La Religieuse au théâtre des Martyrs

Excellemment adaptée du roman de Denis Diderot, La Religieuse proposée au Théâtre des Martyrs met en scène Suzanne Simonin, que sa famille a contrainte à entrer dans les ordres contre son gré. Dénonçant sans relâche cette injustice, Suzanne, sous la plume de Diderot, va mener un combat sans précédent – nous sommes au XVIIIème siècle – contre cette privation de liberté dont sont complices tout à la fois la société, l’Etat et l’Eglise.

Dans ce récit à multiples entrées, Diderot livre l’étendue de son talent : de conteur tout d’abord, en personnifiant l’horreur des couvents sous les traits de la naïve et innocente Suzanne. En tant que philosophe des lumières, qui s’indigne de sort qui est fait aux droits de l’homme dans ces lieux reclus où la tyrannie ne rencontre aucune borne. En tant que politicienpenseur de son époque également, qui dénonce les effets désastreux de la censure du corps et de ses besoins et qui accable une institution qui viole les lois de la nature et de la sociabilité humaine. En tant qu’homme enfin, car c’est sur un drame personnel et le souvenir de sa sœur Angélique, morte folle au couvent des Ursulines en 1748, à l’âge de 28 ans, qu’il se base pour écrire ce roman.

En situant l’action sur une scène de moins de 10m², Daniel Scahaise fait le pari très réussi de nous montrer Suzanne telle qu’elle est : enfermée, cloitrée, seule, étouffant dans sa cellule, soumise aux tyrannies des mères supérieures toutes-puissantes dans ces instituts – tantôt cruelles et dogmatiques, tantôt cédant à la chair et plongeant dans la lubricité – et sans presque aucun recours. La mise en scène minimaliste, appelée par la disposition de la salle, ne fait que mieux révéler la violence du récit.

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Si le récit de Suzanne est simple, son histoire n’en n’est pas moins poignante : on ne peut que se sentir bouleversé par le drame personnel auquel on assiste de manière intime – les spectateurs encerclent la scène et tiennent compagnie aux mères supérieurs, assises parmi nous – et se sentir indigné par la barbarie et les réalités cruelles et perverses de la vie monastique. L’interprétation de l’ensemble des acteurs, au premier rang desquels Dolorès Delahaut livrant une Suzanne flamboyante dans sa captivité, poignante de vérité, de colère et de sincérité, est remarquable. Tant Hélène Theunissen, en vieille none rattrapée par les démons de la chair, que Stéphane Ledune, en avocat humaniste convaincu dont l’excellente plaidoirie confère à la pièce tout son panache et qui donne à entendre la voix de Diderot ; ou encore Julie Lenain, campant une mère supérieure droite, revêche et obtuse, sont admirables.

Précurseur des lumières, Diderot livre dans La Religieuse une certaine idée de la liberté, indispensable à la réalisation de soi et socle d’une société éclairée. L’excellente adaptation proposée au Théâtre des Martyrs rappelle avec vigueur et talent le droit de chacun à disposer de soi-même. Rappel utile par les temps qui courent…

La Religieuse

Du 13/01 à 14/02/2015 au Théâtre des Martyrs

Durée du spectacle : 1h30 sans entracte

Tarifs : de 9€ à 16,50€

Avec : Dolorès Delahaut, Stéphane Ledune, Julie Lenain, Hélène Theunissen

Mise en scène et scénographie : Daniel Scahaise

Assistanat : Caroline Bertrand

Costumes : Anne Compère

Régie /Lumière : Antoine Halsberghe

Plus d’informations sur le site du Théâtre des Martyrs

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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