La Grande Guerre : ses horreurs et ses folies

Jusqu’au 22 septembre 2019, le War Heritage Institute organise au Musée royal de l’Armée une exposition riche et palpitante : Au-delà de la Grande Guerre. Les nombreuses salles vous feront voyager dans le temps, à la découverte d’une époque tout en contrastes. Deux décennies à la fois palpitantes et inquiétantes. Compte-rendu.

Histoire et petites histoires

« Ce n’est pas une paix, c’est un armistice de 20 ans ». C’est avec cette célèbre phrase de Ferdinand Foch (1920) que débute l’exposition. Comme une prophétie, elle annonce déjà que les années folles ne seront que passagères. À la fin des années 20, l’Europe sera de nouveau la proie des nationalismes, des tensions, sur fond de misère. La Seconde Guerre mondiale devient inévitable.

Si la guerre 40-45 est encore bien présente à l’esprit, ce n’est pas le cas pour le conflit 14-18. Films, romans, B.D., chansons ont immortalisé cet événement historique de bien des façons. La Première Guerre mondiale occupe peu le devant de la scène. Peut-être parce que les raisons et les modalités de cette guerre relèvent d’une époque trop éloignée de la nôtre. Le War Heritage Institute propose avec cette exposition de nous faire comprendre le comment, le pourquoi et surtout l’après d’une guerre qui a façonné notre Europe et « préparé » la Seconde Guerre mondiale. À l’aide d’explications concises et claires, le visiteur pourra comprendre la Belgique de cette époque. Documents audio, cartes, costumes ou encore films permettent de saisir toute la portée de cette guerre et de réaliser que son après devra relever de nombreux défis dans un pays plus que dévasté.

Comment panser ses blessures, reconstruire un pays, soigner ses soldats, nourrir une population à l’agonie tout en remettant à flot une économie mourante ? Voilà autant de questions auxquelles le pays devra répondre. Le devoir de mémoire en sera une autre, et pas des moindres. « Plus jamais ça » scande-t-on alors. Les visites des champs de bataille, les récoltes de documents permettent de ne pas oublier et d’honorer par la même occasion ceux que l’on appellera les poilus.

Revendications sociales, ouvrières et féministes accompagnent cette fin de guerre. Après avoir vécu les tranchées ou l’absence d’un mari, d’un frère, c’en est assez de l’oppression. Alors, on se réunit, on vote, on revendique. Les fédérations voient le jour. Elles soutiennent les anciens combattants dans leurs démarches administratives et maintiennent un sentiment de solidarité.

Les années folles

L’art, la danse, la musique, la vie quotidienne, la mode des années vingt ne sont que la conséquence inévitable de la Grande Guerre. Ce « vent de folie » qui souffle sur la société à cette époque est une autre réponse aux tranchées. Tout évolue à une vitesse endiablée : les révolutions technologiques permettent aux loisirs d’entrer dans la vie des gens. On se déplace plus facilement, la musique populaire entre dans le foyer. Les années vingt bougent et transforment la société et la font entrer dans la modernité.

La femme connaîtra un renouveau également. Loin des tranchées, elle dut endosser le rôle de l’homme pendant son absence. Pas question à son retour de reprendre sa place d’avant ! La mode est révélatrice de ce changement de statut : le vêtement devient  plus confortable, les jambes se dévoilent.

L’Art Déco quant à lui se veut rassurant après ces années intenses. La pureté est le mot d’ordre : lignes droites, stylisées ornent désormais la céramique, les objets du quotidien, les façades. Bref, cet art total investit tout les champs et n’a plus de limites.

Une collection riche et diversifiée

Les collectionneurs privés ainsi que les réserves du Musée royal de l’Armée offrent au visiteur un panorama d’une richesse épatante.

Le visiteur assistera au gré des salles à la destruction des frontières, de vies et à la reconstruction de façade des pays en proie à des tensions masquées. Cette explication de la guerre se veut ludique : films, reproductions géantes d’images d’époque agrémentent la visite. Une grande carte de l’Europe et de la Belgique permettent de voir les frontières apparaître et disparaître. C’est dans une salle aux décors versaillais que le Traité de Versailles nous est expliqué. C’est également sur un fond du discours du roi des Belges que l’on comprend la fin de la guerre. L’après-guerre ne sera pas en reste puisque vous aurez l’occasion d’ériger votre propre monument à la mémoire des soldats tombés ou encore de découvrir le Facebook des grands noms des années vingt.

Cette exposition vaut le détour en raison de son sujet peu connu du grand public mais surtout grâce à sa mise en scène riche et ludique. Elle permettra au visiteur de s’imprégner d’une époque révolue et pourtant capitale dans la construction de notre pays.

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