L’Accusateur – Théâtre de Poche

« Soliloque menaçant », dit le programme du Théâtre de Poche. Nous voilà prévenus. Mais L’Accusateur s’avère être bien plus que cela. Un seul en scène prodigieux comme on en voit peu. Qui est cet homme qui accuse tous les hommes ? S’adressant tour à tour au « boss » les yeux au ciel, et au public, le regardant bien en face, il se fait l’intermédiaire, invectivant l’un et l’autre, tout en s’inclinant parfois : « L’autre, c’est toujours un peu moi ».

Yves Claessens, dans une performance époustouflante, se mue en prophète acerbe mais presque tendre à la fois. Il se met au service de ce texte grandiose et nous le tend comme un cadeau aux multiples facettes, tantôt brusquement, tantôt délicatement, mais en prenant soin toujours de faire vibrer chaque mot pour que leur sens nous percute.

Il accuse. Et tout le monde y passe. Les hypocrites, les affameurs, les politiques, les banquiers, mais aussi les artistes et les utopistes… Il fustige l’humanité entière. Accusant par le biais d’une caméra dont l’image est directement transmise sur écran géant, il se met en scène façon présentateur de JT, comme pour mieux nous atteindre, nous les grands consommateurs d’images animées.

Amer, désolé, résigné, dégoûté, révolté, provocateur, accusateur. Il raille nos travers en les incarnant, habilement mais sans jamais prendre de gant.

Sur scène, quelques accessoires symboliques servent de point d’appui aux accusations qui se bousculent devant nous. Il est question de pouvoir, de soumission, d’immigration, d’argent, de lâcheté, de religion, de dictature, d’orientation sexuelle, de peur panique du néant, de liberté… Chaque mot fait sens, chaque phrase fait mouche comme autant de sentences douloureusement jouissives. Il faut dire que la justesse du texte est intensifiée par la précision du ton. Un ton incisif mais bourré d’humour, qui se fait parfois fort noir mais qui ne se défait jamais de son piquant.

Et il y a dans le texte de Pascal Vrebos une poésie brute qui, mêlée à la profondeur des sujets abordés, déclenche des envolées. Au milieu de ces dénonciations se trouve aussi une douceur inattendue, incarnée par la légèreté d’une coccinelle, dans laquelle on aperçoit une forme de détresse propre à ce personnage qui se dit prophète.

On ne ressort pas indemne de ce face à face avec cet homme étrange qui s’évertue à brandir notre Histoire sous notre nez pour nous toucher là où ça fait mal.

Une performance à couper le souffle et un texte bouleversant. Un monologue fracassant. D’utilité publique.

Il vous reste quelques jours pour vous laisser tenter par L’Accusateur… Foncez !!!

L’Accusateur

Jusqu’au 28 mai 2016 au Théâtre de Poche, 1a Chemin du Gymnase 1000 Bruxelles (Bois de la Cambre)

Durée : 1h15

Texte : Pascal Vrebos | Avec : Yves Claessens | Mise en scène : Jean claude Idée

Une coproduction du Théâtre de Poche et d’Utopies en marche

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Dévoreuse de livres

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