La Planète des Singes : l’affrontement

Ce soir-là, avec un ami, on est passé sans vraiment le vouloir devant le complexe cinématographique. Et à la vue des affiches, on s’est dit qu’au lieu de refaire le monde comme à notre habitude, nous irions bien voir un long-métrage. La réfection de l’univers pouvait bien attendre une autre fois, après tout.

Et de monde qui change, L’Affrontement en est question justement, comme les premières minutes du film le rappellent aux spectateurs : il y a dix ans un virus, la « grippe simiesque », s’est propagé sur les cinq continents provoquant une extinction quasiment définitive de la race humaine. Cette annihilation est le résultat des erreurs commises dans le premier volet de ce reboot de La Planète des Singes (le bien nommé Origines). En effet, on y voyait un scientifique qui, voulant mettre au point un vaccin contre la maladie d’Alzheimer, créait par mégarde une solution développant les capacités mentales des primates sur lesquels il effectuait ses tests. Parmi ceux-ci, le jeune César pris sous l’aile de l’homme de sciences en vue de le civiliser.

De nombreuses péripéties et une décade plus tard, César va s’imposer comme la figure de proue des singes et fonder une communauté basée sur des valeurs dignes des Dix Commandements (parmi lesquelles l’interdiction d’un primate de violenter ou de tuer un autre primate). Pendant longtemps, rien ne vient troubler l’Eden verdoyant construit par ce chef : les journées sont rythmées par des activités didactiques ou de chasse à l’aide d’un armement que l’on croirait tout droit sorti de la préhistoire. Car s’ils ont gagné en cognition, les singes accusent néanmoins un retard technologique considérable avec les humains. Un décalage qui ne perturbe pas les primates étant donné que les hommes qu’ils détestent et avec qui ils veulent rompre toute attache ont été exterminés.

Enfin, pas tout à fait. À l’instar d’un célèbre village gaulois de bande dessinée, un bastion de personnes survivantes tente tant bien que mal de vivre malgré les ravages de l’épidémie. Mais les jours de ces immunisés sont comptés si une source d’électricité n’est pas bientôt découverte pour alimenter la ville en énergie. C’est pour cela qu’un groupe est envoyé pour parlementer avec les singes afin de réactiver une ancienne centrale située sur leur territoire.

Cette quête de l’autonomie énergétique, si elle paraît anecdotique sur papier, occupe pourtant une bonne partie du film et sa longueur constitue l’un des premiers points noirs à épingler. En effet, l’éclairage que cette séquence est censée apporter sur les rapports entre primates et humains, s’étiole (pour ne pas dire s’éteint) au fil des minutes et endort davantage le spectateur qu’il ne lui apporte d’éléments pour une mise en perspective ultérieure. D’ailleurs, cette dernière ne sera jamais réellement exploitée tout au long du long-métrage et cette absence impacte malheureusement la trame narrative qui, au lieu de gagner en épaisseur, s’enferme quelque peu dans un déroulement prévisible. Ainsi, on ne peut s’empêcher de rapidement anticiper la fin du paradis simiesque, la révolte des singes face à leurs propres idéaux et la subtilisation de la technologie humaine à des fins de gloire et de conquête. Même constat pour la morale du long-métrage, certes sympathique et pleine de bons sentiments, mais gâchée par ce sentiment de déjà-vu qui persiste au-delà du twist final.

En regard de ces défauts, on pourrait légitimement se demander quel intérêt il y aurait à aller voir un film comme L’Affrontement. En réalité, la réponse réside tout simplement dans le titre. C’est que les scènes de combat – qu’elles concernent les humains, les singes ou l’antagonisme entre les deux – sont magistralement mises en scène et valorisées par une 3D aux petits oignons. Une telle qualité s’explique par le travail monumental qui a été effectué sur les effets spéciaux et la conception des primates en motion capture : mais si les singes apparaissent (nombreux) à l’écran plus vrais que nature, c’est surtout la palette de sentiments que leurs visages expriment qui force l’admiration par sa diversité, rendant par là les animaux peut-être plus humains qu’ils n’auraient aimé l’être.

À ce titre, comment ne pas souligner la performance une nouvelle fois impeccable d’Andy Serkis (César), l’inoubliable Gollum du Seigneur des Anneaux et du Hobbit (au point de le rappeler dans le film par ce bruit de gorge si caractéristique) ? Quant aux autres acteurs, sans être transcendants, ils s’en sortent avec les honneurs en regard du peu de consistance que possèdent les rôles qu’ils endossent.

Au final, si l’on devait résumer en une phrase L’Affrontement, ce serait celle-ci : on en prend plein les yeux mais bien peu en tête. Pourtant, on ne cessera de souligner que des efforts ont été effectués pour éviter au long-métrage de tomber dans l’écueil du film d’action classique. Mais ceux-ci, aussi méritoires qu’ils soient, ne parviennent néanmoins pas à donner au film l’envergure nécessaire pour sortir du sentier qu’il se trace. C’est dommage car on quitte la salle avec un goût de trop peu… Qui sera effacé dans l’ultime volet ?

La Planète des Singes : L’Affrontement est en salles depuis le 30 juillet 2014.

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Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

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