KWAclub – Le Hangar – Liège

Ce samedi 30 mars 2013 est encore froid. Heureusement, à Liège, une chaleur du sourire est toujours présente. L’ambiance festive de l’Outre-Meuse échaude toujours. Rendez-vous quelques heures avant l’ouverture officielle, au Hangar, Quai Saint-Léonard. Le chemin d’entrée emmène vers un mur peint, pour l’occasion, par les membres du KWA, Konarz With Arroganz, crew d’activistes dans le graffiti, bien connu des liégeois. Le mur présente le nom du crew sous tous ses styles aussi différents que complémentaires. Un accueuil coloré comme le programme de la soirée.

C’est leur anniversaire ! 15 ans. Tous les membres actuels : Wory, Kse, Yeti, Ovul, Mynt, Laurent Viatour sans oublier celui que l’on nomme ‘le Président’.

Le KWA est un groupe dans lequel le système de démocratie, le combat contre l’extrémisme ou le droit de veto sont bien présents. C’est sûr, lorsque l’on peut être accusé, entre autres, d’association de malfaiteurs ou de terroriste urbain, il vaut mieux être organisés, structurés et, surtout, liés d’amitié.

Aujourd’hui, c’est plutôt la musique qui est à l’honneur. En octobre 2012, l’équipe exposait ses travaux picturaux dans un magasin branché, Hush Up (rue Cathédrale, 96 à 4000 Liège). Une exposition intéressante durant laquelle les différentes techniques et styles étaient bien perceptibles comme lorsque les peintres réalisent une composition commune. Kwa que ! Une fois entrés dans le Hangar, qui avait déjà accueilli les dix ans de cette famille, un projecteur dévoile plus de 120 photos de graphes ou flops communs ou solitaires. Certaines photos de ces colorations de la ville datent tellement que le délai de prescription est largement dépassé. Les amateurs de graffiti apprécient, parfois plus que l’exposition d’octobre.

Même si le décor rappelle les activités du groupe honoré aujourd’hui, la soirée du jour est plutôt dédiée au rap, autre discipline de ce mouvement qu’est le Hip-Hop. Pour 3 euros seulement, c’est plutôt le public qui reçoit les cadeaux à la vue du programme. Pas habituel lors d’un anniversaire.

Entre 20h et 22h (heure d’ouverture officielle d’ouverture), l’attente semble longue pour les amis du KWA qui lorgnent une entrée sur scène qui n’arrive pas. Les quelques personnes qui débarquent avant 22h30 réchauffent un petit peu l’atmosphère.

Vers 22h30, Dope ADN, union des groupes Dope Skwad et ADN 7.6, se dirige vers le podium. Dope ADN est un groupe représentatif de la région liégeoise et fait partie des quelques groupes liégeois que les souteneurs bruxellois de rap connaissent. Le groupe monte sur scène avec, chacun son entrée propre et solitaire pour mieux devenir solidaire. Avec 4 MC’s , on apprécie plus facilement. Mais, il faut l’avouer ; il est facile de deviner qu’une réunion tardive est née. Mais l’alchimie est bonne et l’union semble plus prometteuse qu’une cérémonie de mariage. Certaines voix du groupe font partie des voix que l’on n’oublie pas dès un premier titre écoutée.

Devant de bons beats délivrés par DJ Aral et des rappeurs liégeois et engagés, le public peut écouter des paroles entre rire et désolation. La communication avec l’ingénieur du son semble aussi compliquée que lors des tests, même si Hip-Hop oblige, plusieurs membres du groupe font leur possible pour ne pas acculer cet ingénieur. Dope ADN livre, en exclusivité, le titre ‘Bande d’enfoirés’. Ca bouge, c’est rythmé et le public d’Outre-Meuse a l’habitude de soutenir ses proches.

Dix courtes minutes de transition nous attirent vers la présentation, en avant-sortie, du futur album de Modal ou Big Mod, plus récemment, membre du groupe King Size (9 mm recordz). L’un des membres du KWA, a, dans son passé bruxellois, fait partie de ce groupe de rap. Il tient les vieilles cassettes bien gardées et refusera de profiter d’un moment d’expression avec son vieil ami sur scène.

Big Mod présente son nouvel album, qui devrait sortir en juin 2013 : ‘La Grande Evasion’ dont beaucoup des textes ont été écrits récemment mais pas tous. Preuve, peut-être que les diminutions de subsides accordés au milieu culturel ne peuvent être que négatives : il n’est jamais bon de garder trop de rage non exprimée. Le public soutient clairement mais, lorsque le chanteur demande le soutien oral, les bruxellois ont plus de voix même si ils ne sont qu’une petite dizaine parmi plus de cent liégeois. Ce constat mis en évidence, le public local se réveille mais il n’a, pas autant du moins, la culture de la première vague de rap bruxellois, autoproduit de surcroît.

Son album est attendu sur Itunes ou en vinyl, pour les puristes. Big Mod n’est pas venu seul ! Il est accompagné par l’un des plus grands DJs réputés du pays : DJ Grazzhoppa! Du lourd, donc pour accompagner celui qui « rappe comme un dingue, fait de sa gueule seul contre cinq ».

Il n’est pas évident de se faire une réelle idée d’un album avant sa sortie. En concert, on apprécie, presque systématiquement, un peu plus. En l’ayant entendu en concert parsemé de blagues de potes ou de rencontres inespérées mais prévisibles dans cette ville de l’est de la Belgique. Une présentation d’album n’est jamais simple en public et il faut respecter l’aisance de Modal, sans hésitation ou erreur dissimulée. L’illusion, ou plutôt la sincérité sont de mise et celle-ci a conquis un public plus large à sa cause. Mais, attendons l’album car les thèmes changent et on peut croire en certaines disparités. En écoutant mieux, comme les archives graffiti que nos yeux retrouvent sur le mur qui accueille l’écran de projection, nous ne pouvons qu’adhérer à la politique prônée : pas de violence physique mais une violence intérieure, de l’esprit qui tente d’éviter la mise en boîte de la viande de mouton.

Le titre ‘NJR’ parle du temps de la colonisation et de ses plus que nombreux mauvais côtés mais également, de manière plus personnelle, du côté positif de cette période noire ; la naissance d’un amour qui a déjà fait des petits. La Belgique est bien noire, jaune et rouge…

Nous écoutons aussi « Si je fais ça, c’est que j’aime ça ! Qui te parle de galère ». Il est vrai qu’il est parfois lassant d’entendre des plaintes, même rappées, de chanteurs ou même grapheurs qui se sentent obligés de toujours jouer au pauvre banlieusard. Big Mod a simplement des choses à exprimer, et c’est souvent le meilleur, surtout, lorsqu’il a mûri en cave.

La fin du concert se déroule comme le rappeur bruxellois la voyait, par un freestyle avec les membres du Dope Skwad et le public suit toujours avec plaisir. Le freestyle est puissant et permet finalement, aux artistes, d’exprimer encore plus librement, avec deux micros parfois, leurs convictions profondes. Les moments sont bons et sont prolongées par l’intervention le soundsystem de Atomic Spliff Soudsystem. Le soudsystem est composé par plusieurs DJ et MC’s qui revendiquent la paix, l’unité et le respect à coups de morceaux remixés et de compositions originales et éclectiques.

Une soirée qui a donné, c’est sûr, plus de couleurs à la ville de Liège. 

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Peintre, écrivain en bâtiments.

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