La maison de Ramallah

Je n’avais jamais, ô grand jamais, été déçue par la programmation du Théâtre de Poche. C’est désormais chose faite. C’est pourtant mon théâtre bruxellois préféré par le choix de ses pièces, plutôt politisées, ses mises en scène sobres mais efficaces et son ambiance si particulière. Aucun de ces éléments n’était là hier soir.

La maison de Ramallah avait, à la base, tout pour plaire. Elle était censée aborder la manipulation de personnes avec pour cadre le conflit israélo-palestinien. L’histoire est simple : une famille de Palestiniens militants attend de descendre du train qui les mènera dans une ville où la fille se fera sauter à coup d’explosifs accrochés à sa ceinture. Dans l’attente, ils devisent, rient, pleurent et s’engueulent tout en mangeant de la « méchouïa ». Pourquoi pas.

La pièce se voulait burlesque par l’absurdité de ses scènes et prétendait utiliser l’humour « comme dernier rempart » face aux situations désespérés. C’était du moins sa (belle) intention.

Autant vous dire tout de suite qu’aucun rire n’a résonné dans la salle, même pas un gloussement. Rien. Nada. Pas parce que la pièce était triste, loin de là mais parce que l’humour véhiculé était lourd, attendu, répétitif. Bref, pas drôle. Les comédiens se sont pourtant donné du mal, quitte à parfois forcer le trait et à jouer de manière très (trop ?) théâtrale. Était-ce intentionnel ? C’est une possibilité mais une chose est sûre : la sauce ne prend pas.

Pour ce qui est de la thématique, le spectateur ne sait trop à quoi se raccrocher tant l’histoire est brouillon, sans sentiments, tire en longueur et à ce point vide de sens que de nombreux spectateurs se sont demandé à la sortie quel pouvait bien être le but du spectacle. Et nous voilà arrivé au nœud du problème.

Si la pièce est à ce point mauvaise ce n’est pas par le jeu des acteurs, tout à fait correct, ni par la mise en scène, très épurée, mais par le texte ! J’ai encore du mal à croire que le théâtre de poche vante les talents d’écrivain d’Antonio Tarantino. Par sa plume désastreuse, Mr. Tarantino nous prouve qu’il n’a aucun lien avec son homonyme d’outre-Atlantique et c’est bien dommage. Le texte est sans originalité, sans rebondissements, sans humour et vulgaire par-dessus le marché. Tarantino dit que son intention est de faire une pièce qui donne à réfléchir sans pour autant être militante. C’est son droit mais il aurait pu alors nous prévenir qu’elle allait être futile et ennuyeuse.

Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre le fait d’aborder le conflit israélo-palestinien d’un autre point de vue, je serai même sacrément intéressée de voir une opinion différant de la mienne mise en scène au théâtre. Je suis ouverte, après tout rien n’est jamais noir ou blanc dans une guerre et la critique peut se faire dans les deux camps car la bêtise ne connaît pas de frontières. Ceci dit, je pense que le conflit israélo-palestinien mérite qu’on s’y attarde et qu’on le fasse de manière intelligente.Par ailleurs si on choisit l’humour pour parler du sujet, la moindre des choses c’est que la pièce en comporte !

En somme, La maison de Ramallah est une pièce sans intérêt, je ne vous la recommande pour rien au monde. Mais si vous décidez, tels que de courageux kamikazes d’y aller et d’ignorer mon avis (c’est tout à votre honneur), voici quelques conseils : Installez-vous confortablement et faites pénitence. Ne vous levez pas après 30 minutes, c’est tout même très impoli, je sais, il reste encore une heure à tirer mais je vous avais prévenu. Ne pensez pas que les décors vous distrairont, il n’y en a pas. Vous serez alors forcés de reporter toute votre attention sur les comédiens qui s’escriment tant bien que mal avec un texte bancal et sans émotions. Ayez au passage une pensée pour eux, car malgré toute votre bonne volonté, vous ne leur accorderez que de maigres applaudissements et aucun rappel.

Du 5 au 30/03/2013 au Théâtre de Poche, 1a Chemin du gymnase à 1000 Bruxelles, de 8 à 16 €.

De : Antonino Tarantino

Mise en scène : Pietro Pizutti

Avec : Angelo Bison, Ana Rodriguez et Laurence Warin

Plus d’infos sur le Théâtre de Poche.

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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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