre ignorance à coup d’hypothèses diverses (psychologiques, religieuses, scientifiques, sociétales) et de présentation de bêtes pensantes (telles que, par exemple, Darwin ou le Dalaï-lama).

Bon, après, il faut peut-être préciser qu’il est parfois plutôt cru que cuit (enfin, c’est pas grave – tout comme la vie – parce que c’est frais et qu’en plus, c’est bientôt l’été alors le cru, on dit oui!) mais c’est normal car son livre n’est rien de moins qu’une vaste plaisanterie au cynisme exacerbé !

Faisant peu de cas des bonnes manières (et rappelant furieusement Romain Monnery dont nous avons parlé précédemment), il rentre dans le lard de notre société contemporaine (qui est au moins aussi avariée que mes blagues et calembours) à coup de dérision et d’absurdité à la voix éraillée et indolente. La morse attitude est aujourd’hui le credo d’une (trèès) large partie de la population terrienne, John Lennon l’avait déjà compris, et Julien Blanc-Gras en témoigne superbement dans ce roman classé « D » (comme débile décalé, drôle décapant mais aussi dur, direct, déroutant…).

Ainsi, avec un humour gras, le protagoniste – loin d’être blanc comme neige – constate que la fin du monde est proche mais que, comme Madonna, il faudra faire avec. Pas vite gêné, il nous emmène avec lui tout au long de ses tribulations et, dans sa profonde bienveillance, tâche de nous apprendre comment vivre dans un monde qui se meurt ( et pas qu’un peu). Bref, plus qu’un Dieu vivant, Will est un messie, mais surtout un philanthrope (et un philogaïen avec ça !). Un homme comme on en fait plus, en somme.

Et donc ? En gros, si vous n’avez rien contre le crudivorisme littéraire et intellectuel, il sera votre ami.  En outre, ce livre pourrait bien devenir votre bible et ce, malgré une fin au ton plus réflexif et philosophique, tranchant incontestablement avec l’extravagance et la légèreté du reste du roman.

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