LA DAME DE CHEZ MAXIM

Probablement la pièce la plus drôle de Feydeau. Ce fut aussi le plus gros succès qu’il connut de son vivant. Le Docteur Petypon n’est pas un noceur mais, entraîné par son ami Mongicourt, il fait la bombe jusqu’au petit matin et à midi il dort encore. Au réveil, il découvre dans sa chambre une jeune femme en déshabillé, la Môme Crevette, danseuse au Moulin Rouge. Pour notre plus grand plaisir, Feydeau nous entraîne dans une suite de quiproquos jubilatoires… qui permettent de découvrir une hallucinante galerie de personnages hauts en couleur.”

Incontournable du monde théâtral bruxellois depuis 1782, le Théâtre Royal du Parc enivre encore aujourd’hui dès notre entrée. Rouge, le velours, vieil habitant de la salle, charme encore. Ambré, les murs aux moulures merveilleuses enchantent les spectateurs. Noir, les lumières s’éteignent lentement pour laisser le noble rideau carmin disparaître et nous laisser rencontrer La dame de chez Maxim, la môme Crevette ! Haut lieu bruxellois du vaudeville au XIXe siècle, il semble logique qu’aujourd’hui le Théâtre Royal du Parc y représente à nouveau une pièce d’un des maîtres en la matière.

De la surenchère, messieurs, oui de la surenchère !

Des quiproquos, mesdames, oui des quiproquos !

Du rire, messieurs-dames, oui du rire !

En un mot, du Feydeau !

Paname. Les années 1800 se terminant, Paris vit au temps des froufrous, des cabarets, des soirées mondaines…des mominettes. Môme avant la môme, Paname, Paname avant Padam, Padam, la dame de chez Maxim est la plus longue pièce de Georges Feydeau. Ce sera aussi son plus grand succès et le personnage de la Môme Crevette haut en couleur y est pour beaucoup et pour le coup, Julie Duroisin va nous camper le personnage de manière magistrale. De l’allure à l’accent, tout du jeu sonne juste, et elle n’hésite pas à faire vivre son personnage pendant l’entracte. Elle a du cran la Môme, elle plaît !

Classique des grands classiques, La dame de chez Maxim est ici mis en scène de moderne manière par Miriam Youssef. Le décor d’ouverture, la chambre du Dr Petypon, d’apparence simple mais très graphique, s’avère assez astucieux. C’est stylisé, bien exploité mais c’est surtout le second décor qui impressionne. Rarement une atmosphère n’a été aussi belle que cette ambiance quai de gare emplie de fumée, de lumière d’arrière-fond, le tout rehaussé d’un lustre sublimant le tout. Je pourrais évidemment critiquer tous les décors que j’ai eu l’occasion de voir cette saison et celles d’avant, mais l’ambiance créée dans celui-là, bien que peu chargé en éléments, est remarquable.

Petypon, alias Stéphane Fenocchi, l’autre personnage central, enchaîne les situations décalées et incontrôlables bien malgré lui. Vaudevillesque mais aussi dénonciateur, Feydeau dénonce et rend, à mes yeux, la Môme Crevette plus indépendante et affirmée que les hommes eux-mêmes. Une manière de montrer que les femmes « faciles » sont celles qui contrôlent ceux qui pensent les posséder ? Critique des classes sociales également, la femme de Petypon passe pour une idiote, elle qui possède la fortune tandis que la servante montre avec humour qu’elle n’est ni naïve, ni dupe. Le général semble le seul à représenter la maturité masculine mais lui aussi montre sa faiblesse par rapport aux femmes. Loin d’être le seul à vivre des situations rocambolesques, l’ensemble des acteurs s’avère convaincant, tout le monde semble prendre un malin plaisir à jouer, c’est bon enfant, un peu comme une bande d’amis qui prendraient un verre chez Maxim’s à la belle époque. Nombreux mais pas assez pour représenter les 29 personnages que comporte la pièce, c’est par plusieurs idées habiles comme notamment les costumes double personnage, tel Stromae au Grand journal ou Double-Face dans Batman, que la petite touche de modernité est amenée. Malgré cela, on reste dans quelque chose de très bien fait, mais classique. Cette version de la pièce rend bien hommage à ce que le théâtre parisien avait de plus divertissant il y a plus d’un siècle et c’est pour cela que l’on passe un très bon moment.

Si vous n’êtes pas du genre à arpenter, saison après saison, tous les théâtres de Bruxelles ou d’ailleurs, n’hésitez pas à aller flirter avec la Môme Crevette le temps d’une soirée au théâtre Royal du Parc, vous en ressortirez le sourire aux lèvres et le souvenir d’avoir assisté à un très grand classique du théâtre vaudevillesque dans l’écrin qui lui va bien.

« Et allez donc ! C’est pas mon père » comme on dit à Paname.

Du 21 novembre au 21 décembree 2013 au Théâtre du Parc + représentation exceptionnelle le 31 décembre 2013.

De Georges Feydeau

Mise en scène : Miriam YOUSSEF

Avec : Anne-Pascale CLAIREMBOURG  (Petypon), Julie DUROISIN  (La môme Crevette), Stéphane FENOCCHI  (Lucien Petypon), John DOBRYNINE  (Le général Petypon du Grêlé), Nicolas OSSOWSKI  (Mongicourt), Nicole OLIVER  (Etienne), Sébastien SCHMIT  (Corignon et le Duc), Yannick VAN HEMERLRYCK   (Le balayeur, Varlin), François DOMS  (Emile), Charlotte BOURIEZ  (Clémentine; MMes Vidauban, Sauvarel et Tournoy), Gabriel ALMAER  (Mme Ponant), Laure CHARTIER   (Marollier, Mme Virette, L’Officier Chamerot)

Tarifs : de 17 à 23 € & Article 27

Durée du spectacle : 2h30 entracte compris

Plus d’informations : http://www.theatreduparc.be/

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Directeur artistique en publicité, trop occupé à faire la publicité des autres pour en faire la sienne ici.

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