L’amant – Théâtre Le Public

« Ton amant vient-il aujourd’hui ? A quelle heure ? » est la première phrase de L’Amant de Harold Pinter. Percutante, cynique à souhait sans être dénuée d’humour, voilà qui résume bien l’atmosphère de la pièce, du genre d’ambiance noire qu’affectionnait particulièrement Pinter – comme nous vous en avions déjà parlé ici.

Dans son adaptation au Théâtre Le Public, Aurore Fattier ancre ses personnages dans un intérieur petit-bourgeois, étriqué, ennuyeux. A l’écart de la ville, Richard et Sarah vivent une vie banale, elle recevant son amant plusieurs fois par semaine, lui fréquentant assidûment les prostituées. Que du très classique dans la vie d’un couple marié depuis 10 ans.

Et pourtant l’ambiance est étrange, malsaine. Car s’il est bien question de désir entre ces deux personnages, celui-ci devient bien vite l’enjeu d’un jeu cruel de perversion, de pouvoir, de manipulation et de destruction, unique clé vicieuse et excitante permettant de garder la flamme.

La langue est acérée, avare, sobre : fidèle au style de l’auteur. Le texte ambivalent, oscillant sans cesse entre légèreté et profondeur, trouve un parfait écho dans l’interprétation livrée par François Sikivie et Delphine Bibet, qui s’amusent, pour brouiller les pistes, à valser entre burlesque et tragédie, à passer de la farce à une atmosphère épaisse où la tension va crescendo. Car c’est bien là la grande force de l’interprétation, qui parvient, en s’appuyant d’une part sur les lumières douces et pastels donnant à la pièce des tonalités oniriques, et d’autre part sur les vidéos particulièrement pertinentes, à restituer toute cette tension, si particulière et subtile chez Pinter.

Amant 2

Dans cette pièce qui monte en puissance tout au long des 1h30 de représentation, le choix d’une mise en scène sobre est particulièrement justifié, le texte se suffisant à lui-même. Aurore Fattier s’est brillamment attachée à faire voler en éclat l’équilibre entre aventure et quotidien domestique bourgeois, en insufflant un rythme croissant à la pièce, jusqu’à la tombée des masques permettant l’exploration de l’absurde. .

Pinter nous livre peut-être bien ici la recette de l’amour éternel, celle qui permet de devenir de vieux amants. Mais la leçon est amère : tandis que la notion de propriété est au cœur du débat – s’accaparer le bien/ le compagnon d’autrui ; être fier de « posséder » une belle créature et d’être vu à son bras ; le mari possède la maison, elle vit en vase clos et en toute dépendance – il semblerait bien que l’on soit incapable de se satisfaire de ce dont on jouit déjà, sans une dose de jeu cruel et sadique. L’insatisfaction, le mal qui ronge le siècle? A vous de trancher, jusqu’à la Saint Valentin au Théâtre le Public.

L’amant
Du 13/01/2015 au 14/02/2015 au Théâtre Le Public.

Durée du spectacle : 1h30

Texte de : Harold Pinter

Traduction de : Gérard Watkins

Mise en scène : Aurore Fattier

Avec : François Sikivie, Delphine Bibet et Michel Collige

Avec la participation de : Suzanne Bibet et François Beukelaers

Plus d’informations sur le site du Théâtre le Public

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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