La Fille de Paname, une histoire en 2 tomes

Il y a à déjà quelques mois, le deuxième et dernier tome de La Fille de Paname est paru chez Le Lombard. Après un premier tome intitulé L’homme aux couteaux, cet album, L’homme aux tatouages, clôture enfin une intrigue entamée trois ans auparavant. Cette histoire est une adaptation libre de la vie d’Amélie Élie, plus connue sous le nom de Casque d’or, une jeune femme que sa soif d’aventures conduira à devenir assez jeune une prostituée fréquentant assidûment des bandes d’apaches parisiens, nom donné aux jeunes délinquants défiant, à la fin du 19e et au début du 20e siècles, l’ordre moral et les lois de l’époque. Son histoire a déjà notablement inspiré à Jacques Becker son film Casque d’or (1952) qui a révélé Simone Signoret qui y jouait aux côtés de Serge Reggiani.

Comme l’album paru en 2014 est la suite et la fin du premier tome, nous ne pourrons pas trop vous en dire sur l’histoire au risque de devoir trop vous en dire sur la première moitié de l’histoire et d’ainsi gâcher votre plaisir à la découvrir. Néanmoins, nous pouvons sans trop de risques vous en décrire les grandes lignes et l’ambiance qui s’en dégage. Cette bande dessinée est le fruit d’une collaboration entre Kas et Laurent Galandon. Kas est un dessinateur au réalisme affirmé que certains comparent à Grzegorz Rosinski, le dessinateur de Thorgal. Il est notamment le coauteur des tomes 6 à 12 de Hans (avec le scénariste André-Paul Duchâteau) et des sept tomes de la série Halloween blues (avec Mythic). Quant à Laurent Galandon, le scénariste, il a une certaine expérience de l’écriture sur des personnages incarnant des figures marginales et/ou dominées, comme ici une prostituée, des gitans dans le one-shot Quand souffle le vent ou des ouvriers qui se révoltent dans un autre one-shot, paru en 2014, Lip, des héros ordinaires.

Extrait du tome 2 "L'homme aux tatouages"

L’intrigue au cœur de ces deux tomes est assez simple : une jolie jeune femme qui suscite nombre de passions (plusieurs hommes, mais aussi une femme) veut profiter de la vie, vivre des aventures et découvrir un monde excitant qui pourra la tirer à la banalité et à l’ennui de son destin de fille d’ouvriers. Pour échapper à cette monotonie et à une vie d’un éprouvant labeur qui l’attendent, Amélie use de ses charmes, fréquente les bas-fonds où elle rencontre des hommes et des femmes dissolus mais à l’existence plus palpitante. Comme le dit l’héroïne : « L’amour, c’est beau, c’est splendide, mais si l’habitude s’en mêle, ça devient une petite image à deux sous qu’on connaît par cœur. L’amour qui n’est pas fouetté ne sert à rien » (tome 1). En suivant la vie d’Amélie et ses nombreux amours, on se familiarise au contexte de l’époque. Notons que ce deuxième tome est une sorte d’apothéose : le lecteur observe une montée d’intensité dans un conflit entre des hommes qui se battent pour cette femme, entraînant leurs bandes dans un affrontement d’envergure prenant les rues de Paris pour toile de fond.

Extrait du tome 2 "L'homme aux tatouages"

Chaque tome est comme divisé en actes par des dessins de unes de journaux qui en ponctuent le déroulement et participent à rendre le cadre dans lequel les évènements se déroulent plus intelligible pour le lecteur. Les dessins, résolument réalistes, nous transportent véritablement à la Belle Époque, comme si on y était. Les bandes d’apaches, la prostitution, les bagarres ou les conflits entre classes sociales sont représentés d’une façon extrêmement crédible. Ce souci de réalisme se retrouve aussi dans les dialogues qui sont riches en mots devenus désuets, qu’il convient de comprendre en contexte, mais plus convaincants que ne l’aurait été une simple transposition anachronique de nos expressions actuelles dans ce décor. Ce deuxième tome fait à nouveau la part belle à la construction des personnages et de leurs émotions, de telle sorte qu’ils nous semblent plus vrais que nature et qu’on ne peut s’empêcher de s’y attacher. Au final, La Fille de Paname vaut le détour ; et le fait que le deuxième album nous semble encore plus abouti que le premier est la cerise sur le gâteau.

Le soldat est paru dans la collection Signé chez Le Lombard

Laurent Galandon et Kas, La Fille de Paname. Tome 1 : L’homme aux couteaux, Le Lombard, 68 p., 16,45 €

Laurent Galandon et Kas, La Fille de Paname. Tome 2 : L’homme aux tatouages, Le Lombard, 68 p., 16,45 €

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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