Le Bal des vampires (Roman Polanski, 1967)

« Après des années vouées à la recherche de vampires, le professeur Abronsius et son jeune disciple Alfred échouent dans l’auberge d’une petite ville de Transylvanie, qui vit dans la crainte du maléfique comte von Krolock. Une nuit, Sarah, la fille de l’aubergiste Shagal est enlevée par le comte ; Shagal part à sa recherche et est bientôt retrouvé mort, le corps couvert de morsures. Abronsius et Alfred tentent de planter un pieu dans le coeur de Shagal mais trop tard, ce dernier est maintenant un vampire. Ils le poursuivent alors jusqu’au château du comte… »Roman Polanski vient à peine de terminer Cul-de-sac, comédie noire étouffante, lorsqu’il commence le tournage des extérieurs en Italie pour ce qu’il définit lui-même comme « un cartoon avec des acteurs ». Le Bal des vampires se distingue en effet des autres productions de ce genre par une dimension burlesque qui convoque tant Chaplin que les Marx Brothers et introduit ainsi un humour typiquement américain à de multiples autres références plus attendues. Le film, par ses décors baroques (la neige éclatante, le sang rouge vif, les intérieurs verdâtres), son scénario et même ses acteurs (Ferdy Mayne qui joue le comte ressemble beaucoup à Christopher Lee) est un hommage parfait aux films d’horreurs anglais de la Hammer qui commençait à décliner en cette fin de décennie et, bien sûr, à l’expressionnisme allemand (certains plans sont très clairement inspirés de Nosferatu : la luge qui fonce dans la neige en accéléré et les personnages qui lui courent après rappellent la scène de la calèche dans le film de Murnau ; que l’acteur qui joue le comte soit d’origine allemande et s’appelle Krolock n’est pas un hasard non plus).

Les films qui rendent hommage à un genre sont légion. Mais ceux qui le dépassent pour atteindre à une transfiguration sont rarissimes et c’est en cela que Le Bal des vampires représente une date dans l’histoire du cinéma fantastique et accessoirement un chef-d’oeuvre absolu.

Considéré comme mineur, ce cinéma de vampires lorsqu’il est retravaillé par un maître confine le grotesque au rang d’oeuvre d’art. Polanski sut en effet trouver un équilibre quasi unique dans l’histoire de ce type de cinéma (et peut-être du cinéma de genre plus globalement) entre une drôlerie très cabotine et la fameuse angoisse nécessaire à maintenir le film entre deux eaux. Celui-ci est d’ailleurs construit, à plusieurs points de vue, sur une dualité. Par exemple cette dimension juive, propre aux origines du cinéaste, qui se retrouve parfaitement intégrée au récit et amène non seulement un folklore issu d’Europe de l’est tout à fait passionnant mais un contraste comique efficace (la religion jouant un rôle dans l’univers vampirique, les moyens de combattre le mal changent selon les personnages). Qui plus est, Polanski insuffle ainsi une dimension humaine à des personnages hautement surnaturels et cristallise le ton tout particulier du film (les scènes avec le vampire gay sont aussi drôles qu’étonnantes et dénotent une réflexion sexuelle plus explicite qu’à l’accoutumée ; réflexion qui inscrit tout à fait le film dans la carrière de son auteur).

Epaulé d’une équipe parfaite, Polanski put chiader le film dans ses moindres détails. Le Bal des vampires fut tourné dans les studios anglais de la MGM et bénéficia ainsi des meilleurs techniciens pour réaliser les deux uniques décors du film : l’auberge et le château. Un grand chef opérateur, Douglas Slocombe (ayant travaillé aussi bien pour Spielberg que pour Ken Russell) permit au réalisateur d’exprimer ses talents premiers de peintre et donner à chaque plans une splendeur visuelle inspirée de Chagall et de Gainsborough. La bande-son de Komeda est brillante une fois de plus avec cette mélodie angoissante susurrée par une voix mélancolique et fonctionnant en leitmotiv pour les scènes avec Sarah ou au contraire un déchaînement de choeurs baroque pour le thème principal. Enfin les comédiens anglais, la raison pour laquelle Polanski voulait tourner à Londres, sont grandiloquents et grotesques donc parfaits.

vampires

En salle à Flagey le 25.12 (19:30), le 26.12 (21:30) et le 31.12 (19:45)

Note : la copie visible à Flagey est sublime, bien loin du dvd dont sont extraites les images de cet article !

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Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

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