La pensée -Théâtre de Poche

Olivier Werner explore l’enfermement mental dans son adaptation d’une nouvelle foudroyante de Leonid Andreïev, La Pensée. Avec cette œuvre, Werner signe le second volet du triptyque de FORAGE après After the end de Dennis Kelly et avant La coquille de Moustafa Khalifé. Aux yeux du metteur en scène-adaptateur-interprète, l’intérêt scénique du thème de l’enfermement réside dans l’énergie vitale et changeante qu’il mène à déployer. Dans un élan irrépressible de liberté, un homme en captivité tente d’échapper à sa détention par le mental, inévitablement.

Une sentence veut que les gens bien portants soient des malades qui s’ignorent. La parfaite santé ne serait donc qu’illusion. Le thème de la folie interpelle tant la frontière entre un esprit dit sain et aliéné s’avère floue. Ce constat éveille inquiétude et effroi chez le plus commun des mortels. Avez-vous un jour eu l’occasion d’observer les prémices d’une aliénation terrifiante chez vous-mêmes ou autrui ? La Pensée vous y invite. Auteur russe célèbre au début du XXe, Andreïev s’avère sonder comme personne les anfractuosités sombres de l’esprit. Maxime Gorki, son parrain, dit de lui qu’il était d’une effroyable perspicacité. Dans un journal qu’il tenait à vingt ans, Andreïev écrivit  « Je voudrais que les hommes blêmissent d’effroi en lisant mon livre, qu’il agisse sur eux comme un opium, comme un cauchemar, afin qu’il leur fasse perdre la raison, qu’on me maudisse, qu’on me haïsse, mais qu’on me lise… et qu’on se tue « .

Alors que les spectateurs s’installent dans la salle du Théâtre de Poche, la pièce a commencé. Dans un décor dépouillé (sol grillagé et éclairage au néon), le personnage tourne en cage en proie à ses réflexions. Sous la forme d’une plaidoirie attestant de sa santé mental, le Docteur Kerjentsev se prépare à s’adresser à un panel d’experts médicaux. Leur tâche consiste à statuer sur son cas : prison à vie ou internement. Le docteur, qui entretient une haute opinion de sa pensée, expose le plan méticuleux établi par ses soins pour fomenter l’assassinat du plus proche de ses amis. Au cours d’un monologue d’1h35, il s’entretient avec l’audience en ces termes « Messieurs les experts ». La lourde mission de jauger l’état mental du sujet incombe dès lors aux spectateurs.

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La performance scénique d’Olivier Werner époustoufle tant les nuances d’expressions, tons et attitudes adoptées reflètent la conscience en perdition du Docteur ! La folie émerge à mesure que la pensée se déroule. Se perdra-t-on dans les méandres du discours d’un homme tentant bien que mal d’identifier une démence naissante ?

Double belle découverte : Production Forage et Leonid Andreïev !

À ceux qui n’ont pas vu la pièce, je la leur conseille vivement, ainsi que le crochet par la loge de l’acteur prévu avant chaque représentation. À ceux qui l’ont vue, je suggère la lecture du dossier presse sur le site très bien documenté du Théâtre de Poche.

La pensée

Du 17 février au 7 mars 20015 à 20h30 au Théâtre de Poche.

Texte : Leonid Andreïev
Traduction, adaptation, conception et jeu : Olivier Wegner
Aide à la traduction : Galina Michkovitch
Direction d’acteur : Urszula Mikos
Scénographie : Jan Crouzet
Lumières : Kévin Briard
Production Forage

Plus d’infos sur le site du Théâtre de Poche.

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