L’Amérique – Joan Didion

Il y a quelques semaines, la maison Céline faisait beaucoup parler d’elle en choisissant comme égérie pour sa campagne Printemps-Eté 2015 l’écrivaine octogénaire Joan Didion. Si j’avais eu l’occasion de lire Maria avec et sans rien et le poignant L’Année de la pensée magique, je ne m’étais jamais plongée dans L’Amérique. C’est désormais chose faite.

Ce recueil de chroniques nous embarque de la côte ouest à la côte est des Etats-Unis. Joan Didion y autopsie une société, un pays à la dérive. Au fil des pages, on croise des hippies et des ados fugueurs à San Francisco, Janis Joplin, une petite fille de cinq ans sous acide, Jim Morrison « en pantalon vinyle noir sans sous-vêtements », John Wayne sur le tournage de son 165ème film, Huey Newton des Black Panthers dans la prison du comté d’Alameda, Larry Flynt ou encore l’héritière Patricia Campbell Hearst enlevée par l’Armée de libération symbionaise. Si Joan Didion n’aborde pas directement les meurtres de Cielo Drive, l’ombre de Charles Manson plane sur tout le chapitre Requiem pour les années 60.

Le livre est aussi un hommage à la Californie. A une Californie multiple. Joan Didion décrit avec tant de force la Vallée de San Bernardino qu’on ressent la chaleur étouffante du Mojave et le vent brûlant de Santa Ana. Plus loin, elle partage sa nostalgie du Sacramento de son enfance, de cette terre de fermiers et de cultivateurs qui n’existe plus que dans ses souvenirs. Et puis, il y a Los Angeles, la mégapole où « tout le monde peut se réveiller un matin dans la peau de la nouvelle star découverte au drugstore Schwab’s ou du cadavre assassiné au Bob’s Big Boy. »

La troisième partie du recueil est consacrée à New York et à la relation ambiguë que Joan Didion entretient avec la ville. Sous le charme lors de son arrivée, la californienne va vite déchanter. L’écrivaine n’est pas tendre avec le New York des décennies 80 et 90, décrivant une Big Apple rongée par la criminalité et les problèmes raciaux où tout fonctionne « non pas selon une économie de marché mais des combines, des pots-de-vin, des compromis, des bakchichs ».

Joan Didion fait preuve d’une grande honnêteté vis-à-vis des problèmes qu’elle traverse. Désignée « Woman of the Year » en 1968 par le Los Angeles Times, c’est également la période où le pessimisme et la dépression l’accablent, où elle se sent « radicalement étrangère à la plupart des idées qui paraissent intéresser les autres ».

Avec son écriture précise et puissante, Joan Didion sonde, en onze textes, l’Amérique et son âme. Une radiographie en tout point fascinante.

Joan Didion, L’Amérique, Le Livre de Poche, Collection : Biblio essais, 329 p. ISBN : 978-2-253-15649-9.

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