La Cire moderne

Étant donné que La cire moderne est paru mi-janvier, il était plus que tant que nous vous touchions un mot sur ce splendide roman graphique qui débute par une histoire d’héritage, un fil rouge assez inhabituel pour une intrigue BD d’apparence légère. Emmanuel (dit Manu) vient d’hériter. Son oncle, avec qui il avait perdu contact, et dont il ne se souciait plus, vient de décéder, lui laissant un héritage un peu inattendu : sa fabrique de cierges.

C’est la surprise pour celui qui, avec Samira, sa copine, vit une vie assez détendue, d’une glande faite de sexe et d’herbe, ponctuée de fêtes animées et alcoolisées. Histoire de rentabiliser cet héritage, composé d’une énorme quantité de cierges, à défaut d’argent, ils se mettent en tête de faire le tour des églises et des monastères à la recherche de clients susceptibles de leur en acheter quelques caisses. Et c’est là le début d’un road trip déjanté.

Sur base d’un scénario de Vincent Cuvellier, écrivain français et auteur jeunesse, dont c’est la première bande dessinée, le belge Max de Radiguès dessine les contours d’une poésie pure, accentuée par le choix du noir et blanc. L’auteur de Pendant ce Temps à White River Junction, 520 km ou Un été en apnée, au trait  reconnaissable, donne vie à cette intrigue réflexive qui interroge à la fois l’histoire (et le devenir) d’un homme, d’un couple, mais aussi de familles, avec légèreté, mine de rien.

Sur la route, Manu et Samira, accompagnés de Jordan, le petit-frère – pénible – de cette dernière, voient leur couple et leur amour secoués par quelques doutes. Ces derniers sont entre autres nourris par les questionnements existentiels grandissants de Manu, qui plonge dans ses souvenirs et son passé au fil de ce périple qu’il réalise dans les pas de son oncle. La religion y est tantôt représentée avec cynisme, tantôt avec bienveillance, la foi et ses institutions étant traitées sans aucun dogmatisme mais avec un humour certain.

Au final, La Cire moderne étonne le lecteur, plus encore que sa quatrième de couverture ne le laissait présager. Alors que les personnages paraissent d’abord mous et peu attachants, ils se révèlent progressivement au fil d’expériences qui les dotent d’une épaisseur dont ils ne se détacheront plus. À cheval entre plusieurs genres, l’album est des plus réussis, à la fois détendant et sérieux, laissant le lecteur satisfait de sa route et animé par une juste dose d’incertitude et de questions en suspens auxquelles il continuera de songer par la suite. Au passage, en ce début de mois de juin, Max de Radiguès sortira déjà un nouvel album chez Casterman, qu’il a réalisé en solo : Bâtard, l’histoire d’une paire de braqueurs en cavale… pour le meilleur et pour le pire ?

La Cire moderne, de Max De Radiguès et Vincent Cuvellier, Casterman, 160 p., 16,95 €. ISBN : 9782203100589.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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