La nuit juste avant les forets – Théâtre Varia

« Le monde a toute sa fatigue sur la gueule mais ne veut pas céder, et s’excite, se déchaîne, tout le monde qui gueule et parle de se taper la gueule »

C’est la nuit, il pleut, un homme installé au fond de la salle nous joue un air à l’harmonica, il chante son désespoir sur un fond musical. Du blues, il a le blues… un guitariste, dans le coin, accompagnera le monologue tout au long de la pièce.

Cet homme, seul, cherche une chambre pour la nuit, pour une partie de la nuit. Il n’a plus de travail, plus de maison, il pleut. Il tente alors de retenir un inconnu qui passait au coin de la rue, il n’a pas eu peur de lui courir après. Il veut lui offrir un café et raconte, lui ouvre son univers. Un univers sombre, étranger, il a besoin de parler, de gueuler face à ce camarade muet.

« Le visage et le langage sont les marques de reconnaissance d’une personne ; on reconnaît quelqu’un à sa voix ou à sa gueule. »

Il s’exprime et laisse libre cours à son esprit qui divague, qui nous touche, dans lequel nous nous reconnaissons parfois. Il puise sa force dans sa différence et le crie haut et fort. Le personnage passe par différentes émotions : la peur, la solitude, l’amour, l’espoir, le courage. Chaque étape de son passé, de son discours, marque son visage et le ton de sa voix.

L’acteur, Azeddine Benamara, nous offre au travers d’un texte de solitude, d’amour et d’enfer urbain un monologue époustouflant. Son interprétation est déchirante de vérité : avec une maîtrise parfaite du texte, il rend tout le désarroi de ce personnage, face à notre société qui déshumanise, qui isole, qui marginalise. Il joue intelligemment avec les intonations, la scansion, pour dynamiser le texte, lui donner du relief et captiver notre attention.

Le décor est à la fois mystérieux et sobre et nous amène à nous interroger : Où sommes-nous ? Quel est ce monde dans lequel nous évoluons ? Quelle est cette société qui laisse ses enfants sombrer, sans pitié, sans remords? Qui exclut, qui ostracise, qui laisse se développer la haine et le racisme ? Les câbles du plateau semblent nous tirer vers le haut tout en s’attachant à la puissance du texte, et compliquent en même temps l’évolution de l’acteur sur scène, qui lutte pour trouver son chemin. La musique jouée en live par Dorian Baste, adoucit quant à elle très à-propos la dureté de la pièce. Eric Castex souhaitait marquer la mise en scène par un « phrasé unique et continu » dans le but de toucher le spectateur à travers la sensibilité de la parole de l’auteur, Bernard-Marie Koltès. Avec une grande sobriété, en remettant, de façon quasi militante le texte et l’acteur au centre du théâtre, en dénonçant un monde en perdition, il réussit brillamment son pari.

Un excellent moment, à vivre, pourquoi pas le 14 février en amoureux ?

Du 4 au 15 février 2014 au Théâtre Varia

Avec : Azeddine Benamara, accompagné de Dorian Baste

Scénographie : Michel Thuns

Musicien et compositeur : Dorian Baste

Mise en scène : Eric Castex

Tarifs : de 8 à 20 € & Article 27

Durée du spectacle : 1h30

Plus d’informations : www.varia.be

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