Les Jumeaux Vénitiens : l’amour aux deux visages

Les Jumeaux Vénitiens, actuellement au Théâtre Hébertot à Paris, est une belle occasion de (re)découvrir une des plus méconnues et pourtant plus belles pièces de Goldoni, qui nous plonge dans les vertiges de l’identité à travers deux jumeaux qui vont semer la zizanie.

Deux frères jumeaux, Tonino et Zanetto, séparés à la naissance, se rendent à Vérone pour retrouver respectivement leurs promises.
S’ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, le premier est aussi habile et sophistiqué que le second est crétin et rustre.
S’ils sont du même sang, ils ne sont pas du même rang.

Cette présence des deux frères dans la ville a de quoi faire perdre son latin à tout leur entourage, d’où une succession de quiproquos, de situations invraisemblables et loufoques où l’un est pris pour l’autre et vice versa. On se laisse embarquer dans les méandres de ce chassé-croisé porté par une distribution impeccable: l’étonnant Maxime d’Aboville (qui incarne les deux jumeaux), le troublant Olivier Sitruk (en Pancrace) ou Victoire Bélézy ( Rosaura, l’ingénue).

Si cette œuvre de jeunesse du maître incontesté de la comédie italienne du XVIIIème a été écrite avant son plus célèbre Arlequin, Serviteurs de deux maîtres, elle convoque les personnages typiques de la commedia dell’arte (certains personnages ne sont pas sans rappeler Arlequin ou Colombine) et rappelle Molière, mais aussi Feydeau. Si, dans la plus pure tradition de la comédie italienne, la pièce convoque les questions de l’amour, du mensonge ou de la condition des femmes (une des obsessions de l’auteur), c’est aussi une satire sociale contre la bourgeoisie. 

L’éblouissante mise en scène est signée Jean-Louis Benoit (à qui l(on doit de nombreuses mises en scène pour la Comédie Française dont Les Fourberies de Scapin avec Torreton pour lequel il obtiendra le Molière en 1998) qui parvient à moderniser formidablement ce texte remis au goût du jour et à nous embarquer dans ces jeux de miroirs perpétuels et ces combats à l’épée très bien réglés.

À consommer sans hésiter, pour découvrir cette pièce méconnue de Goldoni, pour la double dose D’Aboville ( Molière du Meilleur Comédien en 2015 pour The Servant ) alternant avec génie le benêt et le spirituel pour son rythme effréné, ses anachronismes savoureux et ses clins d’œil au public qui donnent à cette satire sociale toute son universalité et sa modernité !

Les Jumeaux Vénitiens, Carlo Goldoni, 1H50, au théâtre Hébertot (Paris 17ème) jusqu’au 31 décembre 2017 (du mardi au samedi à 21h, représentation supplémentaire à 16h30 le samedi, à 16h le dimanche).

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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