Kinship: Isabelle Adjani est de retour sur scène au théâtre de Paris

Adjani n’aime pas les photos (elle dit n’avoir jamais aimé ça même étant enfant)

Adjani n’aime pas qu’on lui rappelle son âge (elle dit avoir toujours 30 ans dans sa tête)

Adjani n’aime pas les journalistes (qui lui pourrissent la vie depuis ses débuts)

Beaucoup de rumeurs avérées (ou pas) entourent l’aura d’Adjani mais finalement n’est-ce pas le cas de toutes les grandes actrices mythiques (elle n’aime pas ça non plus:  » « le mythe c’est bien quand on est mort ! »? ).

C’est entre deux représentations, un samedi après-midi que nous a été donnée l’opportunité de rencontrer l’Adjani. Derrière ses grandes lunettes noires, il est des gestes qui ne trompent pas: Adjani est une star ou plutôt Adjani est un mythe (on insiste) mais elle est surtout et avant tout cette grande passionnée, cette femme de tête qui sait ce qu’elle veut et où elle va, un peu comme les grands personnages qu’elle a incarnés à l’écran. C’est ainsi sans langue de bois et après avoir retiré ses immenses lunettes, qu’Adjani la mystérieuse (on la dit secrète) s’est livrée aux questions de quelques privilégiés le temps d’une conférence de presse confidentielle.

Après huit ans d’absence (Adjani n’aime pas qu’on lui évoque le temps qui passe) et sa performance dans Dernière nuit pour Marie Stuart mis en scène par Didier Long, elle est (enfin) de retour sur scène. La scène, ce lieu « qui devient toute sa vie et (pour laquelle elle) ne se consacre qu’à ça car l’exaltation y est toujours au rendez-vous ! ».

Elle ajoute son lien particulier avec la scène, elle, qui a débuté à la comédie française à 16 ans: » le Théâtre est le dernier lieu mystique. Ici, les gens ne se lèvent pas pour aller chercher un sandwich ou un verre. C’est le dernier sanctuaire de communion avec l’art vivant« .

Elle dit être particulièrement touchée, dans le film Le Goût des autres de Agnes Jaoui, par le personnage joué par Bacri, trainé de force au théâtre et qui en ressortira fasciné.

Pour en revenir à Kinship, adaptation d’une pièce originale de l’Américaine Carey Perloff (qui n’a jamais été jouée en Angleterre ni aux USA !) Adjani est aussi directrice artistique de cette pièce qu’elle tient et défend d’une poigne de fer, telle Phèdre, cette héroïne tragique dont il est fait allusion dans la pièce.

Malgré les diverses péripéties dont une certaine presse semble s’être délectée (le départ de sa partenaire Carmen Maura, remplacée par l’actrice italienne Vittoria Scognamiglio, sosie parfait de l’actrice espagnole, puis le départ du metteur en scène Julien Collet-Vlaneck Kinship remplacé par la costumière) ou face aux critiques houleuses, Adjani défend Kinship qu’elle souhaiterait adapter au cinéma après avoir acquis les droits.

Pour Adjani, Kinship  » c’est une pièce pour les femmes, une sorte de catharsis « . A travers ce texte intemporel, on pense à Emma Bovary ou Phèdre mais aussi aux Liaisons fatales, film de Adrian Lyne qu’Adjani a refusé il y a quelques années.

Si son personnage tombe amoureux d’un homme plus jeune qu’elle qui va lui faire perdre tous ses repères, elle réfute le terme de cougar:
« Ce mot est dégueulasse. Je déteste ce genre de connotation horriblement animale. On n’a jamais autant mis à mal le féminin qu’aujourd’hui ! ».

Comme un pied de nez, Adjani tient le rôle d’une rédactrice en chef, parfois impitoyable vis-à-vis de son métier et en profite pour adresser quelques pics au passage…aux journalistes qui lui mènent la vie dure: » Ca m’amuse de prendre leur place avec toute la mauvaise foi qui va avec. Les journalistes me traitent comme si j’étais toujours cette insupportable adolescente de 16 ans… ».

Si on nous avait promis la catastrophe, si on regrettera qu’Adjani la mythique ne revienne pas sur scène avec un grand texte digne de sa renommée et de son talent. Si l’enjeu de la pièce reste minime, le texte faible, les répliques convenues, l’allusion et le parallèle à Phèdre maladroit, Adjani reste malgré tout fascinante. On est heureux de la retrouver sur scène tant son lyrisme est parfait et son rôle de femme tourmentée nous rappelle avec émotion les grandes héroïnes tragiques amoureuses et passionnées qu’elle a incarnées, de Adèle H à la reine Margot.

Kinship

Jusqu’au 25 janvier 2015  au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche à 75009 Paris

Avec: Isabelle Adjani, Niels Schneider et Vittoria Scognamiglio

Plus d’infos sur le site du Théâtre de Paris 

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Isabelle Adjani et Niels Schneider
Isabelle Adjani et Niels Schneider

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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