Lang Lang au Bozar

Retour sur la représentation du 2 avril 2014 au Bozar. 

Programmation :

Wolfgang Amadeus Mozart – Sonate pour piano, KV 283 / Sonate pour piano, KV 282 / Sonate pour piano, KV 310The Messenger

Frédéric Chopin  Ballade n° 1, op. 23 / Ballade n° 2, op. 38 / Ballade n° 3, op. 47 / Ballade n° 4, op. 52

Encore. Bozar proposait encore une fois une soirée exceptionnelle aux mélomanes de Bruxelles ou d’ailleurs. Après l’excellent Julian Rachlin ou dans un tout autre genre, le Brussels Jazz Orchestra, le célèbre pianiste Lang Lang allait lui aussi suspendre le temps au coeur de l’édifice Horta. 

Dès l’entrée principale, le public présent ne parle déjà que de lui. Un « je n’aime pas spécialement Mozart ni Chopin mais j’adore Lang Lang » tombe dans mon oreille ; une autre personne lâche un « c’est le meilleur » à la personne qui l’accompagne au moment de retirer son billet ou une autre susurre un « tu vas voir, il est magique » à sa compagne. Il est clair que si le public est venu nombreux, c’est bien parce que celui qui va jouer ce soir mérite le déplacement et il semble donc normal d’en entendre les louanges dans les rampes art nouveau du palais des Beaux-Arts. Ayant déjà vécu de superbes moments avec entre autres Ivo Pogorelich ou Jean-Bernard Pommier , il me tardait d’entendre, mais aussi de voir, celui qu’on considère en Chine comme un demi-dieu et dont la renommée internationale n’est plus à faire. A seulement 32 ans, Lang Lang venu au piano à l’âge de 3 ans, semble déjà faire partie des grands de notre époque, digne successeur d’artistes comme Rubinstein, Kempff et Claudio Arrau. Loin d’être exagérée, sa réputation méritait assurément le détour.

Encore plus. Peut-être est-ce moi, mais ce que Lang Lang a donné à entendre ce soir était ce qui m’a été de plus beau à écouter au Bozar, les sonates et nocturnes pour piano ayant ma préférence en musique classique, il faut l’avouer. Evidemment à un tel niveau, aucune partition ne venait troubler la superbe ligne noire laquée du Steinway&Sons et ce n’est pas moins de deux heures de concert qui nous furent jouées ce soir. Quelle maîtrise, quelle rapidité. Exceptionnel, Lang Lang ne démérite pas, la rapidité liée à l’aisance dégagée nous émerveille, tant par les oreilles que par les yeux ! Je me souviens d’une prestation de danse de Jesus Carmona où la personne qui m’accompagnait me disait « c’est presque inhumain de bouger son corps à une telle vitesse ». Eh bien ce soir, nous devions être nombreux dans nos sièges en velours rouge à nous dire « c’est presque inhumain de jouer aussi vite ». Si je devais exprimer ce qui impressionne le plus chez Lang Lang, c’est bien cette rapidité de jeu. Bluffant.

Encore plus fort. Un poil trop ? Une telle vitesse a un prix, les avis divergeant à ce propos, celui du léger manque de nuances. Alors oui, je cherche un grain de sable dans la dune du Pilat et sans retirer tous les éloges justifiés à l’égard de l’artiste, il est vrai que Lang Lang mise énormément sur la technique. Pour certains c’est un style, pour d’autres, il s’agit d’un point à améliorer pour se voir côtoyer les plus grands. Il n’est pas rare de lire que Lang Lang « en fait trop » ou « qu’il fait le show, qu’il manque d’authenticité » et ces critiques me semblent justifiées. Chipoteries, chipoteries, c’est sûr, mais la femme qui pleurait devant moi, elle, semble avoir opté pour l’émotion avant d’analyser la technique.

Après nous avoir admirablement fait partager ses interprétations sur les sonates de Mozart – mention spéciale pour la 282 d’une rapidité et d’une précision extraordinaire – et sur les ballades de Chopin, Lang Lang a offert au public debout et acclamant, non pas un mais deux rappels ! Le premier étant un intermezzo du Mexicain Manuel Ponce, une danse cubaine ; le second une composition chinoise appelée « Seaweed Dance », deux interprétations tout en douceur et délicatesse. Sans aucun doute, ce soir-là au Bozar, l’un des plus grands pianistes au monde venait de faire vivre aux mélomanes présents un très très grand moment ! Bravo !

Plus d’informations sur Bozar ou sur Lang Lang.

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Directeur artistique en publicité, trop occupé à faire la publicité des autres pour en faire la sienne ici.

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