La Peur

« La peur dans tous ses aspects, multiples et parfois contraires : peur d’aimer ou de ne pas être aimé, la peur de s’engager ou de se reproduire, le peur de s’opposer, de perdre son emploi, la peur de la mort ou la peur… de la vie. Et c’est peut-être ce dernier aspect qui m’intéresse le plus. Comment, à cause de la peur de ne pas être accepté, d’être marginalisé, on met en place des mécanismes inconscients qui, au final, nous empêchent d’être libres. » Armel Roussel à propos de la « Peur ».

Avec son dernier spectacle, Armel Roussel a choisi de nous faire réfléchir : comment et pourquoi la peur, sentiment universel, nous empêche-t-elle de vivre pleinement nos vies ? Vaste question. De quoi avons-nous peur ? Qui nous a inséré cette peur dans nos vies ? Dans quel but ? Plus important encore : Va-t-on nous aimer ? Aurons-nous une belle vie « bien comme il faut » ? « La véritable peur c’est celle de vivre sans avoir existé » postule le metteur en scène. À l’heure où notre société de consommation fait passer le bonheur de vivre par nos possessions matérielles, cette phrase est à méditer.

L’histoire est simple : des individus sont envoyés dans un camp de redressement, car c’est bien de cela qu’il s’agit, en raison de leurs comportements considérés comme asociaux. Cela ne vous rappelle rien ? Allez, cherchez bien, je suis sûre que vous allez trouver une petite référence dans nos livres d’histoire. Des ateliers de socialisation où on apprend à se dire « bonjour ça va ? », à raconter ce qu’on n’a pas inventé, à marcher au pas, où on se donne des claques pour avoir donné des mauvaises réponses ; des séances d’humiliation publique, un éducateur tyrannique. Le ton est donné : vous allez changer que cela vous plaise ou non.

Pas de doute, le scénographe raisonne par l’absurde et s’en sert pour dénoncer les déviances de notre société qui in fine nous pousse à rentrer dans un moule bien établi. Mais rassurez-vous, nos pauvres captifs ne tarderont pas à se rebeller et, bien qu’à moitié fous, auront un raisonnement bien plus pertinent que leur geôlier.

Une des comédiennes scande haut et fort lors de sa puissante tirade: « cette société nous a rendue flous PUTAIN ». Flous, fous, la différence n’est pas loin. Très vite, on se rend compte que la peur dont il est question dans la pièce et qui paralyse toute notre existence, n’est pas celle de mourir mais bien celle d’exister.

Comme toujours lorsqu’il s’agit d’Armel Roussel, la scénographie est – et je pèse mes mots – époustouflante. La vaste scène du Théâtre National se prête à merveille aux extravagances du metteur en scène qui a choisi d’installer une véritable caserne sous nos yeux. Des écrans géants projettent les images des caméras que les comédiens déplacent à leur guise. Nul doute, que ces dernières nous rappellent celles qui pullulent dans nos rues et résonnent comme une sorte de critique de notre société ultra sécurisée. Les messages subliminaux diffusés sur les écrans sont un véritable support au spectacle. Mots d’espoir, de révolte, slogans politiques, vidéos subversives, l’ensemble défile à un rythme continu et percute le spectateur en plein cœur. La musique techno ou rock, toujours violente, finit de nous achever : le lavage de cerveau est accompli.

La peur est une pièce très efficace et touche droit au but. Personnellement, je l’ai ressenti comme un véritable appel à la désobéissance citoyenne, que je cautionne. Je me suis donc complètement retrouvée dans le message de la pièce : « rebellez-vous ». Selon ses dires, Armel Roussel a plutôt voulu créer une pièce métaphorique et c’est peut-être la raison pour laquelle certaines scènes ou certains discours m’ont semblé « brouillon » ou pas assez claires… trop métaphoriques sans doute !

Peu importe, La peur est un spectacle fort, inconfortable pour le spectateur mais marquant. On en redemande.

Du 19/02 au 02/03 au Théâtre National – Boulevard Emile Jacqmain, 111-115 – 1000 Bruxelles

Ecriture et mise en scène : Armel Roussel

Avec : Selma Alaoui, Lucie Debay, Vanja Godée, Denis Laujol, Adrien Letartre, Nicolas Luçon, Vincent Minne, Sophie Sénécaut, Uiko Watanab

Plus d’infos sur le site du Théâtre National.

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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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