Kurt Vonnegut – Galápagos

C’est un fait, je ne verrai plus jamais les Galápagos de la même manière (tiens, je pourrais éventuellement en faire ma prochaine destination de voyage, en fait…), la traduction non plus.

Le rapport ? Il n’y en a pas. Mais, voyez-vous, avant d’entamer la lecture de ce livre (que l’on m’a mis dans les mains car, sinon Vonnegut serait probablement resté encore longtemps dans les abimes de mon ignorance), lesdites îles avaient une existence relativement limitée dans mon univers personnel. De même qu’avant, je n’avais jamais été trop gênée par le fait de lire un livre étranger en usant de sa traduction dans la langue de Molière.

Maintenant, qu’on me dise Galápagos et je répondrai certainement tout de go « CERVEAU » (ce qui me ferait peut-être passée pour un zombie ou une illuminée nécessitant un traitement psychiatrique aux yeux de certains mais enfin soit !). Pourquoi « cerveau » ? Parce que sans nos cerveaux ultradéveloppés d’homo sapiens, notre brave narrateur, Léon Trout, n’aurait pu nous bassiner pendant 326 pages sur « Nature : La croisière du siècle », Darwin, les Galápagos et leur faune incongrue ainsi qu’une poignée d’êtres humains ordinaires à l’encéphale tout aussi défaillant que les autres.

En effet, usant de prolepses et d’analepses dans un style oscillant entre la conversation informelle et des phrases dignes de Proust, Trout alias Vonnegut nous embarque sur un drôle de bateau pour une croisière qui, elle, ne s’amuse pas des masses mais avec tant de cynisme et d’insolence qu’on ne peut qu’en ressortir à la fois mortifié et amusé.

Car Vonnegut ne fait pas dans la dentelle. La race humaine, il la critique avec désinvolture. Il a toutefois la délicatesse de lui trouver une excuse indiscutable : si on fait des choses vraiment stupides, ce n’est pas vraiment de notre faute, c’est celle de notre cerveau, notre gros cerveau, qui nous rend capable du pire comme du meilleur.

Bref, satyrique à souhait, il nous offre une apocalypse aussi ridicule que sa nouvelle genèse sur un fond de Darwinisme et tout ceci aurait probablement été parfait sans ces quelques perplexités dans la traduction.

Car, en effet, il était manifeste que Robert Pépin avait à cœur de traduire en bon français ce roman de l’américain Vonnegut. Si, si, même qu’en faisant cela, il rendit l’ouvrage probablement encore plus compliqué que son enchevêtrement initial ne le rendait.

Quoi qu’il en soit, j’hésite entre le maudire ou le bénir car ce qui est certain, c’est qu’en anglais Galápagos je relirai, histoire de m’ôter du crâne ces vilains « il était que » avant que mon gros cerveau ne disjoncte et ne m’enjoigne à commettre un meurtre.

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2 Comments

  • Merci pour cette petite chronique ; je m’apprête justement à relire Galapagos.
    Pour écélairer ma lanterne : auriez-vous des exemples en anglais et leurs traduction du sieur Pépin pour étoffer un peu votre propos ?

    Je dois avouer que Vonnegut est assez mal servi par ses traducteurs français. Dans « Les sirènes de Titan », une comptine militaire qui imite le bruit du tambour d’infanterie (« Rent a tent, rent a tent ») est traduit par : « Louer une tente, louer une tente ». Immonde !

    Il parait que Vonnegut est assez accessible en anglais, même avec un petit niveau. Partagez-vous ce jugement ?

  • Quelle horreur! Je pense en effet qu’il est assez accesible maintenant tout dépend du niveau d’anglais 🙂

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